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| De HellJohn | Note : /10 |
"Fausse Donne", une autre excellente série B de Louis Morneau
Deux ans après l’étonnant "Retroaction", qui s’est imposé comme l’une des meilleures séries B de ces dernières années par son inventivité et son efficacité technique (impressionnant de maîtrise malgré le petit budget) et narrative (un pitch SF réjouissant et pleinement exploité), le réalisateur Louis Morneau retrouve l’acteur James Belushi (qui, dans "Retroaction", campait une belle ordure) pour "Fausse Donne" ("Made Man", ça avait plus de gueule, comme titre). Mais cette fois, Morneau bénéficie du soutient des producteurs Richard Donner / Joel Silver et son film a même eu le droit à une sortie en salles (certes discrète). Il faut dire que le talent du cinéaste est parfaitement exploitable sur grand écran (même si, pour son superbe cinémascope, "Retroaction" méritait plus de sortir au cinéma, alors que "Fausse Donne" n’est qu’en 1.85 malgré un budget plus important, allez savoir…), et ce quelque soit l’argent qu’on lui donne pour faire ses films.
Morneau laisse tomber la science-fiction d’anticipation et s’attaque au polar d’action avec un point de départ bien plus simpliste (mais toujours dans le milieu redneck du sud des Etats-Unis) : planqué dans un bled paumé de la Caroline du Sud, Bill (Belushi) bénéficie de la protection des témoins du FBI. Bill a volé et caché 12 millions de dollars à son ancien boss, le grand mafieux « Skipper », que personne n’a jamais vu. C’est pour cette raison que quatre des hommes de ce dernier retrouvent le pauvre Bill dans l’intention de récupérer le fric pour leur patron…ou pour eux.
Là ou "Fausse Donne" est jubilatoire, c’est dans la façon dont Morneau complexifie (un peu trop lorsqu’on arrive vers la fin) une situation simple au départ et déjà vue de nombreuses fois, instaurant ainsi un rythme alerte, imprévisible et tendu. Comme dans "Retroaction », Morneau fait intervenir des personnages imprévus et la situation dérape, s’empirant de plus en plus. Car voilà que s’invitent à la fête un shérif pourri (Timothy Dalton), une bande de bouseux dealers de drogue (menés par Steve Railsback), la nana de Bill, une taupe du FBI, etc. Comme le lance notre anti-héros lors d’une situation très délicate : « C’est Les 12 Salopards qui s’invitent dans Délivrance, là ! », et c’est pas pour rien que le film se coltine tantôt des airs de survival, tantôt des airs de pur film d’action (voir même de film de guerre !). Tout se beau monde se massacre mutuellement pour une seule raison : l’appât du gain. Et dans ces situations, mieux vaut ne faire confiance à personne, ce que le brave Bill aura bien compris, étant donné qu’ils sont tous à ses trousses parce qu’il est le seul à savoir ou est ce foutu pognon (si ce n’était pas le cas, il serait déjà mort). Heureusement, Bill est un baratineur de génie, ce qui le sauvera de plusieurs situations (souvent de façon amusante, voir la séquence avec la vieille marchande : « Lui c’est…Denzel. »), ou du moins ce qui retardera sa mort. A partir d’une énième surprise que nous réserve le scénario, Bill va même devoir former un tandem antagoniste avec le seul des gangsters survivants (l’excellent Michael Beach), sans doute un petit clin d’œil de la part des producteurs auxquels on doit les "Arme fatale". Morneau s’amuse surtout, avec une pointe de sadisme, à martyriser son personnage, personnage glandeur et loser très drôle qui conserve dans toutes les situations un humour piquant ou amer (ses punch-lines fusent). James Belushi y est excellent, entre la cool attitude et la nervosité de ce branleur attachant qu’est Bill, et jamais l’acteur ne sombre dans le ridicule. Dommage qu’on ne voit plus beaucoup cet acteur sur les écrans, Morneau étant l’un des derniers réalisateurs à avoir vraiment exploité son talent.
"Fausse Donne", c’est donc 80 minutes de course-poursuite en cambrousse dans une ambiance country, avec des trahisons, des coups fourrés, des retournements de situation à la pelle avec à la clé une pirouette finale savoureuse, plein de morts, de la sueur, des explosions, gunfights et courses poursuites en voitures comme Louis Morneau semblent si bien les aimer (ce pourquoi il y accorde un soin particulier, comme le prouvait déjà "Retroaction"), de l’humour (des dialogues énergiques, surtout entre Bill et les quatre gangsters)…L’une des grandes qualités de Louis Morneau, c’est de tirer pleinement parti d’un petit budget. A partir de rien, il assure un spectacle impressionnant et nerveux, maintenant l’attention (et la tension) du début (un générique jouissif) à la fin. Comme dans tous les films du cinéaste, la photo est soignée et la mise en scène ingénieuse, mouvementée et dynamique, au service de l’action et de la cadence. Car Morneau nous en donne pour notre argent, jusqu’à transformer la dernière partie de son film en une version bourrine de "Assaut" (mention au dégomage du méchant sur le toit, très classe). Ses idées visuelles ont souvent une classe folle (par exemple la séquence sur la route dans la voiture renversée, entre le shérif et le gangster, ou encore les scènes dans les champs de maïs) et il exploite toujours astucieusement le décor. On se met alors à rêver de ce que le cinéaste pourrait faire avec un gros budget (le syndrome Peter Jackson), même si "Fausse Donne", pourtant nanti d’un budget plus important et d’une sortie en salles, est moins impressionnant que "Retroaction". Néanmoins, le réalisateur gagne de film en film un vrai style.
On peut reprocher à Morneau d’en faire un peu trop avec les personnages inutiles et très cliché des trafiquants rednecks (alors qu’au contraire, les séquences avec les quatre gangsters sont excellentes, les personnages comme l’anglais, le caïd black ou le faux rital étant savoureux) ou du shérif véreux (pour autant, Timothy Dalton s’en donne à cœur joie dans ce contre-emploi), et d’en rajouter encore plus avec une bande-son bruyante et une multiplication de ralentis (surtout dans les gunfights) jusqu’à tomber dans le grand-guignolesque dans sa dernière partie (contrairement à "Retroaction", le scénario tortueux ne tient pas sur toute la longueur). Mais il faut dire que "Fausse Donne" est une série B bourrine et excessive qui ne fait pas dans la dentelle malgré son second degré cynique et sa petite morale d’ailleurs pas très morale. C’est ce qu’on appelle un vrai plaisir coupable.
7,5 / 10
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