HellJohn
sacrée bonne comédie !

real
joyau de la comédie

HellJohn
fank you

evil ash
osmosis jones

JCVD
Osmosis Jones !

HellJohn
personne d'autre l'a vu ou quoi ?!

JCVD
Espérons...

HellJohn
ouais, et "Dumb & Dumber" ?

HellJohn
j'ai osé ne pas pu le voir !

JCVD
Très chouette !!!

 
De HellJohn
Note : 8/10
sacrée bonne comédie !

On a reproché aux frères Farrelly d’avoir été d’une méchanceté gratuite et insultante envers les handicapés, les infirmes, et les faibles en général (les trisomiques de "Mary à tout prix", les gros, les nains, les manchots, les schizo, etc.). Avec "L’amour extra large", on leur reprochait au contraire de ne pas être assez trash et de plonger dans la bonne morale et la guimauve (ce qui n’était pas faux), délivrant un message honorable de manière bien maladroite. Voilà que les frangins trouvent un parfait équilibre avec leur septième film, "Deux en un" ("Stuck on you"), qui est pourtant passé inaperçu dans les salles. Mais "Deux en un" n’est ni trash, ni moralisateur. Il s’agit en cela du plus subtile des films de Bobby et Peter Farrelly. Et pourtant, c’est un sujet 100% Farrelly.

Bob et Walt Tenor sont deux frères siamois. Mais ils ne le prennent pas comme un malheur et en jouent. Ils sont très populaires dans leur petite bourgade du Massachusset. Mais Walt (Greg Kinnear) rêve de faire du cinéma et il veut plus que des petites pièces de théâtre devant un public fidèle. Malgré sa réticence, Bob (Matt Damon) accepte, et ils partent alors à Hollywood. Walt va y rencontrer la gloire, et Bob va enfin rencontrer May après trois ans de chat sur le net. Mais celle-ci ignore que Bob et Walt sont inséparables dans le vrai sens du terme...

Aussi étonnant que cela puisse paraître, "Deux en un" n’a rien de trash, malgré son sujet. Alors que les Farrelly se servaient auparavant de personnages pathologiques (un manchot dans "Kingpin", deux abrutis dans "Dumb and Dumber", des trisomiques dans "Mary à tout prix", une grosse dans "L’amour extra-large" et un schizo, entre autre, dans "Fous d’Irène") et parvenaient à nous faire marrer (ou pas, c’est selon le degré de tolérance) de ces pathologies avec des gags crades, vulgaires et, il faut bien l’avouer, parfois hilarants, ils parviennent avec "Deux en un" à illustrer avec autant d’humour et d’amour que de respect un nouvel handicap.

Les Farrelly dressent le portrait de deux frères siamois, deux frères qui ne se sont jamais quitté de leur vie, partageant absolument tout ensemble, malgré leur personnalité très différente : Walt est séducteur, grande gueule, charmeur, tandis que Bob est timide, réservé et moins ambitieux. Une opération pour les séparer pourrait coûter la vie à l’un d’entre eux, et ils refusent catégoriquement de tenter le coup. Ils vivent d’ailleurs très bien leur handicap, et Bob et Walt sont des gens comme tout le monde, avec leurs qualités et leurs défauts. Le film montre une certaine dualité entre la dépendance des deux frères et l’indépendance qu’ils désirent bien malgré eux. Mais ils s’aiment et s’entraident, et les Farrelly, eux même frères et donc forcément proches de ces deux personnages, décrivent cette amour, cette relation, avec une justesse qu’on ne leur connaissait pas. Mieux, allant à l’encontre des précédents films des deux cinéastes, les infirmes que sont Bob et Walt sont ici les plus humains des personnages, et ce n’est pas d’eux dont on a pitié, mais de ceux qui se moquent d’eux ou qui profitent de leur handicap. On devine bien qu’il y a un peu de Peter & Bobby Farrelly dans ce portrait touchant de ces deux frères, comme si ils avaient voulu raconter leur histoire personnelle, mais de manière extravagante et exagérée (ces deux frères sont VRAIMENT inséparables), à travers une histoire qui leur ressemble et qui ressemble à leur style. Les deux frères réalisateurs se mettent cette fois dans la peau de deux infirmes, d’où le ton tellement plus respectueux et plus calme que dans leurs précédents films. Avec ce voyage à Hollywood, c’est à travers ces deux frères siamois mal vus mais qui assument ce qu’ils sont que Bobby & Peter Farrelly dressent leur portrait, critique du milieu du cinéma en prime. Du coup, "Deux en un" est leur film le plus personnel, le plus intime (ils avaient déjà cette idée de film en tête il y a 13 ans). Le message d’amour passe ainsi beaucoup mieux que celui présent dans "L’amour extra large", parce qu’il est sincère et pas moralisateur.

Les Farrelly ne se moquent ni de Bob et Walt, ni d’eux même. Ils se moquent de tout ce qui les entoures à Hollywood, mais pas de ces deux infirmes (ce mot n’est d’ailleurs jamais prononcé dans le film, ni le terme siamois), alors que c’est ce à quoi on pouvait s’attendre en premier lieu de la part de ces deux lascars qui ont franchi les limites du mauvais goût jubilatoire et de la débilité avec "Dumb and Dumber", "Mary à tout prix" ou "Fous d’Irène". Dans "Deux en un", les cibles changent, et ce sont les gens « normaux » qui en prennent pour leur grade. Le monde du cinéma n’est pas descendu (les Farrelly ne crache pas sur leur métier), juste gentiment caricaturé (ils avaient déjà tourné en dérision le cinéma américain dans la partie dessin animé de "Osmosis Jones"), notamment à travers les médias et le tournage de cette série ridicule dans laquelle joue Walt…et Cher. Le vrai monstre de l’histoire, ça pourrait être elle, qui joue de son image avec délectation.

