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| De HellJohn | Note : 8/10 |
Du beau et grand cinéma académique
Le film illustrant ce sport noble qu’est la boxe est devenu un genre à part. Et en général de qualité. A partir de la fin des années 40 jusqu’aux années 80, des classiques du film de boxe sont devenus des classiques tout court : "Nous avons gagné ce soir" de Robert Wise (le boxeur : Robert Ryan), "Marqué par la haine" de, encore, Robert Wise (le boxeur : Paul Newman), "Le champion" de Mark Dobson (le boxeur : Kirk Douglas), "Le baiser du tueur" de Stanley Kubrick (le boxeur : Jamie Smith), "Rocky" de John G. Avildsen (le boxeur : Stallone), "Fat City" de John Huston (le boxeur : Stacy Keach, à noter que Huston était lui-même un ancien boxeur) ou encore le fameux "Raging Bull" de Scorsese (le boxeur : De Niro). Avec "Ali" de Michael Mann (le boxeur : Will Smith), le « genre » est revenu à la mode, et ont suivi en vrac "Invincible" (les boxeurs : Ving Rhames et Wesley Snipes), "Girlfight" (la boxeuse : Michelle Rodriguez) ou "Million Dollar baby" (la boxeuse : Hilary Swank). Même la France s’y est mise ces derniers temps avec "Fureur", "Casablanca Driver", "Virgil", "Poids léger" ou "Chok Dee".
Le film de boxe est le film qui fait de ce sport le contexte de l’histoire. La boxe est la passion, rassemble les enjeux de l’histoire et instaure un suspense dans les combats. Ainsi, des films comme "Snatch", "Hurricane Carter", "Billy Elliot", "Snake eyes" ou "The Boxer" ne sont pas vraiment des films de boxe, car ce sport n’y est pas le sujet principal.
Et voilà que le touche à tout Ron Howard décide lui aussi de réaliser un film de boxe, un vrai de vrai. "De l’ombre à la lumière" ("The Cinderella Man", qui était le surnom donné au boxeur héro Jim Braddock, est un titre original bien plus beau, à se demander pourquoi ils l’ont remplacé pour la France) a été un échec commercial et critique aux Etats-Unis, et il semble sortir bien discrètement (et tardivement) en France (ou les entrées n’affluent pas non plus pour ce film). Après le pourtant bon mais méconnu "Les disparues", Ron Howard connaît un nouvel échec (relatif), alors que son "The Cinderella man" vaut largement le coup d’œil, et même plus…
Comme pour "Hurricane Carter", "Ali" ou "Raging Bull", "De l’ombre à la lumière" est une histoire vraie, l’ascension puis la chute (ou vice versa) d’un boxeur célèbre. Il s’agit ici de James L. Braddock (Russell Crowe), ou Jim Braddock, un jeune espoir de la boxe qui enchaînait les victoires à la fin des années 20 et au début des années 30 mais qui connaît ensuite une série d’échecs cuisants, jusqu’à ce catastrophique combat qui le met définitivement hors jeu. La descente aux enfers continue pour Braddock (alors porté disparu, cette blague vous seras facturée) et sa famille (Renée Zellweger et trois gosses), le boxeur déchu essayant de la faire vivre comme il peut, en travaillant comme main d’œuvre ou en demandant crédit. Mais la situation empire de plus en plus, jusqu’à ce que son ancien entraîneur (Paul Giamatti) lui trouve un combat grâce à une annulation de dernière minute de l’adversaire du challenger mondial. A la grande surprise, Braddock remporte le combat. Et les suivants. La lumière revient pour « l’homme Cendrillon » qui fait rêver les foules, mais un adversaire de taille s’impose devant lui : le champion du monde des poids lourds Max Baer, qui a déjà tué deux boxeurs sur le ring…
Ron Howard aime autant illustrer le fantastique que les histoires vraies ou inspirées de faits réels. Il passe avec la même facilité de "Willow" à "Backdraft", de "Le Grinch" à "Un homme d’exception" ou de "Les disparues" à ce "De l’ombre à la lumière". Un peu comme Spielberg, en fait, toutes proportions gardées. Souvent critiqué pour son style académique, Ron Howard connaît aussi bien les gros succès que les échecs. Mais son académisme, ce qui n’est pas forcément un défaut, fait parfois des merveilles, comme c’est le cas dans "De l’ombre à la lumière", ou il retrouve Russell Crowe, qui fut un saisissant John Nash dans la précédente biographie du cinéaste. Howard retravaille aussi avec le scénariste oscarisé Akiva Goldsman. Le trio gagnant du superbe (c’est mon avis) "Un homme d’exception" pouvait laisser craindre un film trop académique, une machine à Oscar, ce que laissait d’ailleurs craindre la bande annonce. Résultat ? Oui et Non.
