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| De HellJohn | Note : 7/10 |
Une excellente façon de conclure la trilogie, sur un summum de violence au style agressif et en approfondissant les deux précédents opus
Attention aux spoilers
Bon coup de pub pour "Saw 3" que cette interdiction aux moins de 18 ans en France (le film a eu plus de chance aux Etats-Unis). Mais était-elle vraiment justifiée ? Oui et non. Non parce qu’il n’y a que deux séquences qui retournent le cœur, dans "Saw 3", celles du broyage de porcs et l’opération, parce que ce sont les deux séquences barbares les plus lisibles de toutes. Car pour le reste, la réalisation est tellement clipesque et boursouflée (à coté de ça, "Saw 2" c’est du Tarkovski) qu’on ne distingue pas la moitié des horreurs qui se déroulent devant nos yeux. Il n’y a donc rien d’insoutenable, la réalisation de Darren Lynn Bousman supprimant tout effet de réalisme au profil du grand-guignolesque et de la surenchère visuelle et sanguinolente, créant un décalage, un second degré, entre le spectateur et ces atrocités.
En revanche, on peut dans un certain sens comprendre l’interdiction. En effet, et c’est là que le principal défaut de "Saw 3" devient une qualité, cette mise en scène épileptique à base de flashs, de filtres et de gros plans gores, le tout superposé dans un montage très cut, est d’une agressivité et d’une violence qui sied parfaitement à l’univers tordu de "Saw". "Saw 3" déverse une violence graphique impressionnante et extrêmement énergique. Encore plus sadique et retors que jamais, dans cette volonté de franchir les limites de l’horreur, dans cette inventivité effrayante dans la conception des tortures mentales et physiques (on se demande si les scénaristes ne sont pas eux-mêmes des tordus), dans ce mauvais goût assumé jusqu’au bout (aussi bien dans le traitement visuel que dans les idées), jusqu’à tomber dans le vomitif (la séquence du broyeur), "Saw 3" marque et peut choquer. Cette complaisance dans l’horreur (les intentions sont clairement de nous dégoûter et de nous faire ressentir ces atrocités) et cette gratuité totale font de "Saw 3" un film réellement malsain, plus que ses deux prédécesseurs. L’atmosphère est nauséabonde, putride, sombre, d’autant plus que dans ce huit clos éprouvant (le film exploite à nouveau, mais de façon moins directe, le huit clos en groupe), pas une fois on ne voit la lumière du jour (ou juste lors d’un flash-back). Bref, "Saw 3" est un film d’horreur jouissif, et c’est finalement ça qui est le plus malsain, justifiant l’interdiction aux moins de 18 ans.
Mais ce qui m’a le plus étonné dans "Saw 3", c’est le scénario. Les premières minutes, assez catastrophiques, laissent craindre le pire, succession bruyante de tortures gratuites (en live ou en flash-back) sans queue ni tête et aux grosses ficelles (Dina Meyer découvrant son tortionnaire hors champ : « Vous ?! »). Mais voilà que le personnage qu’on attendait comme héros de l’intrigue (la flic Dina Meyer, déjà dans les deux précédents épisodes) y passe à son tour. Ce n’est que lorsque les deux (?) victimes du Jigsaw se retrouvent confrontées à son plan machiavélique que le film devient plus captivant. Première surprise qui n’en est finalement pas une (les miracles qu’engendrent la volonté de se faire plus de pognon), le Jigsaw, alias John Kramer, alias Le Tueur au Puzzle, est vivant. Mais il n’en a plus pour très longtemps, sa tumeur va bientôt l’achever. Il a pourtant une dernière victime à tourmenter : un pauvre homme dépressif empli de haine et rongé par la vengeance, enfermé dans une sorte de hangar, va devoir subir une série d’épreuves le mettant face aux responsables de la mort de son fils, tué par un chauffard (la seule témoin qui s’est lâchement enfuie, le juge qui a condamné le coupable à une peine très légère, et le coupable en question). Le plan du Jigsaw laisse ainsi cet homme décider s’il doit laisser crever ceux qu’il a toujours voulu tuer par vengeance, ou mettre de sa propre personne pour les sauver. Cependant, Jigsaw, sur son lit de mort, doit rester en vie jusqu’à la fin de ce jeu, et pour cela il fait venir une infirmière et l’oblige à le maintenir vivant (si elle échoue et qu’il meurt avant la conclusion du jeu, le collier qu’elle porte autour du coup explose).
