|
|
De TEOX le 26 Mars 2008 à 00:17 56 avis postés | Inscrit depuis 1073 jours
Consulter tous les avis de TEOX
Mon cher Barry Lyndon
Rien ne sert de s'énerver. Bon, reprenons point par point comme je m'amuse à le faire depuis des années avec ce film. Première chose, et c'est le genre d'attaque que j'affectionne beaucoup : je n'ai pas 12 ans. En fait, il suffit d'inverser les deux chiffres pour obtenir mon âge.
Lorsque je parle d'Eisenstein (que tu sembles avoir du mal à orthographier d'ailleurs), je fais référence à sa théorie des conflits et son utilisation du montage comme destruction du temps. Pour ce qui est du premier cas et comme on pouvait le voir dans Le Cuirassé Potemkine, le cinéaste russe opposait des images composées de cercles et de courbes à des plans contenant des angles et des droites. Son principe même étant de faire confronter les plans entre eux (sa propre notion du montage).
Dans Catwoman, et en particulier à l'introduction du match de basket, Pitof utilise non pas des formes, mais des motifs de mouvements :
- "passage du ballon de mains en mains"
- "roullement du ballon le long du bras, du corps, jusqu'à l'autre main"
Avec simplement ces deux motifs, et en les répétant dans un ordre précis, Pitof parvient à créer une véritable musique visuelle (composée de notes : de motifs répétés). En cela, je trouve que Pitof reprend l'idée d'Eisenstein selon laquelle les plans doivent être confrontés les uns aux autres dans l'optique de définir un ensemble. Là où Pitof va à mon sens plus loin, c'est qu'il donne un rythme à partir de mouvements à l'intérieur même de l'image, reposant donc sur le mouvement de nos yeux (boules flipper comme tu dis).
Je vais tenter d'être plus clair avec la scène du maquillage.
1er temps : trait sur les yeux (mouvement horizontal)
2eme temps : passage du rouge à lèvres (mouvement horizontal)
3eme temps : reprise du premier motif (mouvement horizontal)
4eme temps : arrivée du personnage au sol (mouvement vertical)
On retrouve donc ce principe encore ici, où des motifs identiques sont liés (horizontalité), créant une harmonie à l'oeil, brisée par le quatrième motif opposé (verticalité) introduisant d'ailleurs une nouvelle scène.
Pour ce qui est de la destruction du temps. Ce n'est pas une simple question de surdécoupage mais bien d'un découpage dans le temps, où l'on remonte d'un instant à chaque plan. Cette technique instaurée par Eisenstein est poussée à son paroxysme dans Catwoman à divers instants. J'apprécie aussi beaucoup comme je le disais dans mon précédent message, le monologue du scientifique, linéaire dans le son et dans le temps, mais déstructuré dans l'espace avec l'utilisation des faux raccords. Un procédé judicieux exposant parfaitement son malaise.
Sache aussi que dès son premier film à savoir Vidocq, Pitof mentionnait Eisenstein comme une de ses références. Je ne dis pas que c'est en soit la preuve d'une qualité, mais c'est surtout la preuve d'une cohérence et d'une réflexion derrière ce que met en image Pitof.
Pour ce qui est de la qualité des effets numériques, je ne vois pas vraiment en quoi ils sont si mauvais, d'autant plus qu'ils se raccordent très souvent à l'intérieur d'un même plan avec des éléments réels. Exemple du passage de Catwoman numérique à Catwoman réelle. La seule critique que je ferai concerne la version numérique du chat, sortie d'un mauvais film d'animation 3D.
Concernant le fond et la place de la femme dont je parlais. Le personnage de Laurence Hedare, existant aux yeux du monde parce qu'étant l'égérie de la compagnie, est mise de côté dès lors qu'elle ne correspond plus aux critères voulus par la société. Cette femme se considère d'une certaine façon tuée. Ce qui est intéressant ici, c'est la place qu'elle occupe : un produit, habitué à faire ce qu'elle ne voudrait pas (comme elle le dit) et ce parce qu'elle est une femme. C'est d'ailleurs à des "femmes produits" auquel se destine le nouveau produit cosmétique BeauLine : être jeune, avoir une belle image, un impératif dans notre monde pour se faire reconnaître.
Ce qui est intéressant, c'est le contre-point donné par Patience : une femme s'accomplissant autour de ce qu'elle fait et non pas de ce qu'elle est. Le fait que son personnage ne soit pas sous le dicta des critères de la société est d'ailleurs appuyé par ses amis : un homosexuel et une amie bien portante.
Le personnage de Catwoman reste finalement intègre à ce qu'il est : une femme d'action et non d'apparence. Aspect dont elle joue avec son déguisement qui n'est qu'un déguisement, une illusion pour duper l'ennemi ... en général l'homme. Catwoman est ainsi une femme qui s'accomplit en manipulant ce qu'elle représente.
De façon plus générale, on retrouve cet aspect pour ce qui est du film même. Sous son aspect MTV édulcoré se cache en effet à mon sens une oeuvre de qualité. Maintenant, je ne prétends pas détenir la vérité. Et dire que le film est incompris est un acte de défense plus qu'autre chose.
Je prétends simplement exposer mon opinion, et non que l'on me prenne de haut. Merci bien.
|
|