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1

OSS 117 : RIO NE REPOND
entrées : 1 090 269 (1 semaine)




2

FAST AND FURIOUS 4
entrées : 1 437 609 (2 semaines)




3

SAFARI
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4

DANS LA BRUME ELECTRIQUE
entrées : 315 794 (1 semaine)




5

MONSTRES CONTRE ALIENS
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6

LA PREMIERE ETOILE
entrées : 1 263 711 (4 semaines)




7

PREDICTIONS
entrées : 1 103 196 (3 semaines)




8

PONYO SUR LA FALAISE
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9

ERREUR DE LA BANQUE EN V
entrées : 491 232 (2 semaines)




10

GRAN TORINO
entrées : 3 221 657 (8 semaines)

abel ferrara (19 Juillet 1951 - )

La vie médiatique est ainsi faite qu'un des plus grands réalisateurs de notre temps passe pour une épave.

On s'amuse de cet homme rongé par ses démons sans trop s'appesantir sur son oeuvre majeure, en se concentrant sur son aura scandaleuse. Il a commencé en réalisant un film pornographique sous un pseudonyme, puis enchaîna avec Driller Killer, un pur film gore où un artiste dans la dèche massacrait des gens pendant la nuit sans en conserver le souvenir à l'aube. Puis il gagna une réputation avec Ms 45, l'histoire d'une femme violée à plusieurs reprises qui accomplit sa vengeance barbare et meurtrière dans les rues de New York. Abel Ferrara est un cinéaste extrême, intense, qui montre une violence poussée à bout. Mais il est bien plus que cela.


Son attachement à New York, sa peinture de la mafia, des gangs (Nos funérailles, King of New York, Christmas) le placent dans la même tradition que Scorsese, surtout avec la dimension spirituelle qu'il apporte à tous ses films. Mais il va beaucoup plus loin dans la noirceur et dans le désespoir. On songe à Dostoievski dans sa fièvre et les thèmes qui l'intéressent : la rédemption souvent douloureuse et une religion omniprésente, incarnée, l'ombre du péché originel, de la faute, planant en permanence au dessus de ses personnages et de leurs tourments.

Dans China girl en 1987, il réinterprète le mythe classique de Romeo et Juliette, deux jeunes gens qui s'aiment dans un univers baigné de haines et de rancoeurs (les familles respectives s'affrontent dans des gangs rivaux, ceux de Little Italy contre ceux de Chinatown). On retrouve cet amour impossible dans une société envahie par la démence dans son New Rose Hotel, dans lequel le couple formé par Willem Dafoe et Asia Argento oppose sa passion profonde et sincère à l'ineptie universelle d'une société corrompue. Pour Ferrara, comme il l'exprimera clairement dans l'une de ses oeuvres majeures, The Addiction, il n'y a pas d'histoire ou d'évolution mais un éternel retour des mêmes obsessions.


Nous portons en nous des maux éternels. La modernité de la ville, ce n'est que le cadre froid, impitoyable et nocturne de ce monde dont nous avons hérité comme d'une punition et que nous ne savons pas comprendre. L'humanité erre à sa surface, livrée à elle-même et à ses tourments. Et même lorsqu'il réalisera son remake de l'Invasion des profanateurs de tombes avec Body Snatchers, il basera l'effroi sur ces personnages qui sont dépossédés de la seule chose qui leur reste, leur humanité, leurs tourments, leur identité.

Bad Lieutenant met en scène Harvey Keitel dans un rôle majeur et troublant, celui d'un policier qui a accumulé tous les vices. Il se drogue de toutes les manières possibles, il est violent, comme prisonnier d'un cauchemar dans lequel il s'enfonce sans cesse. On retrouve cette ville, froide et délabrée, cette humanité sans repères, damnée, sans espoir. On assiste à son naufrage, à son quotidien abject et malsain, montré d'une manière crue et froide. Une nonne est affreusement violée. Devant le pardon extrême qu'elle accorde à ses agresseurs, le démon Keitel est anéanti. Il s'effondre. Pousse un cri de bête sauvage terrassée, dans une scène de révélation mystique qui vous marque au fer rouge. Car l'homme hurle de ce cri qui vous hante et s'inscrit en vous. Il insulte le sauveur qui lui est apparu dans l'église, il se prosterne à ses pieds et prend conscience de son insupportable ignominie. Il est contraint trop tard de ne pas accomplir sa vengeance contre les violeurs, bouleversé par la réaction de la bonne soeur qu'il ne saurait comprendre, lui le démon, l'impur. Il ne peut échapper à sa damnation, sa chute était irrémédiable, endetté qu'il était jusqu'au cou, ripou à l'extrême et totalement accro à toutes les drogues et aux coutumes glauques, aux sombres fréquentations qu'elles induisent (la scène du fix à l'héroïne est particulièrement crue et dure à supporter). Mais au dernier moment, beaucoup trop tard pour lui, il rencontre la grâce et le pardon. Son dernier acte désespéré est d'essayer de le comprendre.