Le scénario n’est pas si creux que cela, et même plus structuré (même si le film adopte à nouveau un récit parallèle) et rythmé que les deux autres films. Les tortures sont cette fois plus mentales que physiques, en témoigne le parcours de la principale victime du jeu, un parcours de rédemption et de pardon. Le choix, même s’il est le même pour les trois épreuves, est plus complexe qu’un « tu es libre si tu arrives à t’arracher la peau avant qu’une bombe explose » et relève d’un cas de conscience qui va plus loin que le simple instinct de survie. Ce n’est pas sa vie que le personnage risque, mais celle des autres. La conclusion du jeu, et du film (et même de la saga), est cependant très noire et cruelle (comme de coutume avec les "Saw") : le pardon n’est pas possible et engendre l’horreur absolue. "Saw 3" développe un peu plus les personnages déjà présents dans les précédents films. "Saw 2" dévoilait particulièrement le personnage du Jigsaw (on y apprenait même son nom, John Kramer), un bad guy véritablement intéressant qui n’est ni un boogeyman classique, ni un serial killer, ni même un assassin, mais une sorte de redresseur de torts moralisateur qui place ses victimes face à des choix, à des prises de conscience. Ce qui ne les tue pas les rendra meilleures. Dans "Saw 3", c’est le personnage d’Amanda qui est plus dévoilé. On pouvait craindre qu’elle ne prenne la relève du Jigsaw à la fin du second épisode, puisqu’elle n’est pas mourante (c’est l’une des caractéristiques les plus fascinantes du Jigsaw) et n’a pas les mêmes motivations que son mentor (elle ne donne aucune chance de survie à ses victimes, elle est donc une vraie meurtrière). Ex toxicomane, c’est l’une des rares victimes du Jigsaw à s’en être sorti (cf. le premier "Saw"), et elle est devenu sa complice (cf. la fin du second "Saw"). Développant l’étrange relation qui la lie au Tueur au Puzzle (il est le cerveau, elle la faire-valoir), "Saw 3" explique particulièrement sa présence et son utilité tout au long de la saga, développant le personnage non pas sur un film, mais sur trois films. Et là est l’une des grandes qualités de "Saw 3"…
En effet, il est indispensable d’avoir vu les deux premiers films avant de voir "Saw 3", car le troisième épisode renvoie souvent à ses prédécesseurs. Il commence d’ailleurs exactement là ou s’arrête "Saw 2". Ainsi on découvre beaucoup d’éléments qui pouvaient nous sembler obscurs ou invraisemblables dans les films précédents (à croire que le scénariste a prit note des nombreuses incohérences qu’ont relevé les spectateurs) : des séquences de "Saw" et "Saw 2" sont entièrement reprises d’un point de vue différent, sont dévoilées dans leur totalité, expliquées et détaillées, y compris la fin anthologique du premier "Saw", ou l’on nous montre ici ce qu’il est advenu du personnage de Leigh Whannell. Il en va de même pour la fin de "Saw 2" avec le personnage de Donnie Whalberg. Il en résulte des séquences captivantes telle celle, carrément géniale, de la préparation du plan de "Saw" (John Kramer se prépare à devenir un cadavre tandis qu’Amanda l’aide dans les moindres préparatifs de la pièce), sur le thème musical de Charlie Clouser. En faisant la lumière sur les précédents évènements, "Saw 3" a ainsi le mérite de donner encore plus d’épaisseur et de cohérence aux deux opus précédents, et se révèle lui-même parfaitement cohérent dans la trilogie, comme une dernière pièce d’un puzzle. Il va maintenant être difficile de regarder "Saw" et "Saw 2" sans penser à "Saw 3" tant ce dernier s’impose comme une continuité et un complément des deux autres. Plusieurs acteurs des deux premiers films viennent faire un petit coucou (Dina Meyer, Donnie Whalberg, Leigh Whannell). Plus "Saw 3" s’attache aux deux premiers volets, plus il gagne en intérêt. C’est même à la fois une suite directe et un prequel.
