Paysage d'hiver avec patineurs et trappe à oiseaux
Sur les murs boisés de la bibliothèque, au centre du vaisseau, de la station orbitale qui observe Solaris dans le film de Tarkovsky, il y a une procession d'oeuvres de Bruegel l'Ancien.
Tous ces tableaux, pour deux ou trois d'entre eux du moins, font écho aux images du début du film, qui commençait dans le jardin familial du héros : un étang, une eau calme, des arbres noirs et immobiles, l'écoulement des eaux et le bruissement des feuilles avec partout le chant discret des oiseaux, comme en fond sonore, une réminiscence de l'enfance perdue et regrettée. La ritournelle d'un passé disparu.
Et quand la station orbitale, au cours d'une manoeuvre, offre quelques instants d'apesanteur, alors les corps et les âmes s'élèvent tout d'un coup. Un chandelier aux bougies flamboyantes d'abord qui, passant derrière le lustre de cristal, donne un miroitement scintillant et chantant, un cliquetis d'étincelles fugitives et vite envolées.
Le couple ensuite, volant dans les airs, doucement, avec un livre ouvert, toutes pages déployées, qui passe tel un oiseau de haute philosophie, de pleine voltige.
Et la caméra tourne, tourne, et voyage devant et dans les tableaux des paysages d'hiver de Bruegel : le regard se perd et retrouve l'autre univers où évoluent des "Chasseurs dans la neige", ou le "Retour des chasseurs", avec la neige du "Dénombrement de Bethléem", des paysages blancs et glacés, des arbres noirs, des oiseaux dans le ciel, des êtres humains partout, comme dans le "Paysage d'hiver avec patineurs et trappe à oiseaux".
Et toujours, au plein milieu de ce scintillement et de cet éblouissement, la musique de Bach déclinée à l'orgue, comme un élan mystique, comme une prière.
Mon Dieu, que c'est beau !
Une scène, un passage de pure poésie.
Et Soderbergh ? Et bien dans le Solaris de Soderbergh, il n'y a pas de bibliothèque boisée... |
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