On retrouve la spiritualité forte de Ferrara, c'est constamment ce qui le distingue. Il montre certes les bas fonds, les milieux interlopes, la nuit dans une ville de péché. Il en assume la violence et l'immondice (le sexe et la drogue sont omniprésents dans tous ses films). Mais c'est avant tout des sentiments humains dont il s'agit. Comme on le voit dans Nos Funérailles, film formellement envahi par le deuil, en même temps que sous la tension permanente d'une violence qui explose par moments, dans toute sa soudaineté traumatisante.

Rarement on a montré au cinéma la mafia et sa mentalité criminelle qui gangrène une famille, notamment à travers des personnages de femmes plus fouillés que d'habitude. Certaines veulent partir et quitter ce purgatoire. D'autres tentent de canaliser la folie et la barbarie de leurs maris. Chris Penn, dont on n’a pas assez souligné le grand acteur qu'il fut, livre une composition magistrale. Il est celui dont la folie affleure et explose régulièrement, celui que sa femme tente de contrôler. Dans une scène terrifiante, il viole une jeune prostituée, une gamine dont il avait d'abord refusé les avances et dont il finit par « acheter l'âme ». La fureur inscrite sur son visage tordu de démence, cramoisi de colère, vous prend littéralement aux tripes, vous effraie véritablement. A un autre moment, il prend violemment sa femme qui l'intimait de se calmer. Celle-ci (Isabella Rosselini) est filmée en gros plan, dans l'appréhension terrifiée de ce que son époux imprévisible va lui faire subir. Il est hors champ. Et pendant ce plan, on ressent la même appréhension. Il y a une vraie puissance de suggestion dans la mise en scène.


Si Ferrara n'a jamais reculé pour montrer directement l'horreur quand c'était nécessaire, il est capable de ne pas la montrer quand il sent que l'émotion effroyable qu'elle procure est décuplée par un point de vue parcellaire, une ellipse. Il n'expose jamais vraiment tout et laisse souvent une liberté d'interprétation à son spectateur, une place au fantasme ou à la terreur. Contrairement à ce qu'affirmeraient toutes les bienpensances, la violence qu'il montre est indispensable car, bien qu'elle soit crue et parfois insoutenable, elle a d'abord l'aspect d'un blasphème absolu, en aucun cas elle n'est fascinante.

Dans The King of New York, le personnage de Frank White (encore l'excellent Christopher Walken) est une émanation de cette violence et de ces usages. A sa sortie de prison, il reconstitue son trafic de drogue et l'influence qu'il a sur ce milieu. Toute l'ironie de la chose, c'est qu'il veut réinvestir ses profits pour financer un hôpital de New York. White ne connaît que des pratiques criminelles pour gagner son salut. Les flics quant à eux, deviennent des assassins en voulant la justice. Les gangsters voudraient faire le bien (comme dans la scène où Lawrence Fishburne défend des gamins contre un commerçant acariâtre) mais ne vivent que par le crime. Ces personnages contradictoires rejouent le conflit éternel du Bien et du Mal qui s'affrontent dans tous les inconscients.


Encore une fois le Bien est souillé, marqué par une sorte de malédiction à laquelle aucune chose terrestre n'échappe. On place souvent cette oeuvre dans la tradition des films de mafia, dans la lignée de Scarface et l'Impasse. C'est très réducteur. Nos Funérailles était un film sur le deuil et la violence qui engendre la violence, avec le masque de la mafia. De la même manière, celui là est un film sur la perdition et l'absence de rédemption. Un film métaphysique comme beaucoup des films du cinéaste. Les personnages deviennent les symboles éternels d'une grande réflexion sur le péché. Le réalisateur nous plonge dans une nuit profonde, dépourvue de repères, où tout est meurtrier et dénué de morale. L'humanité qui évolue dans cet univers est totalement souillée. Les flics valent autant que les assassins qu'ils pourchassent. Aucune ombre d'espoir, d'innocence, de justice ou de pureté. Les personnages s'entretuent, s'enivrent, se plongent dans l'oubli d'orgies cocaïnées et rien ne vient les sauver dans leur nuit sans fin et sans but. L'idéal a déserté. Ne reste que l'être humain et ses tourments, son désenchantement profond. Ses personnages traversent l'existence comme une malédiction.

