joystar
une belle merde

noone.1
belle analyse

nicofeel
Rectificatif de note

peeping tom
un huis clos claustrophobique

lestat1886
tres tres decu...

HellJohn
Radical, jusqu'au boutiste, terrifiant, habité, imprévisible : le film d’horreur psychologique ultime !

locktal
sylvain seven

Plato
Un petit film efficace....

sylvain seven
Zarathustra....tes souhaits!!

Zarathustra
sylvain

sylvain seven
Pour Zarathustra...

sylvain seven
Pour loktal....

sylvain seven
Entre deux eaux....

nicofeel
Film "extrême" sur la folie et l'idée de contrôle

Zarathustra
Oklahoma parano

Plato
J'en peux plus, il faut que j'y aille....

locktal
Une oeuvre magistrale, sidérante, qui est l'un des films les plus aboutis de Friedkin...

HellJohn
lol Wako

Donk
mouais

wako
Meilleurs combats aux couteaux?

HellJohn
mdr y'a Michael Shannon !

Ulrak
Ahhhhhhhhhhhhshley !!!!

popeyedoyle
renaissance d'un grand ?

easton26
c un des films que j'attends le plus

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De HellJohn le 02 Mars 2007 à 00:139/10
19437 avis postés | Inscrit depuis 1754 jours

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Radical, jusqu'au boutiste, terrifiant, habité, imprévisible : le film d’horreur psychologique ultime !

