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| De HellJohn | Note : 8/10 |
bouleversant !
(vaut mieux avoir déjà vu le film pour lire cet avis)
Quelle belle surprise que voilà ! "Je vais bien, ne t’en fais pas" réussit l’exploit d’être un drame familial français pas barbant et vrai, d’être une histoire d’amour à la fois ordinaire et peu conventionnelle, et de brosser à travers une poignée de personnages un authentique portrait de la jeunesse, sans clichés ni vulgarité ce qui, en France, est devenu bien rare. C’est un film juste, subtile, mais aussi très mystérieux. Le sujet semble clair au premier abord : une jeune fille revient de vacances chez ses parents, mais n’y trouve plus son frère jumeau, qui a quitté la maison après une violente dispute avec son père. Peu à peu, Lili s’inquiète et, devant l’indifférence de ses parents et particulièrement de son père, cesse de manger et en devient malade.
Il y a un coté presque fantastique ici. Le personnage du frère est absent physiquement mais tout le temps présent mentalement. On se demande sans cesse s’il ne va pas ressurgir au détour d’un plan, et l’espoir perdure, jusqu’à ce que deux rebondissements (certes un peu hasardeux, mais ne chipotons pas) nous assènent un coup de massue d’une cruauté poignante : l’espoir disparaît clairement et brutalement pour le spectateur, mais moins distinctement pour Lili (a-t-elle compris ?). "Je vais bien ne t’en fais pas" devient alors un film très noir sur l’attente, l’espérance, le deuil. Le dénouement est réellement bouleversant, révélant l’horreur cachée mais aussi tout ce qu’on peut faire par amour. Beaucoup de sous-entendus, de silences et de regards chargés composent le film de Philippe Lioret, qui rend de plus en plus mal à l’aise. Il serait honteux de révéler quoique ce soit de cette intrigue à quelqu’un qui ne l’a pas encore vu (faites comme moi, allez voir le film sans rien savoir de l’histoire…et attention, la bande-annonce en dit beaucoup trop !).
Les personnages complexes et tout en retenue dans lesquels on peut se reconnaître sont justes, leurs réactions sont cohérentes, aussi faillibles qu’humaines. L’accent est mit sur leur maladresse pour faire le bien, ce qui laisse parfois place, malgré le sujet très sombre, à quelques touches d’humour (la maladresse de Julien Boisselier). Il en résulte des émotions vraies. Et ça n’aurait pas fonctionné sans le talent des acteurs, avec en tête deux grosses révélations (bien qu’on les connaissait déjà avant), la très mignonne et émouvante Mélanie Laurent (loin de son rôle hot dans le délirant "Dikkenek") et l’étonnant Kad Merad dans le rôle le plus intériorisé et le plus fascinant du film (cela dit, le comique était déjà assez touchant dans "Un Ticket pour l’espace", mais ce n’est pas la même chose), celui du père. On peut reprocher à la jolie romance entre Mélanie Laurent / Julien Boisselier de ne pas être très utile, mais cela participe finalement à nous éloigner de la vérité avant que celle-ci ne revienne d’un seul coup en pleine face. De plus, c’est pour une fois une romance entre jeunes tellement bien vue qu’on ne va pas s’en plaindre.
Quelques petits défauts gênants quand même : des personnages secondaires parfois très caricaturés. Par exemple, les médecins sont des salauds tortionnaires et leur système est très faillible (la critique contre les méthodes des médecins est franchement hors sujet), les gens sont en général désagréables (ce qui n’est pas faux non plus dans la réalité), ou le patron des caissières est un gros porc raciste et beauf (à quoi sert la scène du pot de départ avec les employés et le patron ?).
Mais à part ça, rien à redire, un grand petit film qui emporte très loin, là où on ne s’y attendait pas. Le réalisateur de "Tenue correcte exigée", de "Mademoiselle" et de "L’équipier" et le co-scénariste (avec Lioret) et auteur du roman adapté nous offrent un bijou émotionnel, bercé par une mise en scène sans artifices, sobre, douce, et par la magnifique chanson mélancolique du film (Lili / U-Turn) composée et chantée par Aaron (le chanteur du groupe a un petit rôle dans le film, celui qui donne justement le CD de la chanson à Lili). On la garde longtemps en tête après le visionnage marquant de "Je vais bien ne t’en fais pas". Un film délicat, authentique, vrai, beau, poignant, l’un des meilleurs films français de l’année !
A noter que c'est le film qui a été le mieux noté par les critiques spectateurs de allocine l'année dernière, 4 étoiles sur plus de 600 avis !
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