De Cristobal le 03 Janvier 2004 à 00:00
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Et il y a "Master and Commander" de Peter Weir
Alors bien sûr, il n'y a pas la musique fantastique d'Howard Shore (béni soit-il !), bien sûr il n'y a pas de vols déments de Nazguls en furie, bien sûr il n'y a pas d'étendues infinies de guerriers rangés en ordre de bataille prêts à en découdre furieusement, bien sûr il n'y a pas de figures mythologiques ni d'archétypes du Bien et du Mal luttant pour le salut et/ou l'anéantissement d'un monde, bien sûr il n'y a pas moultes personnages et moultes histoires intriquées et imbriquées en un kaléidoscope géant s'épanouissant en un formidable feu d'artifice apaisant.
Bien sûr il n'y a pas de cataractes de larmes salées tombant des yeux grands ouverts de héros toujours conscients, même au plus fort de l'action, de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. Bien sûr il n'y a pas ce manichéisme qui voit (forcément) les bons et les gentils triompher des méchants. Bien sûr il n'y a pas de gentils qui restent toujours vivants et en bonne santé, sans blessures aucune. Bien sûr il n'y a pas de gentils héros rayonnant de bonheur et récompensés pour leur bravoure, recevant à la fin du film et de l'histoire leurs cadeaux en remerciements pour bons et loyaux services rendus à la Terre du Milieu et incidemment à la Comté.
Non.
Dans "Master and Commander", un film qui porte à l'écran l'esprit et un morceau de l'immense saga maritime de Patrick O'BRIAN (qui raconte la lutte de Jack Aubrey, capitaine d'un vaisseau de guerre de la Royal Navy, tout autour de la planète, sur tout les océans et les mers du globe, au temps des guerres napoléoniennes), le réalisateur Peter Weir nous montre avec brio ("avec qui ? avec brio....." citation extraite du "Père Noël est une Ordure", chapitre 7, versets 3 à 8), nous dépeint ("cette toile, je l'ai peinte pour vous...", idem...), nous fait vivre donc sur un navire de guerre au temps de la marine à voile et des trois-mâts. Des trois-mâts qui montrent leurs canons comme autant de rangées de dents dans un sourire féroce et mortel.
Sur l'immensité des océans, au gré des vents, de la houle, des tempêtes, du pot au noir, les voiles qui se gonflent dans les alizés nous font descendre au fond de la cale, dans les craquements et gémissements incessants du bois qui travaille.
Et c'est à un huis-clos que nous sommes conviés. Ici, les étendues immenses des vents et de l'eau rugissent pour nous dire le destin et l'histoire d'une communauté d'êtres humains embarqués dans une même galère et/ou aventure.
On visite chaque recoin des soutes en courbant la tête sous le plafond bas. On passe en revue l'alignement des canons assoupis dans leur sommeil de métal et prêts à bondir et à rugir sur un ennemi surgissant de la brume, tel un diable de sa boîte (contrairement au livre, le bateau ennemi n'est plus américain mais français : bouhhh les méchants Français, disait l'Amérique dans son verbiage "politiquement correct", du moment...).
On partage les repas avec les matelots dans la cale et avec les officiers dans le carré. On joue du violon et du violoncelle chez le capitaine, seul maître à bord, en compagnie de son ami chirurgien-ornithologue-philosophe. On assiste à une trépanation et aux soins qu'il faut apporter aux blessures et aux blessés de guerre, une fois que boulets et mitraille ont fait leur sale besogne.
Un film magnifique qui nous raconte un monde d'êtres humains égarés en mer, en quête éternelle d'un ennemi à abattre, couler, brûler. Un ennemi qu'on ne cesse de traquer, que l'on saisit par moments et qui finit par se dérober. Des instants d'une communauté de vivants, solidaires et soudés par force et nécessité, où le fil de la vie apparaît sigulièrement ténu et fragile.
Régulièrement, sporadiquement ou massivement, des âmes sont emportées dans les vagues furieuses du Cap Horn, englouties par les 40ème Rugissants. Le plus souvent, c'est au son du canon qu'il faut s'en aller brutalement et brusquement, sans avoir le temps de dire adieu. Les boulets passent et emportent les corps, explosent et transpercent, laissant sur le parquet de bois grossier et salé des corps mutilés et choqués.
Un très bon film, comme une respiration humaine après la démesure fantastique (et génialissime) du Seigneur des Anneaux. "Master and Commander" de Peter Weir, c'est un peu comme écouter de la musique de chambre après un opéra gigantesque et immense. C'est comme une sérénade de Mozart après une symphonie de Bruckner. La chaleur intime des bois et des cordes après le fracas scintillant et âpre des cuivres en majesté.
Un film à voir, donc. Peut-être pas quatre fois de suite comme pour "Le Retour du Roi", mais au moins une fois en salle. (en attendant le dvd...?)