Le twist tant attendu surprend moins que d’habitude, car un peu trop complexe pour être crédible (il s’agit même en fait de plusieurs twists à la suite) là ou ceux des deux autres épisodes étaient aussi simples que bien pensés. Mais cette dernière partie, en plus d’être très tendue et nerveuse, est tout de même vraiment grand-guignolesque au possible voir même nihiliste (absolument personne ne réchappe du carnage), et fait ressortir toute l’étendue d’une grande manipulation qui s’étale non pas sur le film, mais sur la trilogie. Une conclusion encore une fois en forme de claque (le final en jette !) et qui se termine sur un stroboscope d’images des trois films, excellente et percutante façon de clore la trilogie sur un summum de violence. On pourrait d’ailleurs voir en cette saga une exploration de la violence, de l’horreur et des derniers retranchements de l’être humain (jusqu’où est-on prêt à aller pour vivre). « Saw » signifie en anglais à la fois « scier » et « avoir vu », ce qui en fait un titre très évocateur pour une trilogie qui nous place en tant que voyeur d’atrocités (en particulier le 3). Trilogie qui devrait en rester une, car il n’y a plus beaucoup d’éléments pour ajouter un quatrième épisode (pourtant prévu, je me demande comment ils vont faire).
On retrouve avec plaisir le charismatique, effrayant et très concerné (il a écrit des carnets entiers sur son personnage, a donné son sang pour des affiches, etc.) Tobin Bell dans le rôle passionnant du Tueur au Puzzle, véritable testeur et analyste de l’être humain, plus mégalomane que jamais (ne se prendrait-il pas pour Dieu ? D’ailleurs sa machine à torture préférée crucifie sa victime). Personnage vraiment révélé dans cet opus et donc dans la trilogie, Amanda est toujours incarnée par Shawnee Smith (un des personnages principaux de la série Becker, vue aussi dans "The Island" et le "The Blob" de Chuck Russell). Si la plupart des acteurs ne sont pas très convaincants (y compris l’héroïne-victime Bahar Soomekh, remarquée dans "Mission : Impossible 3"), la bonne surprise du casting vient de Angus MacFayden (le méchant d’"Equilibrium", Lucius dans "Titus", Orson Welles dans "Broadway 39ème rue") dans le rôle de la victime testée par John Kramer au travers de cette série d’épreuves. Un personnage forcé au pardon, plus torturé psychologiquement que physiquement, et qui finit par devenir touchant à force d’en baver.
La bande-son est toujours aussi percutante, Charlie Clouser reprenant son fameux thème dans différentes versions (on a même la version « paisible »).
"Saw 3", à nouveau écrit par Leigh Whannell (d’où cette cohérence avec les deux autres films), pousse le concept de la saga jusque dans ses derniers retranchements, d’où cette interdiction aux moins de 18 ans qui a sans doute permis au film de booster les entrées. "Saw 3" ne fait pas peur mais joue toujours autant avec nos nerfs et nos sens. Film d’horreur ultra violent, bourrin, agressif et d’une complaisance assez fascinante, "Saw 3" n’est pas si simpliste qu’il n’en a l’air, surtout rattaché aux deux précédents films dont il est à la fois très différent (même s’il respecte les codes) et désormais indissociable. C’est aussi celui des trois qui pousse le plus loin l’idée de torture psychologique. Sommet de mauvais goût, "Saw 3" n’est pas fait pour plaire et ne brosse pas le spectateur, y compris l’amateur de film gore, dans le sens du poil. Pas étonnant dans ce cas qu’il ait déplu à tant de monde. Pourtant, "Saw 3" atteint son but, il dégoûte et impressionne. Après la petite déception "Saw" et la bonne surprise "Saw 2", "Saw 3" comble les attentes d’une conclusion extrémiste à cette saga si ludique et lucrative.
7,5 / 10
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