De delpedro le 28 Février 2007 à 11:132/10
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Le compte est bon
Il n’y a pas à dire : la sortie du 6e sens en 1999 aura fait beaucoup de mal au cinéma de genre. Repensez donc à tous les sous-films de peur qui sont sortis depuis 7 ans. Stay, Terreur sur la ligne, Apparitions… tant de nanars soporifiques qui n’avaient pour eux que des twists plus ou moins réussis, ce qui n’est généralement pas gage de qualité. Et bien ce nombre 23 est du même acabit.
Après une première bande-annonce nous laissait présager d’une sorte d’Harold Crick version noire avec Joël Schumacher et son aura de réalisateur réac (dans le meilleur des cas), ou de tâcheron infâme (pour les spectateurs les plus méchants) aux manettes filmant Jim Carrey, l’acteur le plus sous-exploité du cinéma américain, et Virginia Madsen, qui a déjà connu les joies du Z friqué (elle a joué dans Hantise oui oui !). Le tout sur un script signé du jeune Farnley Phillips, dont ce nombre 23 était le premier bébé. On ose même pas imaginer ce que donnaient les 22 premières moutures du scénario (bon celle là, elle était facile), mais le fait est que l’hisotire est loin d’être à la hauteur de son pitch car l'histoire, partant pourtant d’une idée originale (un homme persuadé qu’un livre est inspiré de sa vie) est en effet d’une banalité confondante. Aucun rebondissement, un rythme poussif, une dramaturgie inexistante, des personnages transparents et comble du film de genre new age, un twist raté qui ne sert à rien, et qui arrive 25mn avant la fin du métrage, à un moment où plus personne ne se sent concerné par cette abracadabranteque histoire de chiffre que seul Laurent Romejko saurait apprécier. La plus grosse difficulté pour le scénariste aura sûrement été de trouver le plus de manières différentes de caser le chiffre 23 dans la vie du héro. Addition, soustraction, le compte est bon, on compte les voyelles et les consonnes on divise le tout par l’âge du capitaine et hop, on tombe sur 23, ou 32, où un dénominateur commun, n’importe quoi qui fait l’affaire pour nous faire gobber que ce maudit chiffre est partout. Un exemple ? Puisque vous insistez : une des protagonistes du film s’appelle Rose. Hors, le rose, c’est du rouge plus du blanc (red et white en anglais). RED = 27, WHITE = 65 (avec A= 1, B = 2…) 27 + 65 = 92. Hors ROSE a 4 lettres. 92/4 = 23. Dingue ! Comme dirait Grimaldi dans la Cité de la Peur : « on sait pas ce que ça veut dire mais les types des chiffres et des lettres sont dessus ». Ca me rappelle le pétage de câbles de Christophe Dechavanne avec sa thèse conspirationniste sur le 11 Septembre basée sur les chiffres : 11 Septembre = 9/11. 9+1+1=11. 254e jour de l’année : 2+5+4=11. 111 jours avant la fin de l’année. The Pentagone = 11 lettres. New York City = 11 lettres. Vol 11 avec 92 passagers (9+2=11) … J’en passe et des meilleurs, les fans des chroniques matinales de Guy Carlier se souviennent certainement du reste.
Un beau McGuffin bien bidon donc, pour une histoire qui ne l’est pas moins, le tout n’étant pas sauvé par la mise en scène du père Schumacher ni par le jeu des comédiens. En effet, le premier a visiblement laissé Matthew Libatique (le chef op du film, un des DoP les plus doués de sa génération) jouer avec la caméra, ce dernier ayant trouvé dans ce film le prétexte idéal pour tester de nouvelles pellicules, remettre des effets de lumières déjà expérimentés dans The Fountain et rajouter quelques plans à sa bande démo. L’image est belle donc, mais comme tout le monde le sait, ça ne fait pas un film. Les deux comédiens quant à eux, ne semblent avoir accepter le film que pour payer leurs impôts, ou refaire leur piscine (où pour éventuellement produire un film qui leur tient à cœur, il ne faut pas être trop mauvaise langue non plus), et nous livre une prestation qu’on ne pouvait pas espérer meilleure, étant donné les personnages qu’ils ont à défendre, et les inepties mathématiques qu’ils doivent débiter. « Mais que diable allait-il faire en cette galère ? » serait à la limite la seule interrogation que pourrait soulever ce film, au sujet de Jim Carrey. Bref, un projet qui ne semblait même pas intéresser ses têtes d’affiches et qui du coup, comme souvent dans ces cas-là est un ratage.
On aurait pu se consoler avec un petit propos réactionnaire comme notre ami Joël sait si bien nous les concocter (dès qu’il a possibilité de faire dans le moralement douteux, il saute les deux pieds joints dedans) mais mille fois hélas, le film ne comporte pas la moindre trace de message sous-jacents, ni de second degré de lecture. Rien, nada, walou ! Même pas une petite morale à la fin, à la manière d’un Emprise, qui a réussi à faire parler de lui uniquement grâce à ses deux dernières minutes ! Non, rien de tout cela, et Le nombre 23 entre donc logiquement et directement dans la grande catégorie des « films qui ne servent à rien », ni à divertir, ni à réfléchir, ni à bander, ni à rêver. À rien.