pas si mal...
Après "La maison de l’horreur" (remake de "La nuit de tous les mystères", 1959) de William Malone et "13 Fantômes" (remake du film homonyme de 1960) de Steve Beck, la toute récente boite de production de films d’horreur Dark Castle, lancée par Joel Silver et Robert Zemeckis, laisse tomber les remakes des films de William Castle (d’ou le nom de la boite) avec "Le vaisseau de l’angoisse" ("Ghost Ship"), qui n’est pas un remake, mais un scénario original, bien que vaguement (c’est le cas de le dire) inspiré de faits réels. Quoiqu’on pourrait y voir un remake peu inspiré des deux précédentes productions de Dark Castle, un bateau remplaçant les maisons hantées.
Sean Murphy (Gabriel Byrne), le capitaine du remorqueur Arctic Warrior, et Maureen Epps (Juliana Margulies), son chef d'équipe (composée de Ron Eldard, Isaiah Washington, Karl Urban et Alex Dimitriades), sont contactés par Jack Ferriman (Desmond Harrington), un pilote canadien qui a repéré dans la mer de Béring l'épave d’un paquebot, qui pourrait bien être, selon Sean, le "Antonia Graza", un prestigieux paquebot disparu depuis 1962. Murphy, Epps et leurs hommes partent donc à la recherche du navire dans l’intention de le réparer de le ramener à bon port et surtout de le revendre à bon prix. Mais des phénomènes étranges ne vont pas tarder à se produire.
Evidemment, le bateau a une histoire chargée, comme les demeures de "La maison de l’horreur" (qui fut une bonne surprise) et de "13 Fantômes" (qui fut une désagréable surprise). Bien sûr, il est hanté par ceux qui y sont resté dans d’atroces souffrances. A l’évidence, les membres de l’équipage (de gros durs, y compris la fille) vont y passer un par un (Mais qui y restera ? Qui survivra ? Qui est le prochain ?), comme la tradition le veut. Autrement dit, on ne peut pas dire que le scénario de "Le vaisseau de l’angoisse" soit très original, bien qu’il ne soit pas un remake. Si il s’inspire d’un évènement réel assez flippant (un deux-mats parti de Charleston pour rallier Londres, et découvert deux mois après sa mystérieuse disparition au large de Tripoli, intact mais désert), le film ne l’est pas beaucoup.
Il commençait pourtant très bien, ce "Vaisseau de l’angoisse", avec sa scène d’introduction, pendant laquelle s’inscrit le générique, en rose et en joli script (façon romance à l’eau de rose, on se croirait dans "La croisière s’amuse"), avec ses images sorties de "Titanic" sous fond d’une chanson glamour…avant que ça ne vire en véritable carnage gore et granguignolesque, à travers une séquences saisissantes. Hélas, le film ne retrouvera pas par la suite le brio et le délire de cette belle mise en bouche, se contentant de peu de débordements (juste une poignée de séquences bien dégueulasses, comme quand deux gars de l’équipe se rendent compte trop tard qu’ils sont en train de bouffer des vers !). C’est encore un film de couloirs, ou les personnages parcourent le bateau, se trouvent face à des faits étranges, flippent grave, se font des blagues (oui, le coup des fausses alertes, ça y est aussi), se font tuer dans d’étranges circonstances, tentent de savoir ce qui s’est passé et comment on sort d’ici…Bref, rien de neuf. N’oublions pas les clichés habituels (nous avons bien sûr un traître ou encore une petite fille fantôme à la robe blanche) qui parsèment une histoire de plus en plus incohérente et peu crédible.
