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| De HellJohn | Note : 7/10 |
Un petit plaisir imparfait
Attendu depuis un bon moment (c’est un projet de longue date pour Albert Dupontel, qui a eu du mal à monter un film après l’échec de "Le Créateur" il y a 8 ans), ce "Enfermés dehors" est une comédie féroce forcément très spéciale, et même déstabilisante au début (durant les 10 premières minutes, je me suis vraiment dis que j’allais pas aimer).
Dupontel mélange différents registres d'humour (du dessin animé à Buster Keaton, en passant par Terry Gilliam ou Harold Llyod pour la séquence finale sur la façade de l’immeuble, et bien d’autres encore) en y ajoutant une bonne dose de trash, et ça fait souvent mouche, du moins à partir du moment ou Dupontel exploite le concept du SDF qui trouve un uniforme de flic et qui se fait alors malgré lui passer pour un flic. Le pitch est assez génial et permet à Dupontel de se défouler sur tout et n’importe quoi (Dupontel a d’ailleurs eu l’idée de cette histoire en pensant se « venger du monde extérieur »), à commencer par son pauvre héros (joué par lui-même), véritable Coyote made in Chuck Jones (il faut voir dans l’état pitoyable ou il termine son aventure) perdu dans une société qu’il tente d’intégrer grâce à cet uniforme. Un uniforme qui produit un véritable effet sur lui, un sentiment de pouvoir (jusqu’à l’ivresse, cf la scène dans le ciel) et d’importance (tout ce qu’il n’avait pas auparavant).
Souvent bien vu, plein de bonnes idées, "Enfermés dehors" est cependant handicapé par une réalisation inventive mais inutilement tape à l'oeil, comprendre par là que Dupontel multiplie les plans percutants mais sans intérêt, comme si il voulait prouver à tout prix son inventivité visuelle. Certes, Dupontel a voulu filmer une BD en live, mais une caméra frénétique ou planquée n’importe ou (dans de l’eau, sur une porte tourniquet…) n’apporte pas grand-chose à cette louable intention. Pour une fois, Dupontel aurait pu lâcher un peu la pédale et moins faire joujou avec sa caméra folle, car en regardant le film, on sent beaucoup trop la caméra derrière, on sent trop l’outil technique.
A vrai dire, la réalisation ajoute un coté déjanté excessif à l'ensemble, c'est une touche de trop qui alourdit le propos et qui ne colle pas vraiment avec le sujet. Un propos par ailleurs pas toujours traité avec finesse ; Dupontel est toujours aussi virulent sur tout les fronts (aussi bien du coté des flics que des SDF, et tout le reste, notons toutefois que Albert ne tombe pas dans le piège facile qui consisterait à descendre gratuitement la police et seulement elle) et c’est parfois aussi jouissif que caricatural, mais l’acteur-humoriste-réalisateur n’évite cependant pas les clichés et se montre plus tendre avec ses personnages que dans ses précédents films (ou sketchs). Par exemple, le puissant homme d’affaire est un gros salaud qui finit par se ranger du coté des pauvres, la femme rêvée aime les paumés comme le personnage de Albert Dupontel et se rend compte que c’est un type bien, Dupontel incarne un gars qui veut faire le bien autour de lui, les SDF sont vraiment cons mais gentils..."Enfermés dehors" gagne même des apparences de fable humaniste, ce qui le rend plus accessible au grand public que ses précédents films (sans parler de l’aspect romantique) ! Au final, il en ressort même une petite morale genre « l’habit ne fait pas le moine », ou encore « Il ne faut pas se fier aux apparences ».
Ca reste bien barré, ludique (un coté dessin animé, le film est d’ailleurs considéré comme un « cartoon social ») et la continuité de l’ensemble (les passages d’une scène à une autre se font parfois en un seul plan ou par l’intermédiaire d’une action, un peu comme ce que faisait Peter Jackson sur "Braindead") est particulièrement bien trouvée, ce qui donne beaucoup de rythme à ce "Enfermés dehors", à quelques baisses de régime près (notamment quand Albert Dupontel n’est plus à l’écran). Le film ne dure d’ailleurs pas longtemps et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Malgré ses défauts, la réalisation ne manque pas de punch et d’énergie. Le coté hystérique et acrobatique en rebutera cependant plus d’un, mais c’est un style Dupontel qui a ses fans et ses détracteurs…
Dupontel est impeccable en SDF profiteur malgré lui, et on savoure nombre de petits rôles ou apparitions marrants (quelques Deschiens, Edouard Montoute, Jackie Berroyer, Gustave de Kervern, Terry Gilliam et Jones…) et les prestations de Claude Perron (fidèle à Dupontel, notons qu’elle joue une vendeuse dans un sex-shop, comme dans "Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain", "Enfermés dehors" pouvant d’ailleurs être une sorte de remake trash du film de Jeunet) et de Nicolas Marie (qui était déjà dans "Bernie" et "Le Créateur").
Une comédie sincère (la rage et la volonté du réalisateur sont perceptibles à l’écran) et généreuse (vu les nombreux registres de comique abordés, y compris la tendresse, on en a pour son argent) malgré ces quelques maladresses typiques d’un artisan qui veut trop donner et qui en fait donc trop. En résulte une grosse farce bruyante, pas très fine mais réjouissante et d’une originalité rafraîchissante.
6,5 / 10
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