"De l’ombre à la lumière" est un film classique, au sens propre du terme. Ce n’est pas un reproche. C’est un film purement hollywoodien, autant dans le fond (une belle histoire vraie, une leçon de vie, un personnage bon et héroïque…) que dans la forme (réalisation carrée, narration linéaire se déroulant sur plusieurs années…). Mais du Hollywood à l’ancienne, du beau et du grand Hollywood. On peut comparer le film de Ron Howard au "Aviator" de Martin Scorsese, dans l’illustration similaire du parcours (réussite, chute puis remontée vers la victoire) d’un grand personnage réel issu de la même période. Bien sûr, Howard (Ron, pas Hughes) n’a pas la virtuosité de Scorsese, mais son film est assez semblable à "The Aviator". On peut aussi penser au récent et moins réussi "Pur Sang, La légende de Seabiscuit". Mais "De l’ombre à la lumière" possède sa propre identité, malgré son classicisme qui le rapproche beaucoup, et c’est sans doute voulu, du cinéma de l’âge d’or d’Hollywood, dans les années 50-60. Un classicisme superbe qui donne au film un charme authentique, la reconstitution du contexte (la Grande Dépression dans l’Amérique des années 30) étant en plus particulièrement soignée et crédible. C’est aussi un film historique, en plus d’être un grand drame héroïque. En inscrivant des sentiments et des actes héroïques dans un contexte réaliste, Howard nous décrit un véritable conte de fée, et le titre original du film prend alors tout son sens. La puissance de l’histoire est décuplée tout comme les sentiments, et le film déverse une sorte d’euphorie dans le cœur du spectateur, qui s’attache vraiment au personnage et à son parcours. "De l’ombre à la lumière", c’est le film qui transforme un homme au plus bas en héro de conte de fée, un homme qui passe de l’ombre à la lumière (d’où le titre français simpliste, mais pas hors sujet). Mais avant d’atteindre ce statut de héro, Jim Braddock devra surmonter des épreuves multiples, et c’est peut être là ou le bat blesse…
En effet, si la partie de l’ascension est aussi fabuleuse qu’intense, la partie de la chute est un peu trop poussée et retombe dans les clichés. Pauvre Jim, pauvre famille Braddock qui n’a plus d’argent, plus rien à manger, plus d’électricité, qui n’est pas aidée, qui souffre, etc. Le sort s’est décidément abattu sur eux. Le gosse tousse, la mère pleure, le père revient bredouille de sa journée, le concierge coupe l’électricité alors qu’il neige dehors parce que la famille ne peut plus payer…On en vient à avoir vraiment pitié du grand Jim Braddock, notamment lors d’une scène pourtant bouleversante, dans laquelle Jim va jusqu’à faire la manche à ses anciens employeurs. Howard abuse du pathos, mais c’est aussi pour mieux rebondir et ajouter plus d’impact pour la suite, pour pouvoir donner une véritable dimension à cette remontée progressive vers la lumière. Et là, c’est l’extase, jusqu’à l’incroyable combat final. Et oui, les combats du film, assez nombreux (ça manque pas d’action), sont particulièrement prenants et superbement filmés, sans esbroufe, sans artifices (bien que quelques plans originaux interviennent furtivement, de même que des ralentis pour une fois très bien utilisés), Ron Howard gérant l’espace du ring à la perfection et cadrant les mouvements des boxeurs de façon à ce qu’on en loupe pas une miette. Limite si Ron Howard ne surpasse pas le Michael Mann de "Ali" dans ce domaine. La puissance des enjeux, des personnages et de la mise en scène fait que les coups portés font réellement mal, que le public réagit et que le gong sonne comme si l’on était dans la salle. Immersion totale. Les combats sont brutaux, nerveux, et il y a une véritable tension qui s’installe aussi bien sur le ring que dans les tribunes. Parce que les enjeux sont capitales (Jim se bat à la fois pour la victoire et pour sa famille), le suspense est maintenu jusqu’à la fin. Le combat final du film risque bien de devenir une référence dans le genre. Opposant Braddock au champion du monde, l’impressionnant Max Baer (joué par le tout aussi impressionnant Craig Bierko, le héro de "Passé Virtuel" et le méchant de "Au revoir à jamais"), véritable machine à tuer sur le ring (et on le ressent vraiment !), ce combat épique est un monument d’intensité (la bande son est primordiale) et de barbarie de plusieurs dizaines de minutes, un combat qui pousse les deux hommes dans leurs derniers retranchements. A tel point qu’on en vient vraiment à douter de la victoire de Braddock. Le film se termine ainsi sur ce sommet du combat de boxe filmé, donc sur une impression très positive, sur une magnifique fin qui, heureusement, ne traîne pas (ouf, pas une fin à rallonge).