La clé de son cinéma se trouve dans deux films que tout oppose en apparence : Mary et The Addiction. Dans les deux cas, une femme est porteuse du message. Juliette Binoche est la spiritualité pure et sage dans la peau de cette actrice qui a eu sa révélation en jouant Marie-Madeleine, disciple favorite du Christ. La trop rare Lili Taylor est son contraire, précipitée dans le mal, devenant vampire dans ce film fascinant et profondément métaphysique (l'un des meilleurs du genre) : The Addiction. Deux faces d'un même cinéma en quête d'une transcendance au bout de la nuit.


Il y a une scène dans Mary qui met en scène Forest Whitaker, prosterné dans une église à l'image du héros de Bad Lieutenant, évoquant le vide qu'il ressent en lui et qu'il ne sait pas combler… Il souffre de ce même manque dans cette belle scène de contrition qui met en mots le cri sauvage de Keitel qui résonne dans le coeur de tous ceux qui l'entendent, car au fond il s'agit de notre mal-être à tous, de ce manque profond de sens, de grâce divine, comme le dit Christopher Walken dans Nos Funérailles. On le comble par le crime, la drogue, le sexe, l'alcool. Les péchés sont une manière d'oublier cette souffrance fondatrice pour apaiser la douleur, ne pas avoir à l'affronter. On s'interdit d'y penser dans une fuite sans espoir qui ne conduit qu'à plus de perdition. Chacun des péchés capitaux est une dose, un rail de coke, un coup de feu, pour éloigner de nous l'effrayante réalité de notre solitude désarmée à la surface d'une planète qui ressemble à un champ de ruines et reflète notre chaos intérieur.

On se réfugie dans la nuit, les lumières et les enfers artificiels qui atténuent l'évidence, font croire aux mirages. Mais le mal est là partout, sans espoir d'en réchapper. Les personnages de Ferrara sont des ombres qui se débattent au milieu de l'horreur et qui savent que le Bien leur est inaccessible. Ils se demandent comment le salut peut encore exister. Lili Taylor dans The Addiction, se retrouve au plus noir de cette nuit d'encre, elle, la jeune étudiante en philosophie soudain transformée en monstre assoiffé de sang, balayant toute morale car elle doit avoir sa dose. Dans ce film, on trouve toutes les belles et sombres références de Ferrara, exposées en voix-off (Baudelaire et son « vent de l'aile de l'imbécilité » qui envahit tout, Nietzsche par delà Bien et Mal, le désespoir de Kierkegaard). Dans ce noir et blanc implacable, et l'obscure sagesse que la jeune fille acquiert face à la mort qu'elle sème, la lucidité que lui inculque un autre semblable (l'incontournable Christopher Walken), on entre dans ce film au coeur du désespoir de Ferrara en songeant à l'avertissement de Dante à l'entrée de son enfer: « Ô vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir ». Rarement avec autant d'intensité que dans ce film on aura pénétré le coeur d'un imaginaire maudit, celui d'Abel Ferrara, grand, noble, raffiné, désespéré et barbare. Un film absolument bouleversant de désillusion. A la fin du film, tout a été dépassé, tout a été expliqué. C'est un film sur la malédiction qui se sert de la figure des vampires et décrit une humanité désespérée, sombre, orpheline d'Idéal et qui doit vivre sans, dans une atroce souffrance, sans trouver rien pour le remplacer.


J'ai revu beaucoup des films de Ferrara pour écrire ce portrait. A chaque fois, je remarquais cette humanité errante dans la nuit d'une ville fascinante, j'ai songé à Baudelaire, Nietzsche et Dante. Je me suis même dit à un moment donné devant King of New York que Walken avait un visage de vampire et que c'était la figure même des êtres maudits, pécheurs, homicides et insomniaques qui peuplent les films de Ferrara. Je n'avais alors jamais vu The Addiction, que j'ai découvert hier soir, comme un joyau que je n'attendais pas dans une filmographie qui en comptait déjà beaucoup. Mais un joyau à part, peut-être le coeur de son oeuvre et des tourments sur lesquels elle se fonde. Si l'on veut voir les démons d'Abel Ferrara traduits dans un film, comprendre son désespoir, c'est à ce film qu'il faut renvoyer.