En seulement quelques plans déments (le travelling avant en contre-plongée sur le motel, reprit une seconde fois quelques minutes plus tard et digne des plans d’introduction du "Shining" de Kubrick, au sujet par ailleurs similaire) qui instaurent d’emblée un sentiment puissant de confinement (ou comment faire naître la claustrophobie en moins de cinq minutes) et un rythme lancinant (un doux ruisseau qui nous berce jusqu’à un torrent menant à la mort), William Friedkin nous enferme dans l’appartement dépouillé d’un motel paumé avec cette pauvre femme, Agnes. L’unité réduite de temps, de lieu et de personnages s’apparente grandement au théâtre, ce qui s’avère logique puisque le cinéaste adapte là une pièce de théâtre (la scénariste du film est aussi l’auteur de la pièce). Dés les premières secondes, le mal est fait : le cinéaste nous prend en otage, il nous emprisonne. Friedkin ne nous place pas dans la tête de ces deux personnages, il nous place à leurs cotés et l’on assiste alors, impuissants et figés, enfermés avec eux sans pouvoir fuir ou détourner les yeux, à leur autodestruction. C’est justement cette place de témoin qui rend mal à l’aise.
Il faut remettre le personnage dans le contexte pour comprendre comment et pourquoi Agnes (la transformée Ashley Judd dans son meilleur rôle) se laissera contaminer par la folie de Peter (Michael Shannon, qui jouait déjà dans la pièce qu’adapte "Bug" et qu’on a vu auparavant dans "Pearl Harbor", "Tigerland", "8 Miles", "The Woodsman" et "World Trade Center", le fameux marines dans ce dernier, c’était lui), ex soldat de la Guerre du Golfe désormais vagabond et dont Agnes fera la connaissance par le biais d’une amie (Lynn Collins, vue dans "Entre deux rives" et "Le Nombre 23"). Elle vit seule, elle est hantée par la disparition de son fils quelques années auparavant (le cinéaste se passe bien des habituels flash-back, avec lui un seul plan sur un chariot vide en dit beaucoup), craint le retour de son ex-mari (Harry Connick Jr., imposant), un type violent qui vient de sortir de prison. Elle montre donc déjà, dés la première séquence, des signes de paranoïa (les coups de téléphone à répétition, le verrou fermé, le sursaut dans le supermarché…). Si Agnes se laissera aussi facilement convaincre, c’est parce qu’elle est dans un état fragile et incertain (elle cherche des réponses, elle a peur la nuit, ne veut plus être seule, elle est bisexuelle…). De plus, il faut préciser (comme l’un des personnages le fait remarquer) qu’elle n’a plus la télé chez elle. Friedkin assimile clairement, au travers d’un court dialogue et de quelques métaphores, les médias à une forme de manipulation paranoïaque. Agnes n’a donc plus aucun contact avec le monde extérieur, avec l’information, et reste à la portée de n’importe quelle manipulation mentale. Elle est une proie facile à convaincre, et Peter l’aura bien compris. La paranoïa de Peter va devenir la seule source d’information d’Agnes.
Lorsque Peter, l’air gentil et réservé, s’attache à Agnes, Agnes s’attache à lui car elle en a besoin (mal d’amour, solitude, besoin de soutient). Elle aime l’écouter parler, le trouve intéressant, et son état mental fragile l’amènera à croire les délires de ce type à première vue innocent. Mais l’homme, découvrant en Agnes une alliée idéale (une amie ?), s’y prend progressivement (inconsciemment ?) pour attraper sa proie et l’enfermer dans son délire, délire qu’il annoncera pourtant à plusieurs reprises à Agnes (« Je vois des choses que personne d’autre ne remarque. », « Je fais peur aux gens. »), comme s’il la testait. C’est comme ça que Agnes se laisse naturellement convaincre par un discours sur « les machines qui nous surveillent partout », discours faussement innocent mais réellement paranoïaque, ou par la présence d’insectes qui n’existent pas, ou par un Secret d’Etat, et ainsi de suite…
La question pour nous, spectateurs, n’est même pas de savoir si ce qu’affirme Peter est réel. Non, Peter s’avère être un fou dangereux, il n’y a pas de doute à avoir là-dessus (et ce n’est pas le physique inquiétant de Michael Shannon qui fera changer d’avis). En fait, il n’y a même pas de question à se poser. Friedkin va d’un point A à un point B, mais l’on ne connaît pas encore le point B. Durant une bonne heure, on ne sait pas vraiment ou ce cinéaste nous mène, passant du romantisme (la renaissance de l’amour) à l’absurde et du calme pesant à l’hystérie dans un huit clos étouffant et tendu. On se rend compte sur le tard qu’il nous a placé devant une véritable tragédie, tragédie devant laquelle le sentiment d’impuissance donne des vertiges. Le réalisateur nous force à voir la naissance de la folie chez l’individu, il nous enferme avec cette folie (l’impression d’être cloîtré dans une pièce close avec deux fous dangereux devient insoutenable dans la dernière demi-heure) et rien d’autre. Agnes se laisse embarquer dans le délire de Peter, Peter exploite Agnes pour arriver à ses fins, et l’on y peut rien.
