Un thriller / survival / huit-clos (avec une pincée d’Agatha Christie) tendu et excitant
7 agents du FBI sont envoyés sur une île abandonnée pour passer une ultime épreuve pour devenir profilers. Mais sur place, ils vont se rendre que ce n’est pas une simulation et qu’un serial-killer les décime bel et bien un par un selon un schéma précis et calculé que les profilers, traqués et manipulés tels des pantins impuissants, devront déchiffrer…Sachant qu’ils sont seuls sur l’île, le tueur est forcément l’un d’entre eux…
A partir d’un pitch simpliste mais bien trouvé, Renny Harlin trousse une sorte de thriller survival en huit-clos avec une pincée d’Agatha Christie (ça pourrait être une énième version officieuse des Dix Petits nègres), et son film est plus original qu’il n’y parait. Harlin reprend ce qui faisait la force de son excellent "Peur Bleue" dans lequel, contre toute attente, il tuait sa star (Samuel L. Jackson) dés le début quand personne s’y attendait, dans lequel il faisait mourir atrocement son héroïne et dans lequel il laissait comme uniques survivants le bellâtre et le comique de service (qu’on s’attendait à voir mourir dans les premiers). Et bien dans "Mindhunters" (je préfère ça au pitoyable titre français, "Profession Profiler"), c’est exactement le même procédé, et c’est tant mieux, même si l’effet de surprise est cette fois moindre (c’est comme quand on raconte deux fois une même blague, ça marche moins bien la seconde fois). Pas vraiment d’acteurs principaux (malgré la présence de stars qui se fondent parfaitement dans la masse), pas de personnage principal (du moins il le devient en cours de route, tout en restant un suspect), tout le monde est suspect et tout le monde peut y passer…
On ne sait non seulement absolument pas qui va mourir (et ça, c’est une grosse qualité pour un survival) ni quand et comment, mais on ne sait pas non plus qui est le tueur puisqu’ils sont tous aussi bien des victimes potentielles que des coupables tout désignés (et ça, c’est une qualité essentielle pour un whodunit). On les soupçonne tous à un moment donné, toutes les cinq minutes on change d’avis parce que le scénario nous offre de nouveaux indices, ou simplement parce qu’il y a quelque chose qui cloche. Même au détriment de toute logique, Renny Harlin s’amuse comme un fou à nous mener en bateau, à brouiller les pistes, à prendre le contre-pied de nos attentes et nos pronostics, et ce jusqu’au quart d’heure final (même quand ils ne sont plus que deux, le doute subsiste). Ce n’est pas parce que le nombre de suspects diminue régulièrement que le rythme ralentit ou que les doutes s’évaporent, au contraire. Dés la première séquence en trompe-l’œil, Harlin annonce qu’il va falloir se méfier des apparences et bien avoir l’œil sur les détails (comme le souligne le cinéaste, c’est un film sur le détail, d’où l’importance et l’omniprésence des gros plans). Tout repose sur ce procédé imparable et sacrément bien maîtrisé, preuve que ce réalisateur déchu a encore de beaux restes. C’est d’ailleurs après la révélation définitive du tueur que ça vire un peu au n’importe quoi pendant dix minutes, malgré une séquence finale (le gunfight sous l’eau) très rigolote, ironique et 100% Harlin.
On se prend donc très vite à ce petit jeu de massacre torturé (ça pourrait presque être de la télé-réalité) dont l’autre grosse qualité est l’imagination que déploie Harlin et les scénaristes (dont Wayne Kramer, le réalisateur de "Lady Chance" et "La Peur au ventre", mais c’est Ehren Kruger, le faire-valoir de chez Dimension Films, qui aurait finalisé le script et les dialogues) pour tromper le spectateur et pour tuer les profilers de la façon la plus vicieuse et tordue qui soit. Des mises à mort jouissives et toutes liées aux faiblesses ou aux points forts des victimes, le tueur usant lui-même de ses dons de profiler pour éliminer les autres, ce qui donne un vrai combat psychologique entre profilers. Même en sachant ça, les exécutions sont aussi inattendues que bien foutues, parfois bien sadiques et toutes gores (n’oublions pas que Harlin a fait ses armes dans le film d’horreur, ce pourquoi on retrouve toujours quelques touches de trash dans ses films, même les grand public). Il y a là une inventivité quasi artistique dans ces pièges retords, parfois drôles (le coup de la tête, la mort de Slater), parfois vraiment dégueulasses (la cigarette, le flingue trafiqué, la « marionnette »), dans tous les cas jubilatoires. Renny Harlin se fait même plaisir en tournant une séquence de baston avec son chouchou L.L. Cool J., une baston aussi fête de slip qu’efficace. Le réalisateur finlandais connaît son boulot, et ça se voit.
