De HellJohn le 19 Juin 2007 à 21:223/10
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C'est pas seulement décevant, c'est carrément mauvais, désolé...
Le premier "Shrek" avait la bonne idée de détourner les contes de fées et les récits de Disney. Le second reprenait le même concept mais élargissait sa cible au Hollywood glamour (le tout avec des références à la culture pop), ce qui en faisait un film plus irrévérencieux que le premier et tout aussi ludique. Quand au troisième…pas grand-chose de neuf. Pour ne pas dire rien. "Shrek 3" ne prend aucune nouvelle direction, n’ajoute rien, et semble au contraire avoir fait demi-tour.
A sa mort, le Roi désigne Shrek comme son successeur. Mais Shrek, qui ni l’envie ni l’allure ni les compétences pour diriger le royaume de Far Far Away, part à la recherche du seul autre prétendant au trône, Arthur (dit Artie), le cousin de Fiona, qui se révèle être un frêle adolescent paumé que Shrek va devoir convaincre. Pendant ce temps, le prince Charmant a prit le pouvoir de force à Far Far Away et retient Fiona prisonnière.
Le pastiche glamour n’est plus de la partie. En revanche, le détournement des contes et des légendes (en particulier ici Les Chevaliers de la Table Ronde) l’est toujours, mais seulement par bribes. Le Roi Arthur en djeun’s loser (comme Lancelot), le château façon teen movie, le discours de Charmant pour rassembler les grands méchants rejetés, Merlin en vieux savant fou new age…Voilà les rares nouveautés que propose ce troisième film. Et encore, même ces nouveautés ne sont que trop furtives, ou tout simplement pas drôles (Merlin, Arthur…). Le concept est devenu éculé, ça tourne en rond, ça n’amuse plus. "Shrek le Troisième" souffre d’un flagrant manque d’idées. La plupart d’entre elles sont soit pas drôles, soit reprises des deux précédents films, soit sans intérêt, soit les trois en même temps, comme par exemple l’échange de corps entre l’Ane et le Chat Potté : c’est déjà vu dans le 2 et ça n’apporte rien dans l’histoire ni aucun gag (juste quelques jeux de mots). "Shrek 3" se contente de piocher dans les précédents opus ("Shrek 3" ressemble à un vide grenier), de faire une poignée de clins d’œil à des succès récents (un "Seigneur des anneaux" par ci, un "Kill Bill" par là…) et de se moquer de quelques contes, le tout sans imagination, sans audace, sans entrain et sans verve. Le mauvais esprit pseudo subversif est devenu inoffensif, et "Shrek 3" tape dans du vide.
Le plus grave, finalement, c’est que "Shrek le Troisième" entre en contradiction avec les deux précédents films, en appliquant au sérieux les codes qui étaient autrefois détournés. Dreamworks s’est bien foutu de la gueule de Disney, mais en fin de compte, ils font maintenant la même chose. Le comble : on se retrouve ainsi avec un film qui se moque des clichés (par exemple la « séquence émotion » annoncée avec humour…) alors qu’il les accumule réellement (…qui devient une vraie séquence émotion, niaise et pataude). Un autre studio d’animation pourrait désormais presque détourner l’univers de "Shrek" dans un film, de la même manière que Dreamworks avait détourné celui de Disney avec le premier "Shrek". Heureusement qu’à quelques rots et vomis près, on évite la vulgarité racoleuse, qui, d’un autre coté, faisait le charme du personnage dans le premier volet.