Le premier signe flagrant de paranoïa de Peter aura lieu après sa première nuit d’amour avec Agnes. Il aura ainsi attendu d’avoir une entière confiance en Agnes et d’avoir l’entière confiance de cette dernière pour entamer son processus destructeur par le biais des fameux insectes. L’insecte étant une récurrence de la paranoïa (pas seulement parce qu’ils sont invisibles et qu’ils s’infiltrent partout, mais parce que le mot « bug » indique aussi un dysfonctionnement à l’intérieur d’un système), ils seront la principale préoccupation de Peter, puis d’Agnes. L’idée de l’omniprésence d’insectes évolue de façon perverse et de plus en plus absurde (un complot ??). Bien qu’ils n’existent pas, ces insectes dévorent à une vitesse fulgurante les deux personnages (ce que l’affiche du film représente bien) jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’eux (brûlés vifs). Il n’est pas bête (c’est le cas de le dire) non plus de lier ces insectes (des machines qui nous espionnent, nous manipulent et nous envahissent) aux médias, le terme « bug » se rapportant d’ailleurs aux deux idées.
Agnes se laissera définitivement persuader lorsque Peter fera mine de partir pour la protéger de ses mystérieux ennuis, tout en sachant qu’il l’a déjà conquise. A raison : Agnes, en pleurs, ne supporte pas le départ de Peter et ne veut pas subir de nouveau la solitude. Peter revient et, signe de confiance ultime, se confie à elle, révélant son passé trouble (il était le un vétéran de la Guerre du Golfe devenu ensuite le cobaye d’expérimentations scientifiques et serait activement recherché par un scientifique). Le dernier plan de cette séquence, monumental, laisse littéralement entrer la folie chaotique, soufflante, destructrice, dans la pièce et dans les personnages. A partir de cet instant, il n’est plus possible de faire demi-tour, le mécanisme est enclenché et les personnages vont se dégrader à une allure vertigineuse renforcée par des ellipses aussi simples qu’imperceptibles (Friedkin utilise brillement l’ellipse pour ne pas sombrer dans la répétition et pour que le contraste marque plus).
Débute alors une demi-heure finale d’anthologie durant laquelle le réalisateur représente la folie dans tout ce qu’elle a de plus atroce (la séquence de la dent arrachée est réellement crispante, tout comme le meurtre du scientifique !), de plus grotesque et grand-guignolesque, à tel point que ça en devient terrifiant et, en même temps, drôle. Tout ce qui est grand-guignolesque amène à rire, et la folie est un état grand-guignolesque par essence. Le délire final, complètement hallucinant et dément, peut provoquer des rires (la conclusion de Ashley Judd : « Je suis la reine des insectes ! »), pas des rires de joie mais des rires jaunes preuve d’un malaise vertigineux qui s’empare de nous. Grotesque, granguignolesque, absurde, douloureuse voir quasi-fantastique (Friedkin reproduit dans certains plans saisissants la tempête intérieure qui anime les personnages, visions apocalyptiques et irréalistes d’un état d’esprit malade), c’est ainsi qu’est la folie schizophrénique et c’est ainsi que William Friedkin l’illustre, frontalement, excessivement et avec sa radicalité habituelle. C’est cette absence totale de demi-mesure et de questionnement qui devrait partager les spectateurs de "Bug".
En multipliant les gros plans et les zooms sur les visages de plus en plus déformés des deux protagonistes, Friedkin donne l’impression que les murs de l’appartement se resserrent petit à petit, nous plaçant progressivement au plus près de la folie humaine (un plan sur Ashley Judd = un plan sur la folie), d’où une angoisse croissante accentuée par un minutieux travail sur la bande-son. « La paranoïa est contagieuse », prévenait l’affiche du film, et c’est ainsi que le cinéaste la traite : comme un virus. Le titre « Bug » peut d’ailleurs faire penser à un virus, qu’il soit informatique (un disfonctionnement contagieux) ou humain (les virus sont souvent propagés par les insectes). C’est justement pour cela que "Bug" est une tragédie (une tragédie absurde), parce que l’on assiste à la propagation irréversible d’un virus, d’une personne déjà contaminée à une autre vulnérable, et cela grâce au pouvoir de la persuasion. Car c’est aussi de ça que "Bug" parle, du pouvoir de la persuasion (et par extension du pouvoir de l’amour, car "Bug" est aussi une histoire d’amour torturée) qui mène à l’autodestruction humaine dans toute son horreur. "Bug" est un film du paroxysme, paroxysme de l’amour, de la foi (croire en quelque chose jusqu’au point de non retour), du fantasme, de la folie et de la déchéance, et dans les tous cas le résultat est le même : la mort.
Expérience épouvante et sans concessions au concept linéaire audacieux, "Bug" est un film marginal et difforme (comme ses personnages) qui se fout bien de plaire ou pas à son public. Il y a plusieurs manières d’aborder un tel film, avec un total détachement ou au contraire avec une implication absolue. Inclassable, conceptuel, politique (au delà de la métaphore sur les médias, Friedkin aborde une fois de plus les ravages à longs termes de la guerre sur les soldats et montre le gouvernement comme responsable), et théâtral (jeu des acteurs, narration, etc.), "Bug" va radicalement diviser ses spectateurs. Jusqu'au boutiste, terrifiant, habité (notamment par deux acteurs impressionnants, vraiment possédés), imprévisible (le chemin est tout tracé, et pourtant toutes les options semblent possible)…à mes yeux, "Bug" représente le film d’horreur psychologique ultime, une spirale mentale cauchemardesque qui marque durablement l’esprit. 33 ans après son "L’Exorciste" tout aussi traumatisant (et auquel "Bug" semble faire référence), William Friedkin franchit un nouveau palier dans l’épouvante.

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