Les Farrelly jouent du handicap de Bob et Walt, mais ne s’en moquent jamais (certains personnages du film s’en chargeront). "Deux en un" est bien le premier film des frangins ou il n’y a pas une once de vulgarité gratuite, ce qui risque de décevoir les fans de "Mary à tout prix" ou de "Dumb and Dumber", et de surprendre les détracteurs de l’humour de ces films là. Mais il y a de l’humour, dans "Deux en un", heureusement. Un humour loufoque. Du comique de situation que maîtrisent si bien les frères Farrelly, de même que les quiproquos, les métaphores, et des seconds rôles burlesques et aussi pathétiques qu’attachants. Sans parler des dialogues savoureux et de certaines répliques mémorables. Les Farrelly enchaînent les situations aussi cocasses que crédibles, le tout dans un film rythmé (exotisme, BO entraînante…), plein de surprises (Meryl Streep dans une version musicale de "Bonnie and Clyde", par exemple) et au ton léger et doux-amer. Les gags sont drôles et inventifs, parce que les réalisateurs jouent avec ce handicap de manière astucieuse et originale, montrant les deux frères dans leur quotidien (forcément inhabituel). Il y en a toujours un pour rattraper l’autre. Quand le timide Bob drague maladroitement, Walt, dans son dos, lui donne un petit coup de main. D’ailleurs, on retrouve dans ce film le romantisme exacerbé cher aux deux cinéastes, une histoire d’amour un peu particulière, comme toujours (Renée Zellwegger et un schizo, Cameron Diaz et une bande de malades fous d’elle, Lauren Holly et un débile profond, Jack Black et une grosse, et maintenant une jolie asiatique avec un frère siamois). Une baston dans un bar est particulièrement jouissive, les siamois utilisant leur handicap pour battre les ennemis. D’ailleurs, des gags, ces deux personnages (ils sont bien deux personnes très différentes) en sortent souvent gagnant et jamais salis. Parce que les Farrelly font preuve d’un respect et d’une humilité qui vont jusqu’au générique de fin, dans lequel les deux cinéastes donnent la parole à un acteur du film, réellement trisomique (oui, il y a aussi un trisomique dans "Deux en un", mais rien à voir avec le Warren de "Mary à tout prix"), qui fait des remerciements face à la caméra à l’équipe et à sa famille, dans un discours poignant. Après ça, si l’on dit que les Farrelly manque de respect envers les handicapés, c’est qu’on n’a pas vu "Deux en un".
A noter que le handicap en lui-même (la chair qui rattache les frères), conçu par Tony Gardner (qui s’était déjà chargé de grossir Gwyneth Paltrow dans "L’amour extra large", on peut par ailleurs voir ce prince de effets spéciaux dans "Le fils de Chucky", ou il est décapité au début du film), est finalement assez peu visible dans le film.

A cotés des performances remarquables et amusantes de Matt Damon (qui, décidément, n’a jamais fini de nous surprendre) et de Greg Kinnear (toujours trop méconnu en France, mais il fut très remarqué en voisin gay dans "Pour le pire et pour le meilleur", en Docteur star dans "Nurse Betty" ou en Bob Crane dans "Autofocus", entre autres), on apprécie de multiples caméos (Meryl Streep, Jack Nicholson, Jesse Ventura, Jay Leno, Frankie Muniz alias Malcolm, ou même aussi Bobby Farrelly lui-même), la prestation d’une Cher déchaînée dans l’autodérision, celle de Seymour Cassel en vieil agent timbré et surtout celle de Eva Mendes dans le rôle d’une bimbo idiote (l’une de ses répliques, à propos de ses connaissances de l’anatomie humaine, le prouvera) mais irrésistible. D’ailleurs, dans ce film, les Farrelly font preuve d’amour envers leurs personnages, malgré leurs imperfections. Les acteurs, complices, fournissent une grosse partie de la bonne humeur et de l’ambiance légère et agréable de ce "Deux en un" qui porte bien son titre et qui se termine sous un tonnerre d’applaudissements mérités.

Les Farrelly développe de film en film leur sensibilité, en même temps qu’ils perdent leur public. Ainsi, les échecs ou les bides de "Osmosis Jones", "L’amour extra large" (des échecs injustifiés malgré les défauts de ces films) ou de "Deux en un" montrent que les spectateurs n’attendent que de la débilité quand ils entendent « Par les réalisateurs de "Mary à tout prix" et de "Fous d’Irène" », et ils sont forcément déstabilisé quand on leur propose dans un "Deux en un" une tendresse et une finesse qu’ils n’attendaient pas, ni même dans l’humour (subtil), même si l’on retrouve tous les thèmes chers aux cinéastes (leur filmographie devient de plus en plus cohérente et intéressante), comme les liens fraternels ou le rejet des apparences. Une amertume qui traverse cette étonnante comédie aussi insolite qu’en apparence très classique. "Deux en un" est une comédie à multi facette (le film d’auteur derrière la comédie burlesque), le film de la maturité pour les frères Farrelly, qui passent de la méchanceté de leurs premières œuvres à la délicatesse toute personnelle dont ils font preuve avec "Deux en un". Entre rire et émotion, "Deux en un" est un bijou de la comédie contemporaine. A défaut d’être le plus drôle et le plus rythmé de leur film (les rires aux éclats laissent place aux sourires), "Deux en un" est la plus belle réussite des frères Farrelly.

7,5 / 10
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