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| De HellJohn | Note : 8/10 |
pas loin du chef d'oeuvre...
Ce nouveau "Batman" est exactement l’opposé des précédents. Là ou les deux autres cinéastes s’étaient complètement approprié le sujet (en bien pour Burton, en mal pour l’autre, là), Christopher Nolan, qui, après ses trois précédents bons films, illustre de nouveau une quête d’identité, ne s’approprie pas vraiment du sujet, reste neutre, et ce pour être le plus fidèle possible dans l’adaptation. Ainsi le Gotham City de "Batman begins" n’est pas gothique et poétique comme dans les deux films de Burton, ni fluo et carton pâte comme dans les deux films de Schumacher. Gotham City est sale, corrompu. Cette ville aurait pu s’appeler Sin City. Les quelques visions d’ensemble de la ville sont magnifiques, dévoilant une ville noire et sombre, entre celle de "Blade runner" et celle de "The Crow". L’univers de cet épisode est sombre. Batman est bien moins sympathique (et ça s’entend !). Nolan redonne tout l’esprit hard boiled du comics, et y intègre tous les éléments fantastique avec fluidité et crédibilité. Parfois même, Nolan et Goyer placent de purs éléments de film d’horreur (notamment via le personnage de Crane et de son poison), et ce sans déstabiliser ni sans faire du grand guignol.
Ce nouveau Batman, ou devrait on dire ce premier d’une nouvelle franchise, ignore complètement les précédents épisodes (ne vous attendez pas à entendre le fameux thème de Danny Elfman). Contrairement à ces derniers, qui s’intéressaient plus aux méchants qu’au héro, "Batman begins" s’intéresse avant tout à Bruce Wayne, à la naissance progressive du mythe de Batman, à ses tourments…Jubilatoire de voir naître devant nous le célèbre « justicier » (même si Bruce lui-même refuse ce terme) et les éléments qui feront sa renommé. Jamais le personnage n’a été aussi bien traité à l’écran, le scénario de David Goyer et de Christopher Nolan est à ce titre parfait. Mais l’importance accordée à Bruce Wayne et à sa psychologie laisse un peu de coté certains autres personnages, dont, c’est un comble, les méchants. Certains personnages secondaires pourtant incarnés par des acteurs célèbres sont soit peu intéressants (les perso de Morgan Freeman, Katie Holmes ou Rutger Hauer), soit fascinants mais pas assez présents (les perso de Cillian Murphy, Tom Wilkinson et Ken Watanabe). Cela dit, le film étant un début de franchise, la plupart de ces personnages seront sans doute réutilisés et étoffés dans les suites, car il est vrai que tous les personnages ne peuvent pas être aussi fouillés que Bruce Wayne en 2 :20 de film. Et même si, à l’inverse des autres films sur l’homme chauve sourie, les méchants ont moins d’importance, les apparitions de ces derniers restent mémorables, comme pour la première rencontre entre Bruce et Falcone (Tom Wilkinson, impressionnant dans cette scène) ou les scènes avec le docteur Crane (fascinant Cillian Murphy). Et le fait qu’ils apparaissent moins les rend encore plus intriguant. Quand au personnage de Liam Neeson, il vaut mieux ne pas en parler pour éviter les spoilers, mais l’acteur est peut être le plus imposant du casting. Dans ce "Batman" pourtant placé sous l’ombre et la noirceur, ce sont les gentils qui ont le plus d’importance, comme le prouvent aussi les bonnes surprises que sont les personnages de Michael Caine (Alfred) et de Gary Oldman (Lieutenant James Gordon, dont le rôle peut rappeler celui de Ernie Hudson dans "The Crow", qui illustre aussi l’histoire d’un homme revenu sous une autre forme pour se venger dans une ville envahie par le crime).
Il y a moins d’action que dans les précédents films. Pourtant, on est happé par l’histoire et l’intrigue, durant toute la première partie. C’est dans la dernière heure que l’action se déchaîne, avec deux grandes scènes spectaculaires (la course poursuite en Batmobile et le chaos final dans la ville). En revanche, et c’est un autre petit défaut, les scènes d’action en combat à mains nues ou à l’arme blanche sont cadrées de trop près (plans trop serrés et montage trop cut). Mais l’action dans ce film n’est jamais gratuite, elle fait partie de l’intrigue, mieux, elle la nourrit. Ce n’est pas du « plein les yeux », mais on est tellement accroché à l’intrigue que les séquences d’action sont de grands moments de suspense, même si on peut regretter que quelques punch lines soient en trop dans ces scènes là. A la fin du film, on ne pense qu’à une chose : voir la suite ! On aurait été près à en voir deux heures de plus, deux heures de plus d’un scénario incroyablement cohérent, sans doute le scénario le plus appliqué d’un film de super héro (mais "Batman le defi" est quand même un monument du genre et reste toujours mon épisode préféré). Nolan l’illustre avec savoir faire, malgré quelques petites erreurs, et sans tape à l’œil, privilégiant l’espace et le mouvement (ce qui correspond donc parfaitement à Batman). Et on remercie aussi au passage les deux grands compositeurs du film, Hans Zimmer et James Newton Howard, dont le travail ajoute encore plus d’intensité aux séquences (même si on sent plus la patte Zimmer). La musique est sublime. La photo aussi, le directeur de la photo (un fidèle de Nolan) réussissant l’exploit de faire des images esthétiquement superbes avec du noir, du gris et autres tons ocres, et ce dans des décors urbains plutôt laids.
Et n’oublions pas le nouveau visage de Bruce Wayne et Batman, le toujours impeccable et impressionnant Christian Bale (le meilleur Batman à l'écran, pour moi), que l’on espère bien revoir dans des suites que l’on attend maintenant avec impatience (avec le Jocker !). Si Nolan reprend du service, il pourrait bien atteindre la perfection et nous faire son "Batman returns" à lui, autrement dit un chef d’œuvre. Parce qu’avec "Batman begins", on n’est pas loin du chef d’œuvre…
8,5 / 10
COMPULSION en Z2 collector (avec la BO) !
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