En bon artisan couillu et marginal qu’il est, sans prétentions et comme un gamin qui a oublié de grandir en même temps qu’Hollywood (Renny est toujours dans les années 90), Harlin s’éclate dans sa réalisation avec une certaine liberté et un grain de folie qui font plaisir à voir : plans débiles à la Harlin, SFX parfois un brin foireux (l’hélium, l’explosion du bateau, certains décors en numérique) mais effets gores très réussis (mention au coup de la victime dont le cadavre est transformé en marionnette), beaucoup d’effets numériques invisibles (donc réussis aussi) notamment dans les décors (à noter que le film a été tourné en Hollande, mais ça ne se voit pas du tout), plein de folles bonnes idées, une caméra énergique toujours en mouvement, une multiplication des points de vue bien exploitée pour accentuer le suspense et le doute, des fulgurances grand-guignolesques et tape-à-l’œil qui poussent plus à rire qu’à frissonner, une violence graphique percutante…Techniquement (mise en scène, découpage…) et esthétiquement (photo, décors sinistres…), c’est même plutôt chiadé et le scope a de la gueule. Et la bande-son est parfaite (un bon score et des bruitages puissants). Il en ressort une atmosphère agréablement macabre et paranoïaque.
Bien sûr, le film ne manque pas de maladresses (les flash clichés au début, les motivations du tueur, quelques fautes de goût typiques du cinéaste…), c’est invraisemblable au possible malgré l’ingéniosité du plan et les nombreuses surprises qu’il réserve, c’est pas crédible une seconde malgré l’authenticité des méthodes des profilers et du FBI (le film est très documenté sur le sujet, les acteurs ont même suivis un entraînement intensif), ça fait d’ailleurs parfois penser aux Experts. Mais le fait de ne pas y croire n’empêche pas de se prendre au jeu. De toutes façons, Harlin s’est toujours foutu d’une quelconque crédibilité et ses films, décomplexés et vrais bras d’honneur à toute forme de logique, n’ont jamais été à prendre au premier degré (alors que paradoxalement, Harlin fait bel et bien du cinéma au premier degré). Renny fait son cinéma à lui, sans se préoccuper du reste. Le « viking bourrin » s’amuse ici à détourner les conventions (alors qu’une daube comme "Compte à Rebours mortel", dans le même genre et justement avec son pote Stallone, les utilise au premier degré) et mise tout sur un scénario malin (voir roublard), millimétré et très prenant, torchant quelques purs moments de suspense (dans le couloir avec l’eau et l’électricité, la prise de sang façon "The Thing", le gunfight avec les mannequins…) dans ce récit constamment tendu ou ça peut subitement virer au rouge à chaque minute sans crier gare. Comme "Peur Bleue", donc, dont "Mindhunters" pourrait être une sorte de remake, avec un serial-killer profiler à la place du requin génétiquement modifié et une île isolée au lieu du bassin en plein océan. Le jeu sur les faux-semblants, les rebondissements non stop, l’interaction poussée avec les décors, l’enchevêtrement de nouvelles pistes, les idées narratives et le récit en compte à rebours (les montres indiquant l’heure de la mort de la prochaine victime, bien vu), tout est bon pour accélérer le rythme (mise en exposition rapide, et les personnages sont esquissés au cours de l’intrigue et non avant qu’elle ne commence), pour maintenir l’adrénaline, pour accentuer la tension.
Enfin, le casting de têtes connues s’en donne aussi à cœur joie pour laisser planer le doute et brouiller les pistes. Val Kilmer (excellent dans ses rares apparitions), Kathryn Morris (connue pour être l’héroïne de la série Cold Case), Jonny Lee Miller (qui remplace un Gérard Butler initialement pressenti), L.L. Cool J. ou James Todd Smith (d’une sobriété et d’un charisme surprenants, il incarne le meilleur personnage du film), Clifton Collins Jr. (autre belle surprise, autre meilleur personnage du film), Christian Slater (qui retrouve une nouvelle fois Val Kilmer après "True Romance" et "Hard Cash"), Eion Bailey (Jake dans la onzième saison de Urgences, on l’a vu aussi dans "Fight Club" et "Presque Célèbre") ou Patricia Velasquez (encore très sous-employée au cinéma), que du bon et tous dans le trip !
En pente depuis "Peur Bleue" (suivent le pas si mal "Driven", le bel et bien naze "L’Exorciste au commencement" et le parait-il catastrophique "Le Pacte du Sang"), Renny Harlin prouve avec cette généreuse, haletante et ludique série B qu’il en a encore dans le ventre. Le bide du film n’a rien à voir avec sa qualité, c’est juste encore une fois de la faute de la dangereuse firme Dimension des Weinstein, qui a distribué le film (qui avait pourtant un bon potentiel « pop corn ») à la sauvette en plein été après l’avoir sorti d’un tiroir dans lequel il traînait depuis presque deux ans. Ce suicide commercial n’aura pas tué "Mindhunters", qui s’est ensuite construit une bonne petite réputation méritée…
7,25 / 10
Le DVD :
-FILM : 7,25 / 10
-IMAGE : 8 / 10
-SON : 8 / 10
-BONUS : 7 / 10 : de l’envers du décors au tournage d’une scène d’action (non doublée, ce sont vraiment les acteurs qui se battent), trois petits making-of intéressants (et pour une fois pas promotionnels) qui révèlent les méthodes de travail d’un réalisateur décidément bien sympa mais aussi très professionnel. Dommage que ça soit si court. Quand au commentaire audio de Renny Harlin, il est aussi très instructif (le cinéaste aborde de nombreux points, des lieux de tournage à la technique en passant par le casting, des anecdotes et des clins d’œil) et on découvre que le film est truffé d’effets spéciaux invisibles.
-PACKAGING : 7,5 / 10 (amaray dans un fourreau qui a de la gueule, comme souvent avec cet éditeur)
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