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| De HellJohn | Note : 7/10 |
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Contrairement à ce que laisse penser le titre, “Assassination of Richard Nixon” n’est pas un film politique à la “Nixon” ni un thriller historique à la “JFK”. Il ne raconte pas comment le président des Etats Unis a failli être assassiné, mais comment un américain moyen en est venu à tenter de l’assassiner. Le titre aurait tout aussi bien pu être “L’Amérique meurtrie”, puisque ce n’est pas Nixon que tente d’assassiner Sam Bicke, mais l’Amérique, qu’il considère comme la responsable de tout ce qui lui arrive. Et il n’a pas tort. Et en cela, le film dégage un certain malaise, pas par une quelconque critique sociale, mais parce qu’il parvient à nous mettre du coté de Sam, un citoyen que le contexte (lieu, époque, événement...) et son entourage vont détruire, le transformant en un illuminé qui va littéralement peter un câble dans la dernière bobine. Et c’est à ce moment que le malaise apparaît vraiment, car tout le reste du film nous avait conditionné à apprécier ce personnage, à se ranger de son coté, à approuver tout ce qu’il dit, et on se rend compte petit à petit qu’on supporte et qu’on côtoie un tueur suicidaire, et même qu’on approuve ses actes jusqu’à l’irréversible. L’irréversible, qui finit bien par arriver ; le film s’ouvre sur le début de la scène finale, Sam sort de la voiture en emportant une arme, à partir de là on sait qu’il s’apprête à commettre l’irréparable. Mais ou, quand et pourquoi ? Le film va donc nous amener jusqu’à la suite de cette scène en nous montrant, disons même en détaillant, la transformation progressive de Sam, un homme réservé et déjà à l’origine pas forcement stable psychologiquement (mais qui l’est vraiment ?), détruit par la société d’alors, du moins c’est ce qu’on pense et c’est aussi ce qu’il pense lui, puisque on aborde toujours son point de vue, et seulement le sien. Là ou le bat blesse, c’est qu’on ne sait pas vraiment à quel coté le réalisateur donne raison : d’un coté une Amérique égoïste se rapprochant des années Reagan (on ne réussit qu’avec l’argent), de l’autre un homme dérangé et mal dans cette Amérique. Si cette solution de ne pas choisir de camps et de faire que c’est “un tout” qui fera du personnage un tueur permet au film d’éviter d’être trop engagé (ce qui l’éloigne donc d’un Oliver Stone), mais lui enlève de la personnalité (et les Oliver Stone en ont sacrement), lui donne un aspect neutre un peu ambiguë. C’est même à la fois une qualité et un défaut, l’ambiguïté amenant le malaise.
Sam Bicke (mélange logique de Sam de “I’am Sam” et de Bicke de “Taxi driver”) est un incompris. Son pays ne le comprend pas, lui ne comprend pas son pays, du moins le contexte de son pays, le contexte de la guerre de Vietnam, de Richard Nixon, de la médiatisation. En fait, ce n’est pas que Sam hait son pays, mais il hait ce qu’il est devenu. Pour lui, son pays est devenu mauvais, alors pourquoi ne le serait il pas aussi ? Une phrase qu’il prononce est particulièrement évocatrice à ce propos, d’autant plus qu’il la prononce seul : “il y a plein de gens bien dans ce pays, maestro. Mais à quoi ça sert, d’être bien en des temps pareils ?”. A ce moment là, on commence a comprendre ou il veut en venir, tout comme dans les scènes ou il insulte Nixon à la télé (Nixon : “nous devons crever l’abcès”, Sam : “C’est toi, l’abcès”...là on est sûr, il pense au meurtre). Il veut rétablir le bien dans son pays, par le mal. Et le spectateur va le suivre sans le savoir, assister aux maladresses d’un personnage fragile mais attachant. Le spectateur va voir Sam se faire humilier par son entourage, ses proches, chez lui, à son boulot. Par sa femme qui l’ignore et le rejette (Naomi Watts, discrète, pour la seconde fois aux cotés de Penn après “21 grammes”), par son ignoble patron (épatant Jack Thompson, vieux de la veille vu dans “Furyo” ou “La chair et le sang”, et récemment dans “Star wars épisode 2”) et le frère de celui ci (deux personnages qui incarnent à eux seuls l’Amérique d’alors), par son propre frère (Michael Wincott, hallucinant en une seule scène !). Même ses enfants l’ignorent et ne le connaissent plus. Seul personnage qui comprend Sam, le garagiste noir Bonny (le bon Don Cheadle), son ami, qui fera pourtant les frais de la maladresse de Sam. C’est d’ailleurs lorsque Sam va vraiment se retrouver seul que son plan se met vraiment en marche. Alors qu’il cherchais à aider les autres (Bonny, sa femme, et même son patron), Sam, n’ayant alors plus personne à aider, se fera justice soi même, considérant son pays comme dangereux. Son acte commence d’ailleurs par le l’exécution de son propre chien, qu’il adorait vraiment, comme si il voulait le sauver, le sortir du monde dans lequel il vit. Peut être est ce alors pour ça qu’il épargne son patron au dernier moment, le laissant vivre dans un pays dont il est l’image. En tout cas, c’est la solitude et l’incompréhension (car Sam est aussi un homme qui a du mal à se faire comprendre) qui vont mettre le mécanisme en marche chez Sam.
