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LE COIN DU CINEPHILE : LE LOCATAIRE (ROMAN POLANSKI)

Il est de ces films sur lesquels il est très difficile d'écrire. Le Locataire, pour des raisons obscures, a toujours été une impasse pour moi : comment décrire les visions et le lent dérapage du personnage principal ? Comment évoquer cette manifestation du fantastique dans un univers a priori pragmatique ? Comment retranscrire par de simples mots cette capacité à faire très peur en juxtaposant des visions subjectives et douloureuses ? Des doutes qui poussent à franchir le pas et à écrire clairement qu'il s'agit d'un chef-d'oeuvre malade, tout à la fois éblouissant, terrifiant et drolatique, qui épouse jusqu'au paroxysme (se souvenir de la dernière scène) les émotions fluctuantes et schizophrènes d'un personnage qui pourrait être nous. La honte veut que le film - français - soit comme naguère pendant trop longtemps Maîtresse, de Barbet Schroeder - uniquement disponible en zone 1 et non en zone 2.

le locataire


"Avec une économie de moyens (une musique qui revient de manière lancinante mais n'accentue jamais les séquences les plus troublantes - le visage des voisins à travers le Juda ou le couple de vieux), en ayant tout compris à la notion de peur au cinéma (le silence est d'or pour mettre le spectateur face à ses angoisses les plus secrètes et amplifier une peur psychologique qui se passe de tout effet gore ou spécial), Le Locataire fait partie de ces films qui rendent littéralement fous. Au point de ne pas s'en remettre. D'ailleurs, on ne s'en est jamais remis."

Nous sommes en 1975. Polanski, cinéaste en proie à des démons intérieurs qu'il n'a fait que combattre toute sa vie (il a toujours été fasciné par le mal sous toutes ses formes et le désir de transgression; ces fascinations exacerbées lui ont joué des tours), n'a rien tourné depuis plus de deux ans et manque alors cruellement à l'univers cinématographique. A l'époque, le projet de Polanski aurait dû être Pirates, avec dans le rôle principal Jack Nicholson qu'il avait déjà dirigé dans Chinatown. Comme rien ne semble voir le jour (le film se fera finalement dans les années 80), le cinéaste prend le pari d'adapter, avec Gérard Brach, le roman de Rolan Topor (Le locataire chimérique), en respectant une alternance entre la trame tragique et le climat grotesque. Dans son Roman par Polanski, autobio cultissime publiée en 1985, l'artiste évoque les conditions de tournage qui se sont avérés plus simples que prévu : "Le Locataire fut le plus rapide de mes films - huit mois seulement séparèrent le premier jour de travail sur l'adaptation du roman de la première projection publique."

le locataire


C'est souvent dans la simplicité et la décontraction de tournages rapides que les oeuvres majeures naissent (faut-il rappeler en combien de temps Wong Kar-Wai a filmé son délicieux Chungking Express ?). Celui du Locataire a duré seulement six semaines. A sa sortie, le film est loin de faire l'unanimité: Polanski se fait taxer de tous les anathèmes. Prétexte ? Avoir voulu faire un pendant masculin à Répulsion, dans lequel Catherine Deneuve sombrait dans une folie névrotique et percevait un homme qui essayait de l'assassiner dans son appartement. Aujourd'hui encore, beaucoup considèrent Le Locataire comme une oeuvre résolument mineure dans la filmographie de Polanski. A tort : dans toutes ses oeuvres suivantes, notamment Rosemary's Baby avec son voisinage aux moeurs louches et l'impression d'une conspiration latente (le personnage joué par Isabelle Adjani dans Le Locataire est à mettre en relation avec celui incarné par John Cassavetes dans Rosemary's baby), Polanski n'a cessé d'être hanté par le spectre de Simone Choule. Techniquement aussi, le résultat est révolutionnaire : dès son générique où la bande-son d'Alain Sarde impose son entêtante litanie ("proche du travail de Krzystof Komeda" selon Roman), Polanski a recours à un processus moderne : la Louma, inventée par Jean-Marie Lavalou, Alain Masseron et David Samuelson, qui sera réutilisée par la suite par tout le gratin Hollywoodien dans des oeuvres telles que Superman, Moonraker ou encore 1941. Fait peu étonnant: Polanski a toujours été intéressé par l'aspect technique et complexe des mouvements de caméra : il avait lui-même inventé un harnais à caméra préfigurant l'officialisation de la steady-cam sur Shining par Stanley Kubrick, même si des formalistes doués comme Gerald Kargl (Schizophrenia) et John Frankenheimer (L'opération diabolique) y ont déjà sérieusement songé. Pour narrer son histoire, Polanski tourne à Pigalle les scènes extérieures et aux Studios Epinay les intérieurs en faisant notamment appel à Pierre Guffroy pour construire un immeuble à cinq étages.

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Denton29 Fred Madison    07 nov
Fred Madison Dazai Osamu et les autres    07 nov
HellJohn haaaa, enfin, simone choule !    07 nov
Fred Madison Merci Arte    07 nov
dazai.osamu Le locataire sur Arte    07 nov
gorgone Chef d'oeuvre !    07 nov
Fred Madison Honteux, c'est le mot.    07 nov
zemat Vraiment un excellent film !    07 nov
 


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