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| De pumpkin | Note : 10/10 |
mon avis complet
Les remakes de grands classiques, surtout dans le domaine de l'horreur, sont de nos jours légion à Hollywood. Les plus grands survivals se retrouvent dépoussiérés et, petite fierté nationale, celui de La colline a des yeux, de Wes Craven, se retrouve confié au jeune et hyper talentueux Alexandre Aja, fils d'Alexandre Arcady ( mais si, l'un des seuls réalisateurs français contemporains potables ) qui a déjà signé Haute Tension, petite perle horrifique et historique, qui souffrait seulement de quelques contraintes scénaristiques imposées et d'un côté franchouillard peu accrocheur. Mais cette fois ci le compère se retrouve à Hollywood avec tout ce que cela implique : casting américain excellent, budget conséquent, équipe compétente bien rodée ( bien que notre Aja ait émigré avec son meilleur ami et scénariste attitré : Gregory Levasseur et son chef opérateur Maxime Alexandre ). Le jeune réalisateur qui a tout des plus grands ( il n'y a qu'à voir ses références : Kubrick, Leone ... ) se sert des outils formidables qui sont mis à sa disposition pour signer rien moins que le plus grand film d'horreur de tous les temps, ce que l'on peut affirmer en toute modestie. Peu sont les films qui dès leur sortie peuvent se vanter d'être des références ultime de leur genre, mais La colline a des yeux d'Alexandre Aja est de cette trempe. Chronique d'un aboutissement.
Pour fêter leur anniversaire de mariage, Big Bob Carter, un ancien policier de Cleveland, et sa femme Ethel ont demandé à leur famille de partir avec eux en Californie. Big Bob est sûr que faire la route tous ensemble les aidera à resserrer des liens familiaux un peu distendus.
Même si tout le monde vient, personne n'est vraiment ravi d'être là. Lynn, la fille aînée, s'inquiète du confort de son bébé. Son mari, Doug, redoute de passer trop de temps près de son beau-père. La jeune Brenda regrette de ne pas être allée faire la fête à Cancun avec ses amis. Et Bobby ne s'intéresse qu'aux deux chiens de la famille.
Une route désertique va conduire les Carter vers le pire des cauchemars...
De toutes les histoires horrifiques, qu'elles soient ou non inspirées de faits réels, il en est une qui peut se vanter de damer le pion à toute la concurrence : il s'agit de celle de La colline a des yeux. Malheureusement ( nous parlons là de l'original ), un tel potentiel fut mal porté à l'écran par faute de budget faible et de manque de talent de la part de Wes Craven ( jugement purement subjectif ). Sorti dans le contexte de l'émergence des pellicules horrifiques sans concessions des années 1970, l'original est rapidement devenu un classique du vidéo club. Mais quand on le revoit aujourd'hui, on se rend compte que malgré les excellentes idées ( histoire oblige ), Craven n'a pas réussi à rendre son récit intemporel comme il aurait été juste qu'il soit. Or c'est également là qu'Aja brille car malgré ses outils plus solides ( et je parle également de maîtrise formelle ), c'est en sacralisant cette histoire formidable qu'en étant objectif on ne peut qu'affirmer qu'il surpasse à un point impensable son modèle. Mais n'inversons pas la tendance, le modèle, c'est bel et bien le film d'Aja.
Revenons un peu sur l'histoire. Robert Carter, alias Big Bob Carter, policier à la retraite, part avec sa famille vers la Californie pour fêter ses nombreuses années de mariage. Sur le chemin, après s'être arrêtés dans une station service douteuse, ils ont un accident dans le désert qui les immobilise. Ils vont alors devenir la proie de dangereux cannibales, anciens mineurs victimes des retombées d'anciens essais nucléaires. A l'aube s'engagera une lutte pour la survie. Ce scénario initialement voulu par Craven peut enfin être adapté par Aja grâce aux moyens dont il dispose, ce qui enrichie considérablement l'histoire ( car même si l'idée de la sauvagerie primitive était intéressante dans le film original, elle n'était à aucun moment crédible ) et qui permet de développer une dimension critique inévitable ( et ce dès un premier générique anthologique qui met le spectateur mal à l'aise ). Aja, qui a très bien compris les règles du survival, sait qu'un film réussi du genre fait pénétrer le spectateur/victime dans un univers ( voir certains classiques du genre, comme Délivrance ou Massacre à la tronçonneuse, qui doivent beaucoup à cette règle immuable ) et rend donc très présent cet aspect. Sans prendre le spectateur par la main ( ce que faisait Craven, en adoptant la moitié du temps le point de vue des monstres ), il multiplie les éléments ( Introduction, générique, photos et articles dans la station service, village test et même le discours tenu par un des mutants ) qui nous font vraiment pénétrer sans ce cauchemar si crédible.