Evidemment, le film n’est pas parfait. En dehors de cette partie centrale trop mélodramatique, on peut regretter que Jim Braddock fasse de l’ombre aux autres personnages. Le personnage de Renée Zellweger, la femme de Jim, devient assez agaçant en partie à cause de la prestation lassante de l’actrice (les fresques hollywoodiennes ne lui réussissent pas), bien que le personnage ce cette femme soit admirable pour l’attention aveuglante qu’elle porte à son mari. Le film est aussi une belle histoire d’amour (comme dans tout conte de fée), de respect et de tolérance, un beau message d’espoir. Ce qui ne veut pas dire que le film est moralisateur. Le personnage principal est bon, généreux, honnête, sa femme est une mère au foyer fidèle et amoureuse, mais le film n’est pas pour autant un matraquage de puritanisme, autrement tous les contes de fée le seraient aussi. "De l’ombre à la lumière" conte le plus simplement du monde une histoire, sans faire de concessions (les combats sont violents et le héro s’en prend plein la gueule) mais en poussant l’aspect Cinderella Man, c'est-à-dire l’aspect magique, beaucoup plus loin. L’histoire est réelle, mais romancée. On peut reprocher qu’en dehors des combats sur le ring, cette biographie soit un peu trop lisse et l’intrigue moins tordue et surprenante que celle de "Un homme d’exception". De plus, certaines scènes sont en trop, et le film aurait gagné à être un peu plus court. Dommage aussi que les autres personnages ne soient pas plus intéressants que le héro. C’est véritablement un film sur Jim Braddock, et sur personne d’autre, malgré la volonté, un peu trop voyante, de donner de l’épaisseur à sa femme Mae. Dommage que le rôle de l’entraîneur, incarné par l’excellent Paul Giamatti, ne soit pas plus fouillé, mais il reste le second rôle le plus attachant du film. Dans le rôle de l’ami de Jim, Paddy Considine (l’extraordinaire acteur de "In America" et de "My summer of love") est sous employé, de même que, comme souvent, ce bon vieux Bruce McGill (qui a déjà joué avec Russel Crowe dans "Révélations" de Michael Mann). Le casting est d’ailleurs assez proche de celui de "Un homme d’exception". Quand à Russel Crowe, il est encore une fois aussi imposant que touchant, et la sincérité de son interprétation crève l’écran. Il est totalement crédible dans la peau de Jim Braddock et s’est beaucoup investi dans ce rôle.
"De l’ombre à la lumière" est à la fois un beau film académique et un beau film humaniste. Il peut remporter des Oscar, ça serait amplement mérité (y compris pour la très belle photo et la musique classique mais puissante de Thomas Newman). Ron Howard réussit une fois de plus à nous transporter, ici dans la vie d’un boxeur, vie qui s’apparente à un ring sur lequel Jim combat constamment quelque chose et ou il reçoit des coups en permanence (mais comme le personnage le dit à sa femme dans le film, "Au moins sur le ring, je sais d’où les coups proviennent"). Parsemé de morceaux de bravoure à donner des frissons, "The Cinderella Man" est un grand spectacle, du cinéma populaire flamboyant qu’entachent à peine quelques défauts, mineurs en regard de cette demi heure de fin inoubliable. Académique ? Oui, mais n’est ce pas le propre des grands spectacles d’autrefois ? Lisse ? Oui aussi, mais n’est ce pas aussi le cas pour les contes de fée ? Pas aussi maîtrisé et passionnant que "Raging Bull" ou "Ali", ni aussi personnel, "De l’ombre à la lumière" est quand même encore un superbe divertissement de Ron Howard. Richie Cunningham, respect !
COMPULSON pour le futur Z2. J'attends un beau collector...
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