Cependant, on pouvait craindre pire. Aux commandes de "Le vaisseau de l’angoisse", on retrouve Steve Beck, le clippeur fou qui a commis l’illisible et incroyablement naze (seul bon point : les maquillages des fantômes) "13 Fantômes" ! Mais à la vue de "Le vaisseau de l’angoisse", force est de constater que le bonhomme (très réputé dans le domaine de la pub et des effets visuels, il fut d’ailleurs directeur artistique chez ILM sur des films comme "Abyss", "A la poursuite d’Octobre Rouge" ou "Indiana Jones et la dernière croisade") a fait des progrès et à mit la pédale sur les gros effets clippesques qui foiraient en grande partie son précédent film. Ici, on a bien moins d’effets tape à l’œil ou de ralentis / accéléré. Le film est plus « classique » dans sa forme, et c’est quand même plus agréable et plus facile à suivre, et aussi bien plus approprié au sujet. Bon, bien sûr, le naturel reviens au galop dans l’anthologique séquence du flashback (sur ce qui s’est vraiment passé sur le bateau) vers la fin, ou le Steve Beck se lâche complètement et nous livre un véritable clip vidéo de plus de deux minutes (chanson glauque à l’appui, genre Marylin Manson), comme si Beck s’était contenu jusqu’ici pour tout nous balancer en une séquence ! Une séquence tellement malvenue, du moins dans la façon dont elle est montrée, qu’elle provoque le rire (malgré les horreurs auxquelles on assiste). "13 Fantômes", c’était un peu ça, mais en moins bien et pendant une heure et demi (c’est dire !). Mais pour le reste, Beck évite les débordements visuels et se contente de correctement filmer son histoire, avec en prime une belle photographie (le même directeur de la photo que sur "13 Fantômes") et des décors sympas (surtout l’intérieur du bateau, le décorateur Graham Walker a récemment fait des merveilles avec le remake de "La maison de cire", dernière production Dark Castle en date). La musique de John Frizzell (le rare compositeur de "Alien résurrection") est assez discrète tout au long du film. On ne s’y ennui pas trop, malgré le peu d’originalité et le fait que ça soit un « film de couloir ». L’histoire met un moment à se mettre en marche, mais le suspense finit par être maintenu jusqu’à la fin, et le rythme s’accélère de plus en plus (presque tout le casting y passe en moins de 20 minutes), en même temps que l’histoire s’enlise. Heureusement, le film a l’intelligence de ne pas faire durer, et se clôt là ou ça commençait vraiment à devenir ridicule (un scène finale hilarante). La fin arrive d’ailleurs assez rapidement, et on se surprend à se dire un « déjà ?» après une heure et demi de film finalement vite passée, alors qu’après la scène d’intro, ça redémarrait mollement. Quelques séquences bien foutues (l’explosion du bateau de l’équipe, la mort d’un des gars attiré par un bien charmant fantôme, la scène des vers…) retiennent plus l’attention que d’autres ratées (les explications sur ce qui s’est passé, les scènes avec la gamine fantôme…). Ainsi le film est inégal, mais pas déplaisant à suivre. L’ambiance arrive de temps en temps à être prenante
Le casting est bien sûr composé de bonnes gueules, comme le veut le genre. Autour de Juliana Marguliès (le seul perso dont on est sûr de sa destinée…oui, c’est l’héroïne, bien sûr, qu’elle survit), popularisée par la série "Urgences" (et vue aussi dans une poignée de drames, "Evelyn" ou "Paradise road", tout deux de Bruce Beresford) et qui fait ici une femme d’action efficace dans la lignée d’Ellen Ripley, on retrouve ce bon vieux Gabriel Byrne qui semble ici plus concerné que dans certains de ses autres films (Byrne devrait virer son agent), ainsi que les charismatiques Karl Urban (Eomer dans "Les deux tours" et "Le retour du roi", impitoyable tueur de "La mort dans la peau", et bientôt bidasse dans "Doom"), Ron Eldard (aussi un transfuge d’ "Urgences", ce sosie baraqué d’Owen Wilson a aussi été vu dans "Sleepers" ou "La chute du Faucin noir"), Isaiah Washington (la découverte de "Jugé coupable" et un des acteurs fétiches de Spike Lee, mais il s’amuse à gâcher son talent dans des bêtises comme "Hors limites" ou "Roméo doit mourir") et Desmond Harrington (surprenant dans "The Hole", "Détour mortel" et "Love Object"). Un casting attachant, à défaut de personnages intéressants. Comme toujours, on a notre personnage préféré et on aimerait qu’il survive (au moins le plus longtemps possible) ou qu’il ait une belle mort. C’est toujours amusant de jouer à ça…
Bien évidemment, "Le vaisseau de l’angoisse" ne vole pas bien haut. Dark Castle aura fait mieux par la suite avec les bien plus aboutis (surtout visuellement) "Gothika" et "La maison de cire". Mais je m’attendais à bien pire, surtout après toutes les horreurs que j’ai entendu à propos de ce film. Certes, c’est tellement moins bien que "Un cri dans l’océan", mais aussi tellement mieux qu’un "Virus". Tout est relatif…
5 / 10
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