Un chef d'oeuvre !!
Ce film est une tuerie ! "Génération sacrifiée", ou "Dead presidents", n’est rien de moins que le "Voyage au bout de l’enfer" black, revu par les talentueux frères Hughes, réalisateurs du cultissime "Menace II Society". Comme dans le chef d’œuvre de Cimino, l’Amérique du Vietnam en prend plein la gueule, et le film nous montre la même chose, dresse le même constat en utilisant une construction narrative identique : une première partie nostalgique ou les quelques personnages que l’on va suivre tout au long du film sont encore innocents et heureux, une partie centrale éprouvante dans laquelle les personnages principaux subissent les atrocités de la Guerre du Vietnam, puis une dernière partie, le retour dans le Bronx, ou l’on assiste aux conséquences de cette guerre sur des personnages brisés par la violence et la société.
En 1968, Anthony Curtis (Larenz Tate), un jeune noir de 18 ans, décide de ne pas suivre son frère dans les études et de retarder son entrée à la fac pour s’engager dans les Marines. Après quatre ans passés au Vietnam, Anthony a beaucoup changé. De retour dans le Bronx, il découvre sa petite fille, retrouve ses amis et décide de travailler pour nourrir sa nouvelle famille. Mais ne parvenant pas à trouver un emploi, acculé à la misère et traumatisé par ce qu’il a vu et vécu, il décide de participer avec ses amis au braquage d’un fourgon blindé…
Le titre français est fort bien choisi (pour une fois), car c’est bel et bien toute une génération que l’on voit sacrifiée pour (et par) « l’Oncle Sam ». Le titre US va encore plus loin puisqu’il désigne une Amérique meurtrière (et meurtrie) qui ne laisse aucune chance à cette génération. Le propos racial est bien sûr présent, c’est d’ailleurs la principale différence entre ce film et "Voyage au bout de l’enfer" (différence de culture et de milieu, mais les personnages, américains, subissent la même chose), mais ne constitue pas le principal sujet et reste assez discret (même si dans le fond, il est très présent). On est loin des discours anti-raciaux de Spike Lee. Ici, Albert Hughes et Allen Hughes ne dénoncent pas, ils constatent. Les réalisateurs ont de la tendresse pour leurs personnages, des personnages attachants et touchants (mention au personnage principal, mais aussi à celui qu’incarne Chris Tucker), mais ne les épargnent pas, qu’ils soient blancs ou noirs. Dans cette chronique émouvante et violente, on suit le destin d’une poignée de personnages, parallèlement à la situation de l’Amérique.
La réalisation est un uppercut dans le ventre, notamment lors de quelques scènes d’action à la violence fulgurante : le passage au Vietnam, d’une horreur aussi crue que réaliste (c’est carrément gore, mais on y croit !), est la partie motrice du film, et donc la plus marquante, tandis que le braquage final est un grand moment de tension et de virtuosité, une scène intense et cruelle. Deux morceaux de bravoure inoubliables. A coté de cette illustration viscérale de la violence (encore plus graphique dans "From Hell", des mêmes réalisateurs, par ailleurs fascinés par les meurtres glauques), il y a des séquences émouvantes, touchantes (La première nuit entre Anthony et sa future femme, Anthony qui revient à son Bronx natal…), et même parfois drôles (dans la première partie). Mais plus le film avance, plus le ton est désespéré, noir (la dernière partie, la préparation et l’exécution du braquage, ressemble d’ailleurs beaucoup à un film noir). "Génération sacrifiée" est un film triste, la description d’une petite communauté progressivement détruite.
Les acteurs sont étonnants, à commencer par le trio de tête : le méconnu Laurenz Tate, déjà vu dans "Menace II Society" et qui fut très remarqué par la suite dans "Postman", "Ray" (ou il incarne Quincy Jones) et actuellement "Collision", l’excité Chris Tucker, alors encore peu connu et ici très attachant, et l’impressionnant Keith David (dans le rôle du gangster influent Kirby), trop sous employé dans le cinéma américain (récemment dans "Le transporteur 2", "Hollywood Homicide" ou "Mr. & Mrs. Smith", dans lesquels on le voit à peine) sauf par John Carpenter ("The Thing" et surtout "Invasion Los Angeles") et David Twohy ("Pitch Black" et sa suite). Il fait néanmoins des apparitions marquantes dans "Mary à tout prix" et "Requiem for a dream"…Les personnages secondaires sont aussi réussis, notamment Cleon, un fils de prêcheur rendu illuminé par la guerre (il veut rapporter une tête de viet en souvenir !), joué par Brokeem Woodbine, vu dans "Freeway", "The Rock" (un des méchants, yes !) et "The Big Hit".
Soulignons aussi une superbe BO soul (Otis Reading, Marvin Gaye, Isaac Hayes, James Brown, etc.) et un score mémorable signé Danny Elfman. Ce "Génération sacrifiée" n’est pas loin du chef d’œuvre, un film entre le drame social, le film policier et le film de guerre, un film qui prend aux tripes et au cœur…
A noter l’apparition de "Martin Sheen", le héro de Apocalypse Now, et le petit rôle de Seymour Cassel…
8,5 / 10
Quand au dvd, le film est d'une qualité technique impeccable, et je trouve la jaquette superbe...
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