La solitude du personnage est parfaitement retranscrite. Tout semble vide autour de lui, et même lorsque Sam semble être compris ou en phase avec quelque chose, c’est pour mieux faire ensuite tomber les désillusions (la scène ou Sam présente, plutôt bien, son projet de transport de pneus). Même le spectateur n’est pas vraiment proche de lui, il n’a qu’un regard extérieur. Nous observons, impuissants (et en quelque sorte manipulés). Si Sam parle effectivement en voix off, ce n’est pas à nous (comme c’est souvent le cas), c’est à Leonard Bernstein, immense compositeur qui a définit une musique bien américaine, musique à travers laquelle le musicien parvient à traiter certains grands thèmes, celui de la condition humaine, celui de la foi perdue et reconquise. Ces thèmes sont bien sûr défendus par Sam, d’ou son attachement à cet homme. Si Bernstein était alors encore en vie (il est mort en 1990), il est toutefois complètement absent du film, de l’histoire. Sam se confie à lui intimement comme à personne, en l’appelant souvent “maestro”, mais le maestro lui même ignore complètement l’existence de Sam, ne l’écoute pas. Même quand on l’entend en voix off, Sam parle en fait seul, dans le vide, comme dans le reste de sa vie. Il n’a personne, ni même le spectateur. Même le réalisateur semble l’isoler dans des décors délabrés et vide, dans les plans ou il est souvent le seul sujet, dans des scènes ou il est le seul acteur. Du coup, les autres personnages secondaires ne sont pas approfondis, mais ils ne sont pas vraiment importants, ils ne servent que de déclencheurs. Ce sont les boulons de la machine, et plus les boulons sautent, plus la machine se détracte, jusqu’a se retrouver sans aucune attache. La solitude de Sam provoque un vide abyssale effrayant, une sorte d’aseptisation aussi bien dans la forme (à la réalisation quasi-clinique s’ajoute une photo froide) que dans le fond (un perso principal souvent seul). Le réalisateur parvient à nous faire partager ce que ressent le personnage (solitude, frustration, déception), et c’est en ça que le film est plutôt retors, et là j’en reviens au debut de mon texte. Arrive alors la scène ou Sam commet l’irréversible, scène tétanisante par son réalisme, sa rapidité, par les effusions de sang brusques, par les cris, et surtout par les gestes de Sam, horribles. Seul un “Je veux pas mourir” d’une victime fera comprendre, trop tard, à Sam qu’il s’est trompé, et nous rappellera à nous que Sam etait “un type bien”. Durant tout le film, Sam tente de faire le bien mais, dans sa maladresse et sa fragilité mentale, le fera toujours mal. Le bien par le mal, dans une société criante de vérité à l’écran, d’ou le réalisme de l’ensemble, d’ou la logique dans l’enchaînement des evenements. d’ou la peur qui naît.
Si le film semble vide, ce n’est donc pas pour rien. Ce film est l’expression de la solitude. C’est un drame psychologique sur l’humain et l’inhumanité. Pas de pathos, le personnage en lui même est pathétique et pathologique, mais les situations ne le sont pas, elles sont graves, traitées avec justesse.
La prestation de Sean Penn a été plutôt contreversée, tantôt encensée, tantôt rejetée. Pourtant, je trouve qu’elle s’applique parfaitement au personnage, l’acteur s’efface devant lui, devient lui. Loin de ses compositions poussées de personnages pourtant similaires à Sam Bicke (“She’s so lovely”, “I’am Sam”...), blessés (“Mystic river”, “21 grammes”, voir aussi ses trois films) ou de personnages déstabilisés et violents (“L’impasse”, “Outrage”...), ce que deviendra Bicke, l’acteur effectue une performance prenante, aboutie, juste et en phase avec le personnage et le sujet. Après avoir vu le film, je n’imagine pas un autre acteur qui aurait pu prendre sa place dans la peau de Sam Bicke. Un personnage touchant, fragile, dont la maladresse et la naïveté (Sam est un homme simple) amusent parfois (cf la scène ou il vient proposer un autre nom pour une association black), de même que sa tendresse (cf scène du repas avec la famille de Bonny), mais dont les actes deviennnent effrayants tout en étant compréhensibles. Un personnage imprévisible auquel Penn, habitué à ce genre de personnage, rend justice. Il faut aussi rendre justice à ce film, une expérience marquante pour certains, chiante pour d’autres. Dans tout les cas il faut voir ce film pour se faire sa propre opinion. Il faut traverser cet aspect neutre, froid, pour pouvoir approfondir au mieux le film qui, comme le dit si bien l’accroche, raconte l’histoire d’un homme qui plonge peu à peu dans la folie. Aussi passionnant que cela peut être chiant !
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