L’histoire est plate et ne tient pas ses promesses. L’univers n’est pas développé et fait du surplace. Le sujet aurait pu être Shrek se préparant à la paternité, mais les auteurs passent à coté de ce potentiel, à un cauchemar amusant près. La recherche de l’héritier aurait pu s’étaler sur un récit d’aventures, un voyage initiatique (avec visites de nombreux lieux, beaucoup de rencontres, de l’action, etc.), elle s’annonçait d’ailleurs ainsi. Mais on traverse juste des forêts semblables, les seuls autres lieux d’action étant sur le bateau, dans « l’école » et dans Far Far Away. L’une des forces du second opus, c’était ses seconds rôles tordants. Là, les anciens et les nouveaux sont complètement transparents (sauf le Biscuit et Pinocchio, décidément des viviers à gags, ces deux-là), y compris l’Ane et le Chat Potté (mais ce dernier aura bientôt son propre film), qui volaient la vedette à Shrek dans le second film. Il y avait pourtant du beau monde à exploiter, peut-être même trop (les amies de Fiona, les amis de Shrek, les méchants, Arthur, Merlin, etc.), mais le film préfère s’attarder sur un prince Charmant horripilant (même numéro que dans le 2) et sur les relations cousues de fil blanc entre Shrek et l’héritier Arthur, un adolescent à claquer que Shrek doit amener au trône. Même la morale sur les apparences et les responsabilités est la même que dans les deux autres films.
Quand au graphisme, on retrouve le même mélange de beauté et de mauvais goût, mais sans véritable évolution technique. Au contraire, les personnages semblent encore plus rigides qu’avant, même Shrek. Le film est beaucoup moins coloré que "Shrek 2", il est fade, sans saveurs. Tout juste le sens du détail est-il poussé assez loin dans les décors. Quelques bonnes idées dans la mise en scène aussi, qui reste pourtant bien molle. Le réalisateur n’étant plus le même, on perd au change (moins de maîtrise et de renouvellement). On retrouvera Andrew Adamson aux commandes du quatrième opus, quand il en aura fini avec la franchise du "Monde de Narnia" qu’il réalise pour le compte de Disney, contredisant par là même l’univers qu’il avait mit en place avec les "Shrek".
Loin du rythme trépidant du précédent film (là j’ai baillé plusieurs fois), "Shrek le Troisième" accumule les bides (franchement, j’ai souris une fois dans la première demi-heure, et je sais même plus pourquoi), les passages à vide (en fait, je crois que tout le film est un passage à vide), les désillusions, les trucs déjà vus…Ca manque franchement de trouvailles et de fantaisie, là encore à l’inverse de "Shrek 2". C’est pas parce qu’on retrouve deux ex Monty Python aux voix qu’on y retrouve aussi leur humour (les quelques touches de burlesque tombent à plat, mais feront cependant sans doute rire les enfants). La palette d’humour était plus diversifiée dans "Shrek 2" (même si "Shrek 3" reste très grand public), qui avait aussi plus de punch et d’action. En action, là on a pas grand-chose, deux bastons furtives, c’est tout, alors que les deux précédents épisodes contenaient leur lot de séquences impressionnantes, petits morceaux de bravoure assez jouissifs.
Reste quelques passages qui font sourire (le château teen movie et tous ses djeuns cons) voir même rire (excellent, Biscuit qui revoit toute sa vie défiler et Pinocchio qui essai de mentir sans mentir), et aussi deux séquences musicales sympas grâce aux morceaux choisis (le Live and Let Die de Paul McCartney pour un enterrement). Mais "Shrek le Troisième" est un film fatigué et paresseux qui, dans cet exercice de recyclage creux et sans âme, se repose sur les acquis des deux précédents films et ne dynamite plus rien. Même le casting vocal semble essoufflé, tandis que les anachronismes ne surprennent plus car trop nombreux. "Shrek 3" aurait pu être fun et sentir la bonne humeur. Mais c’est un goût amer qui en ressort. "Shrek 3", c’est une friandise à première vue appétissante, mais qui se révèle avoir un goût périmé.
Par rapport au premier volet, l’ogre Shrek est devenu bien propre et gentillet (il vit dans le luxe et se plaint même que les enfants sont sales). "Shrek le Troisième" aussi.
3,5 / 10