HellJohn
J'accroche pas...

 
De HellJohn
Note : 5/10
J'accroche pas...

Je dois avouer que le cinéma pourtant bien aimé de Robert Guediguian me déprime. J’avais d’ailleurs même pas eu le courage d’aller voir "Le Promeneur du Champs de Mars". J’ai fait l’effort d’aller voir ce "Le Voyage en Arménie", dont rien que le titre et l’affiche me faisaient déjà broyer du noir. Ce fut encore le cas, mais il y a dans son nouveau film un défaut autre que mon sentiment personnel (sentiment qui n’engage que moi, bien entendu).

Bon, en deux mots ça parle d’une femme française médecin qui part en Arménie pour chercher son père malade qui s’est enfui dans son pays natal parce qu’il ne veut pas être opéré. Elle découvre alors son pays d’origine. Mais il y a d’emblée un problème d’identification, car le personnage principal est antipathique. En effet, l’actrice fétiche (et épouse) du cinéaste semble jouer cynique. Le personnage d’Anna manque d’humour, de spontanéité, sonne faux et Ariane Ascaride semble jouer à coté. Si le personnage principal d’un film, quasiment présent dans chaque plan, est si peu aimable (à l’image de son père), difficile de s’attacher à un film de deux heures.
Les seconds rôles sont cependant très bons et les acteurs excellents : le vieux chauffeur (Roman Avinian, responsable de la plus belle scène du film, la dernière), la coiffeuse stripteaseuse (la mimi Chorik Grigorian, bien que son personnage fasse un peu cliché), Gérard Meylan (autre acteur fétiche et proche du réalisateur), Simon Abkarian (toujours impeccable), Serge Avédikian (réalisateur de courts métrages et de documentaires, aussi vu dans "Agents secrets", "Aram" et "La Diagonale du fou") et Jalil Lespert (qui retrouve le cinéaste après "Le Promeneur du Champs de Mars"), ils apportent une touche d’humour non négligeable (aussi bien dans les situations que dans les dialogues) et construisent avec sensibilité (plus que l’héroïne) un portrait juste d’un pays en détresse, magnifié par certains plans sans tomber dans l’illustration touristique ringarde.

Problèmes de rythme et de narration, aussi, surtout quand ce personnage principal laisse une trop grande distance avec le spectateur. La première heure est trop longue (à un moment, je croyais que c’était bientôt la fin, je regarde ma montre et je me rends compte que c’en est qu’à la moitié !), jusqu’à ce qu’un soupçon de polar apparaisse, pas forcément de manière très crédible (Ariane Ascaride qui arrive pile au bon moment et qui vise au flingue comme une pro). Puis retour à un rythme lent, dans une fin qui s’étire bien trop. Guédiguian s’enlise dans son mélange de genre (chronique, drame, comédie, polar…) et s’éloigne de son sujet (on en oublie même qu’Anna est venue ici pour retrouver son père), voulant traiter trop de choses (politiques, sociales…) pour rendre hommage à ce pays dont il a d’ailleurs souvent fait référence dans ses précédents films. C’est certes sincère (l’Arménie est le pays d’origine du réalisateur, l’idée de faire un film sur son pays d’origine vient de sa femme, qui incarne d’ailleurs un personnage reniant ses origines arméniennes), parfois traversé de moments poétiques, d’une jolie bande son et de beaux dialogues, mais cette délicatesse, aussi évidente soit-elle, ne me touche pas (excepté la dernière scène), si ce n’est dans les seconds rôles, qui sont définitivement l’âme de ce "Voyage en Arménie". J’ai décidément du mal à accrocher aux films de ce réalisateur…

5,5 / 10
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