Si La colline a des yeux est la référence du film d'horreur ( et par extension du survival ), le film n'est à aucun moment celle du film fantastique ( genre dominé par l'insurpassable Shining ) et à aucun moment Aja ne joue sur la dualité des registres. Ici tout second degré est banni et un tel traitement ne peut faire que des merveilles. La violence atteint ici son paroxysme ( on se demande encore comment le film a-t-il pu passer si bien l'épreuve des studios et de la censure ) dans des scènes tout bonnement hallucinantes. La scène de la caravane est reprise mais devient encore plus insoutenable par sa violence jamais vue et son découpage exemplaire ( montré en parallèle avec l'exécution de Big Bob, les bruitages y sont également capitaux ). La barbarie est ici maximale et la mise en scène d'Aja ( nous y reviendrons ) ajoute à l'impact de cette scène. Mais la violence ne s'arrête pas là, comme en témoignera toute la seconde partie du film qui atteint un degré de violence époustouflant ( superbe séquence du village, chef d'œuvre à l'image du film.
Car Aja suit encore une fois une règle immuable du genre : la structure en deux parties distinctes. La première, l'arrivée dans le milieu hostile, est remarquablement traitée. Aja multiplie déjà les scènes de tension ( massacre en guise d'introduction, qui a pour but de faire rentrer directement le spectateur dans ce film sans concessions, générique qui met mal à l'aise mais aussi toute la première partie dans la station service vue par le pompiste puis l'arrivée de la famille ). Par sa mise en scène parfaite associée à une musique dosée au millimètre près, Aja distille une ambiance de terreur palpable et sourde. Puis l'arrivée dans le désert, qui poursuit dans cette voie avec les vues en plongée, les premières apparitions des monstres , la mort du chien Beauty etc... Le point déclencheur arrive après la mort de Bog Bob, il s'agit de la fameuse scène de la caravane. Eprouvante au possible, elle annonce la seconde partie du métrage, à savoir la lutte infernale. Le détour pris par rapport au scénario du film original se voit également dans la scène du village test, montrant Doug ( et le chien Beast ) allant chercher son bébé dans le village des mutants.
Aja et Levasseur ont vraiment eu une grande idée pour ce passage qui se démarque grandement de l'original ( qui mettait en scène une poursuite dans les collines assez risible ) pour donner lieu à un massacre hallucinant. La peur est quand même réellement présente et le massacre ne se déclenchera réellement qu'une fois Doug sorti du garde manger rempli de restes humains ( séquence très éprouvante qui place encore une fois le spectateur en position de victime ). On assiste alors à un déchaînement de violence paroxystique et ultra maîtrisée servie par un traitement épique ( une fois encore la musique a son importance ) jusqu'alors jamais vu et qui fait des merveilles. Une séquence qui fait définitivement passer Doug du statut de diplomate à celui de bête humaine. On reste bouche bée face à ce déchaînement de sauvagerie épique mise en scène par serait-on tenté de dire un génie.
En parallèle, idée reprise de l'original, on assiste au piège tendu par Brenda et Bobby à Jupiter, chef des fous. Le piège est ici bien plus crédible que dans l'original ( digne de Mc Gyver ) et la violence beaucoup plus présente ( Bobby voit le cadavre de sa mère se faire dévorer, on voit Brenda à bout achever Jupiter ). Idée reprise également de l'original, le bébé, pris par Ruby ( la seule mutante pacifique ), sera emmené dans les collines par cette dernière. Doug parviendra à le reprendre mais devra affronter Mars, dangeureux mutant qui a tué sa femme et sa belle mère dans la caravane. L'affrontement est violent et haletant et son issue tragique : Ruby se sacrifiera pour sauver Doug et le bébé, alors que dans l'original on se savait ce qu'il advenait d'elle ( à part dans la fin alternative où on la voyait en compagnie des survivants ).
