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| De mérovingien | Note : 6/10 |
critique perso
Voilà un cas intéressant. Le prototype même du film impossible à critiquer comme n'importe qu'elle oeuvre. Casser le film serait trop facile, et ce serait passé pour un de ces critiques bourgeois avec un balai dans le cul qui s'offusque dès qu'un film n'entre pas dans la catégorie ôôôôôteur. D'un autre côté, dire du film qu'il est extraordinaire serait mal venu tant il ne s'agit justement pas d'un film. Alors comment aborder les 11 Commandements ???
Tout simplement pour ce qu'il est, c'est-à-dire un ersatz de Jackass version frenchi. A savoir des jeunes un peu idiot qui s'amusent à faire les plus grosses conneries possibles et imaginables. Le concept ayant séduit les jeunes grâce à Jackass et son clone Dirty Sanchez, Youn a récupéré la formule (il a beau dire le contraire, ça se voit comme le nez au milieu de la figure) pour arriver à ces 11 Commandements, véritable carton au box-office avec près de 3 millions d'entrées. Ce qui pose tout de même un certain problème éthique. Car alors que le cinéma français va plutôt mal (seuls les grosses machines voient alloués des gros budgets, les projets plus petits sont souvent rejetés), un programme comique se voit allouer un budget de 4 millions d'euros et ramène tous les jeunes dans les salles. De quoi sévèrement s'inquiéter sur l'état d'esprit de la jeunesse, consommatrice de produit calibrés pour elle et se bornant à ne voir que des grosses machines. Le constat parait réducteur, il est cependant loin d'être erroné. Et le film devient malgré lui en quelque sorte le porte-drapeau d'une jeunesse à côté de la plaque, encensant le vide et à la culture limitée. On prendra pour appuie un des sketchs de plus mauvais goût du film où Youn, déguisé en Hitler, est entouré de jeunes braillant « Hitler Président » sans franchement se rendre compte de ce qu'ils disent.
Néanmoins, l'apologie de l'humour régressif, gratuit et masochiste n'est pas forcément déplaisant, paraissant même, quand il est bien géré, subversif. Car quel plaisir a-t-on à voir des jeunes se mettre des claques dans la gueule, vomir et courir à poil ? Sans doute un plaisir coupable, un refus d'une certaine bienséance et des conventions morales. On ne vient pas pour philosopher, juste pour se fendre la gueule. Et de ce point de vue là, avouons-le, les 11 Commandements (15 en fait) font mouche. Les situations extrêmes s'enchaînent avec un intérêt variable. Un délire romantique avec Youn nu sur un cheval qui batifole avec un de ses amis en robe de marié, grosse teuf qui débarque chez des gens ayant commandé un menu surprise à la pizzeria, numéro de ballerine en apesanteur... Un gros défouloir sans grosse limite, qui ne respecte pas grand-chose. Les quelques gags aux détriments de personnes innocentes n'ayant rien demandées sentent le bidon de toute pièce (un mec frotte son cul sur un pare-brise : la caméra est à l'intérieur de la voiture de la personne, la maison inondée est en vérité celle d'un comédien qui est remercié au générique, idem pour le gag du menu surprise) mais les autres sont souvent poilant. On se moque des bimbos de calendrier en faisant un délire mousse dans une station service, on emmerde la matérialisme triomphant dans un générique final surprenant qui ressemble à du happening malgré lui, on fait un doigt d'honneur cocasse au silence exigé dans les bibliothèque et on réalise un concours de celui qui se fera arrêter le premier. De la connerie décomplexée lancée à 100 a l'heure qui voit même défiler les guest stars comme Amélie Moresmo venue envoyer des balles de tennis sur Youn et sa bande travestis en demoiselles qui pique-nique sur un cours de tennis. Hallucinant. Du second degré jusqu'au boutiste, de la franche déconnade en forme de mise à l'épreuve des zygomatiques (hormis le sketch d'Hitler évoqué plus haut où le second degré n'opère pas du tout).
L' ennuie, c'est que si l'ensemble est parfois vraiment tordant, cela ne reste qu'une succession de caméras cachées et de délires qui a plus sa place à la télévision. Jubilatoire, certes, mais totalement nul sur le plan cinématographique. Certains ne manqueront pas d'évoquer que le but n'était pas d'offrir un scénario, dans lequel cas, on répondra qu'il aurait justement mieux s'abstenir dès lors d'offrir un semblant d'intrigue. Car comme s'il fallait un prétexte à cette débauche de conneries, on nous balance une intrigue de Dieu de la blague totalement inutile et en totale rupture avec le reste. Des scènes de vrai film ratées, qui sonnent faux, ralentissent le rouleau compresseur. Des scènes avec Dieudonné et Timsit en clin d'oeil qui semblent bricolée à l'arrache, filmé sur des décors vident, comme si l'équipe s'était dit « oulala ! Faut un minimum d'intrigue pour faire un film ».
Autre élément qui semblent renier le statut de film con assumé que sont les 11 Commandements : le montage de certaines scènes. En plus d'offrir certains gags artificiels (ceux avec les comédiens floutés évoqué plus haut), certains passages des sketchs sont carrément interprétés ce qui rend de séquences entières artificielles, loin de l'aspect « on ose tout » et qui désamorce pas mal la provoc de l'ensemble. Ainsi, le passage avec les serveurs et mal interprété, tentant vainement de nous faire croire à un vrai boxon au restaurant. Idem pour la chanson finale évoquant un vidéo-clip, signé Jan Kounen d'ailleurs. Ca démarre comme un gros délire avec un concert improvisé pour bloquer une route puis ça dévie en numéro musicale monté de toute pièce, en show à l'américaine n'assumant pas son point de départ et n'étant placé là que pour vendre des disques du single que tous les jeunes s'arracheront parce que la BO dépote (alors qu'il s'agit juste d'une reprise du groupe The Knack).
Les 11 Commandements demeurent donc un objet (le mot film employé dans toute la critique n'est définitivement pas recevable) qui n'a pas du tout sa place au cinéma mais bien à la télévision ou en dvd pour une soirée entre amis. C'est con mais c'est plutôt bon, bien plus inoffensif que ça en a l'air et gentiment inutile. Idéal pour une soirée pizza entre amis.
NOTE : 6/10
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