Car Ferrara n'est pas le cinéaste des bas-fonds, de la mafia, de la luxure, c'est un mystique dans la plus pure tradition, un auteur métaphysique comme Dostoievski, qui décrit son monde avec des motifs éternels, qui ont fondés l'âme humaine et son fardeau perpétuel (le crime, le châtiment, la tentation, la luxure, la corruption sous toutes ces formes et l'aspiration vers une noblesse, une pureté, un paradis perdu). A l'heure des propos simplistes et des idées toutes faites, il est bien le seul à avoir l'ambition de dépeindre la profondeur de ces tourments et à aborder la complexité de ces grandes questions que nous portons en nous depuis toujours.


Avec Mary, qu'il a eu tant de mal à financer, Ferrara signait un autre chef d'oeuvre. Ironiquement, c'est à la faveur de la Passion de Mel Gibson qu'il put faire son film. Un propos raffiné, intelligent, raisonnable et profond a pu voir le jour grâce à cette oeuvre brutale, grossière et au premier degré. Parfois, la vie est drôle et bien faite. On y découvre l'histoire cachée d'une religion plus tolérante, plus complexe, plus humaine que celle que l'on connaît. Ainsi, si Jésus est le fils de Dieu, nous le sommes tout autant que lui puisque dans les évangiles apocryphes (qui ne furent pas retenus dans le corpus officiel), il ne renie pas sa part d'humanité, c'est un être de chair. D'autre part, Marie-Madeleine n'est plus la prostituée défendue par le messie dans le Nouveau Testament, mais l'une des disciples privilégiées (et probablement la préférée) de « celui qui enseigne ». Il prône également que l'on peut le comprendre par la force de l'intelligence, c'est à dire sans soumettre notre esprit à sa suprématie divine. Et c'est un enseignement que l'on pourrait adopter puisqu'il ne punit pas nos seuls attributs (le corps et l'esprit) et n'exige pas notre réédition absolue. Tel est le message que Ferrara a choisi d'exprimer dans Mary.

A travers le film d'un cinéaste suffisant et mégalo (Mathew Modine) qui a réalisé un film sur le Christ (intitulé « ceci est mon sang », ce qui pourrait être un titre possible pour l'opus plein d'hémoglobine de Mel Gibson), l'émission de télé d'un homme en crise (Forest Whitaker) et la sagesse apaisée de cette actrice qui a tout abandonné de sa carrière prometteuse et des trompettes de la renommée pour continuer de suivre le chemin d'humanité qu'elle a découvert avec Marie Madeleine, on découvre l'un des plus beaux films jamais réalisés sur la spiritualité. Car jamais par le passé ces thèmes n'ont été présentés ainsi, avec tant de raffinement et de sensibilité, d'humanité en somme. On a souvent vu des illustrations simplistes, qui ne parvenaient pas à nous concerner. Mais dans le vide exprimé de manière bouleversante par Forest Withaker, dans le visage rayonnant d'apaisement de Juliette Binoche ou la vacuité de Mathew Modine, le cinéaste prétentieux et superficiel, on est touchés.


Ils sont intenses chacun à leur manière, totalement investis dans leurs rôles. Ferrara leur a laissé l'opportunité de s'exprimer en tant qu'acteurs, notamment en interviewant des spécialistes et autres théologiens, dans la peau de leurs personnages, en suggérant dans quelques scènes la grande histoire qu'il évoque. Mais ce film dépasse de bien des manières le cadre du cinéma, le met en abyme et touche à une obsession de son réalisateur, ce qui le rend absolument incontournable. Car il fournit l'autre clé de son cinéma. L'humanité et la spiritualité ne sont pas nécessairement en conflit, pour la première fois dans ce film qui ressemble à une libération, une lueur d'espoir (le visage de Binoche) dans la nuit New Yorkaise (de Forest Whitaker). La tendance semble se confirmer avec The Go Go Tales, incursion insolite du cinéaste dans l'univers de la comédie.


Alors au delà de son image médiatique, cette filmographie peuplées d'anges déchus, d'âme perdues, de héros nocturnes et troubles, est sans doute l'une des plus fascinantes de notre époque. Ferrara me fait souvent songer à Orson Welles dans son ambition et dans sa difficulté à monter les projets qu'il a en tête. Il est un cinéaste majeur, avec une oeuvre incontournable et souvent méconnue, parsemée de chefs-d'oeuvre, de moments d'exception proches de l'éternité, des scènes puissantes et déchirantes qui imposent l'univers d'un grand auteur riche et tourmenté, l'un des derniers grands romantiques au sens littéraire du terme.


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