Aja aime le film original pour ce qu'il représente : un film culte malgré ses défauts. Respectueux car amoureux du genre, il a donc réfléchi à la meilleure façon de transposer une histoire géniale qui n'avait jamais eu le traitement qu'elle méritait. Ainsi il ne prend à aucun moment le spectateur par la main pour le faire rentrer dans son univers ni pour développer sont discours critique. Alors que l'original se terminait sur un plan fondu au rouge de Doug, le visage déformée par la haine, la version d'Aja elle montre le héros ensanglanté retrouver les siens. Alors que le film de Craven appuyait sa démonstration ( car le film était d'ailleurs trop démonstratif ) en disant au spectateur : « regardez » ( chute qui sonnait d'ailleurs assez faux, la progression dans la barbarie n'étant jamais montrée, le héros basculant d'un coup dans la folie ) de façon lourde, Aja préfère laisser parler les images. On voir clairement la barbarie de Doug ( il suffit de voir la séquence du village ) mais à aucun moment Aja ne l'appuie subjectivement ni ne la condamne. L'histoire originale elle peut enfin se vanter d'avoir eu une adaptation à sa hauteur et le film d'Aja devient donc Le meilleur film d'horreur jamais vu ( je peux l'affirmer sans recul. Il suffit de voir qu'Orange Mecanique est devenu le film préféré de Buñuel quand celui ci vit apparaître le générique sur fond de Singin' in the rain, le feux se rallumant ) tant l'histoire géniale est servie par des qualités formelles, tant elle est rendue intemporelle.
Bien qu'on puisse rapprocher le film d'Aja de la vague horrifique des années 1970 pour son discours critique, ce dernier ne cède à aucun moment aux facilités du genre. Une image sale et de fausses frayeurs ne suffisant plus à faire peur au spectateur, Aja adopte une image léchée et magnifique ( photo divine ) et un traitement premier degré radical. Sa mise en scène fait des merveilles ( scènes dans la station service, utilisation des ombres, traitement épique, utilisation du cadre, photo, plans travaillés, mouvements de caméra justifiés, cadrages parfaits etc ... ). Sa maîtrise formelle s'exprime aussi bien dans les scènes calmes que dans les passages mouvementés et est totale. Le montage, signé Baxter ( qui a travaillé sur les films d'Arcady ), est un chef d'œuvre de découpage. La musique de Tomandandy remplit à merveille son rôle, que ce soit en passages stressants ou dans les partitions épiques.
Les acteurs, malmenés jusqu'au frontières du soutenable, font eux des merveilles : Aaron Stanford campe un Doug juste et parfait, Ted Levine un Big Bob crédible, Emily de Ravin une Brenda très juste ( actrice à suivre ) ou encore Dan Byrd un Bobby très vrai. Les monstres eux ne sont pas en manque, et les maquillages de Greg Nicotero sont sublimes ( les freaks sont donc ignobles et tellement vrais ! ) ainsi que les effets gore, qui contribuent grandement à la violence et qui sont très réalistes ( et très présents et poussés ).
Le discours critique lui est bel est bien de la partie. Aja dénonce d'une part les effets nucléaires et ce dès son générique. Cet état sera également dénoncé par un des mutants handicapés qui parlera à Doug ( et qui sera dévoré par le chien dans un Hors champ mémorable d'horreur qui doit beaucoup aux bruitages ). Un plan sublime appuiera cette dénonciation lorsque Doug, sera dans la décharge des monstres, sorte de cratère géant. La caméra s'éloigne en plongée pour donner lieu à un plan aérien qui dévoile plein d'autres cratères. La famille est elle aussi montrée avec justesse par un Aja ( et un Levasseur ) qui dépeint ses personnages de façon très juste et qui leur donne une vraie identité ce qui renforcera l'impact dramatique lors de la tragédie. Peinture sociale à la fois juste et intemporelle réussie dans une première partie non moins juste et mémorable.
On peut donc clairement affirmer qu'Hollywood profite à Aja, qui a signé avec La colline a des yeux rien moins que le meilleur film d'horreur jamais fait, qui risque même de plaire aux détracteurs du genre. Une œuvre maîtrisée de bout en bout, sans concessions ( une telle violence n'a encore jamais été vue et de façon aussi sérieuse et réaliste ) qui respecte le genre dont elle est sûrement le meilleur représentant. Une claque qu'on ressent rarement ( une fois par an ça serait trop ) et qui laisse des traces. Film peut être parfait en son genre, et ce en tous ses aspects, La colline a des yeux est un chef d'œuvre parti pour devenir un classique. N'arrivant pas à rendre au film l'hommage qu'il mérite, et ce même en usant du dithyrambe comme un forcené, j'encourage donc tous ceux qui me liront et qui ne l'auraient déjà fait d'aller voir La colline a des yeux, qui est LE film d'horreur. Mr Aja ( et toute votre équipe ), vous dire félicitations serait un fort euphémisme.
Je l'ai vu 2 fois au ciné ! quelle claque ! mais après c'est aussi subjectif, le film m'ayant montré CE que j'avais envie de voir voir plus. C'est pour ça qu'il est devenu ma référence dans le domaine malgré son jeune âge il est même passé devant The Thing. Inoubliable, je compulse le DVD le jour de la sortie ! |
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