HellJohn
"Les Démons de la liberté", LA référence du film de prison

francis moury
Précision additionnelle sur le livret joint au coffret

francis moury
classification

John Nada
A locktal

locktal
John Nada et Atticus Finch

John Nada
A locktal

locktal
Les forbans de la nuit est génail, mais il me semble que c'est une oeuvre à part que Dassin a tournée au RU

Atticus Finch
Jules Dassin

Atticus Finch
y

locktal
Compulsion !!!!

satan
Le coffret m'intéressait, mais votre critique du 2è film m'a calmé.

HellJohn
magnifique, ce coffret !!

 
De HellJohn
Note : 9/10
"Les Démons de la liberté", LA référence du film de prison

En 1947, Jules Dassin mettait en place les codes du film de prison dans ces "Démons de la liberté", référence absolue du genre. On y trouvait déjà de tout. Dans le pénitencier de Westgate, Dassin confronte les détenus à un gardien chef tyrannique, le capitaine Munsey (Hume Cronyn), qui veut prendre la place du directeur. Ce gardien chef sadique, qui prend particulièrement en grippe le prisonnier Collins (Burt Lancaster), met certains détenus dans sa poche pour en faire des mouchards, quand il ne les castagne pas pour les faire parler (avec en fond du Wagner pour cacher les bruits) ou ne les pousse pas au suicide par un exercice retord de mensonge. Jules Dassin construit un affrontement supérieurs / taulards qui deviendra une tradition du genre. Toutes les séquences de "Les Démons de la liberté" deviendront par la suite des passages obligés du film de prison, des flash-back relatant les raisons qui ont amené les principaux prisonniers dans ce pénitencier (c’est à chaque fois à cause de l’amour pour une femme) à l’assassinat « accidentel » d’un mouchard par les autres détenus (une séquence tétanisante), en passant par le plan d’évasion et l’évasion préparée minutieusement dans le plus grand secret.
Le film décrit avec précision (on sent une documentation poussée en amont) les mœurs de l’univers carcéral (une première à l’époque, malgré le "Je suis un évadé" de Mervyn LeRoy avec Paul Muni, en 1932) et parvient avec subtilité à évoquer les mentalités du groupe de prisonniers de la cellule R-17, des prisonniers qui luttent chacun à leur manière contre le confinement et qui ont leurs propres méthodes d’évasion (mentale, pour l’instant), par exemple le poster de la pin-up (très belle séquence d’explication). Une belle et lucide réflexion sur la liberté, sans aucun cliché ni aucune morale.
De même, les personnages sont eux aussi devenus des figures référentielles du genre, mais ils semblent ici authentiques, pas pompeux une seconde, car Dassin évite tout manichéisme, y compris chez le personnage pourtant détestable de Munsey. C’est à travers ce dernier que le cinéaste développe une réflexion sur la violence, et le film est d’ailleurs d’une violence étonnante. Munsey ne parvient à se faire respecter que par la force brute (d’où le titre original du film), comme le montre sa confrontation avec le docteur de la prison, ce dernier constatant que Munsey est « prévisible » et « plus psychopathe que tous les détenus ». C’est cette force brute qui oppresse les taulards, qui ne peuvent finalement que se révolter (une révolte que Munsey provoque pour avoir le plaisir de la prévoir et de la réprimander) et répondre par la violence à la violence. La montée en puissance de la tension aboutit à l’assaut final, explosion de violence dans laquelle personne n’est épargné. La conclusion de "Les Démons de la liberté" est très noire, puisqu’elle dissipe tout espoir de liberté et toute rémission. C’est un vrai sentiment de désespoir qui imprègne le film lorsque, à la suite de la tentative d’évasion qui s’est terminée en carnage, un superbe travelling latéral passe de cellule en cellule et nous dévoile une cellule R-17 vide, là ou elle semblait si chaleureuse et amicale auparavant, pour arriver finalement sur le docteur soignant un blessé et se lamentant avec autant d’incompréhension que d’amertume : « Pourquoi s’enfuient-ils, pourquoi essaient-ils toujours ? », ce à quoi le blessé lui répond : « Quand les hommes sont en prison, ils veulent en sortir. » Ces démons de la liberté sont présents à chaque homme et se réveillent lorsque celle-ci leur échappe. Pourquoi essayer de fuir ? Pour regagner la liberté, tout simplement, parce que cette volonté est plus forte que le reste, c’est une soif fatale propre à chacun et irrémédiable. "Les Démons de la liberté" est le récit tragique d’hommes prêts à mourir pour retrouver la liberté (Collins sait que le plan est foutu, mais y va quand même, Louie ne parle pas sous les tortures du capitaine…).
Explorant la condition humaine dans l’univers carcéral, Jules Dassin et le scénariste romancier Richard Brooks (qui deviendra lui-même un réalisateur réputé), qui adaptent là un roman de Robert Patterson, livrent un message pessimiste (on ne s’évade pas des prisons, l’usage de la force est nécessaire…), mais aussi contestataire (la prison rend les hommes encore plus mauvais qu’ils ne l’étaient au départ, et les matons sont aussi dangereux voir plus que les détenus). Mieux, le film aborde même des questions encore d’actualité et très rarement traitées dans le genre (les détenus trop nombreux dans les prisons, les emplois carcéraux…) et possède même un sous-entendu homosexuel. Dassin souhaitait à l’origine faire du gardien chef une figure ambiguë et le montrer comme explicitement homosexuel, mais la plupart des séquences allant dans ce sens ont été censurées (par exemple la scène ou le gardien torture un taulard, que Dassin voulait tourner comme une « scène d’amour étrange et érotique », a en grande partie été coupée), même s’il en reste quelques traces.
Techniquement, "Les Démons de la liberté" est une merveille encore jamais égalée dans le genre (talonné par "L’évadé d’Alcatraz" de Don Siegel). La mise en scène novatrice (Dassin joue énormément sur le confinement) et les éclairages clairs-obscurs (qui prennent pleinement parti des décors, d’ailleurs les décors sont véritablement composés par la lumière) instaurent une atmosphère étouffante, hélas un peu aérée par les flash-back romantiques (imposés par le producteur Mark Hellinger pour insérer des personnages féminins dans l’histoire) en dessous du reste, car elles ne semblent pas avoir leur place ici (elles sont maladroitement intégrées dans cet univers claustro et purement masculin). La séquence de l’assaut final, incroyable de maîtrise technique et logistique, est un grand moment de suspense, d’action, de cruauté et de tragédie, d’une violence stupéfiante pour l’époque, qui prouve à quel point le film de Dassin a conservé une intensité intacte même 60 ans après sa réalisation (et quelle musique !). Tous les acteurs (dont cinq qui figurait déjà au générique de "Les Tueurs" de Robert Siodmak, précédente production de Mark Hellinger), menés par le mélancolique Burt Lancaster (justement en tête d’affiche de "Les Tueurs") et par l’inquiétant Hume Cronyn (un fidèle complice de Hitchcock et l’un des grands seconds couteaux d’Hollywood, jusqu’au "Cocoon" de Ron Howard), sont excellents, de vrais gueules (Jeff Corey, John Hoyt, Whit Bissell, Charles Bickford, Howard Duff, Sam Levene…) comme les films de prison allaient en être peuplés par la suite. "Les Démons de la liberté" est la première grande réussite de Jules Dassin (suivront "La Citée dans voile" et "Les Bas-fonds de Frisco"), le cinéaste dénigrant lui-même ses précédents films, de petites comédies sans grand intérêt. Ce qui ne l’empêche pas non plus de regretter à moitié ce "Brute Force" (comme la majorité de ses œuvres américaines, faut dire que l’ex blacklisté est plutôt rancunier), notamment à cause des conditions imposées par son producteur, qui en font un film plus sage qu’il n’aurait pu l’être. Ces résonances humanistes sont pourtant l’une des grandes forces de ce grand film.

8,5 / 10
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