De HellJohn le 25 Juin 2007 à 02:094/10
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Un film qui porte bien son titre...
Destins croisés et décroisés d’une poignée de personnages dépressifs : la jeune femme virée de son boulot et mal dans sa peau, le réalisateur cynique raté et désabusé dont l’ultime film a fait un gros bide, la femme de ce dernier qui croit que son mari le trompe et qui n’assume pas son statut de grand-mère, le pharmacien qui se soule dans son appartement depuis qu’il a perdu ses deux filles mais qui est collé par un chien sorti de nulle part, la mère héroïnomane et rockeuse qui ne peut plus voir son fils de 6 ans, etc. Un panel sélectif de losers paumés qui auraient pu être invités chez Jean-Luc Delarue ou être la vedette d’un Confessions intimes. Des oubliés de la vie, seuls, fragiles (cf. le titre) et en détresse mais qui, en se rencontrant, vont voir la vie d’un meilleur œil parce que la vie, elle se vit pas seul et on a toujours besoin d’aide (cf. les premiers mots du film, « besoin d’aide ? »), d’où le « s » à la fin du titre. Six personnages pathos confrontés à une période creuse de leur vie, période qu’on subit tous un jour ou l’autre (le réalisateur s’est d’ailleurs inspiré de son expérience personnelle pour écrire le scénario) et qu’on pourrait qualifier de « vide existentiel ». C’est ainsi qu’ils se posent des questions genre « pourquoi moi ? » et débitent des banalités comme « J’ai jamais connu mon père, je sais même pas s’il est vivant », « Même après 25 ans de mariage, ma femme et moi sommes des étrangers l’un pour l’autre », « Je suis transparente », « Vous n’êtes pas transparente », « Je rate tout ce que je fais » ou « Je veux gagner dans la vie », le tout avec des notes d’humour (merci François Berléand), d’exotisme (de Paris à Lisbonne en passant par la Province) et de naïveté touchante (ça prend la forme d’une fable humaniste) pour mieux faire passer la pilule et rendre le tout très regardable, tandis qu’une symbolique pataude (le toutou ange gardien), certes moins pire que celle de "Ma Place au Soleil", se charge de donner l’illusion d’un récit profondément psychologique (donc intelligent), récit bien évidemment bercé par une musique électronique pseudo envoûtante entrecoupée de quelques morceaux de pop-rock plaintif qu’on croirait composés pour la nouvelle saison de Grey’s Anatomy. Et au final, on en retient quoi ? Que la vie c’est bien des fois (rencontres, etc.), et pas bien d’autre fois (malchance, accidents, etc.) ? Qu’on a besoin des autres pour continuer ? Merci pour l’info. Le propos est d’ailleurs tellement flou et bateau en même temps que le film ne se termine pas…
"Fragile(s)" porte bien son titre puisqu’il se casse la gueule après quelques minutes brouillonnes (une présentation des personnages ratée car trop succincte et clipesque), même si quelques beaux restes tiendront encore debout (de jolis tandems, comme les Darroussin / Gillain, Gamblin / Cellier, Martins / Elodie Yung ou Berléand / Martins). Il y a un net déséquilibre dans la gestion des personnages principaux, pourtant moins nombreux que dans bien d’autres films du genre. Reconnaissons cependant des ruptures de ton (on navigue entre la joie et la tristesse, entre la comédie et le mélo) assez bien vues même si pas vraiment maîtrisées. C’est toujours plus regardable (disons plus « divertissant ») et moins prétentieux (quoique aussi ambitieux) que "Ma Place au soleil" ou "Selon Charlie", mais beaucoup moins bon que "Fauteuils d’orchestre" ou "Cœurs", pour rester dans le film choral bien de chez nous, genre tendance et très casse-gueule, encore plus quand il s’agit d’un premier film. En l’occurrence ici, il s’agit du second film de Martin Valente après le mauvais "Les Amateurs", avec les insupportables Lorant Deutsch et Jalil Lespert…D’ailleurs, vivement le film choral de Jalil Lespert (ton ironique) !
"Fragile(s)" est une mosaïque colorée non sans charme, mais sans audace, artificielle et sans surprises, ni même dans son casting. Gamblin, Darroussin et Berléand, bons mais sans plus, sont tellement bien à leur place qu’ils renforcent cette impression de déjà vu. En revanche, le casting féminin, composé de Caroline Cellier, de Marie Gillain (qu’elle est belle !) et de Sara Martins, est plus consistant. Sara Martins, vue dans "Les Amateurs", "Mes Copines", "J’invente rien" et "Paris je t’aime" (le segment du Parc Monceau), est d’ailleurs la seule vraie révélation de ce film choral qui, malgré ses bons cotés (dont un beau plan final), sera d’ici quelques mois noyé dans la masse des films du genre…
4,5 / 10