LE COIN DU CINEPHILE : PIG
"On peut voir Pig comme un testament mais surtout comme un premier suicide (le corps qu'il mutile est en quelque sorte le sien). C'est ce qui s'appelle le recours à la prolepse."
C'est à peu près ce que l'on aurait aimé attendre de la part de Rob Zombie : une oeuvre indiscutable, invendable, dégénérée, malade, extrême, viscérale, organique, très violente qui a pour ambition de choquer le plus pur des fans. Et si ça ne plaît pas, on n'a qu'à quitter la salle. Dans Pig, co-réalisé en 1998 par Rozz Williams et son collègue Hollandais Nico Bruinsima, il y a, derrière la provocation de surface ostensiblement affichée, un profond mal-être et des fantasmes inconcevables retranscrits et projetés à travers le processus filmique. L'action se déroule dans le désert de La Vallée de la mort, loin de toute civilisation, comme un retour au primitivisme mais également pour coller à l'esprit minéral des survival des années 70 (le choix du noir et blanc de Nico B. appuie la détermination de faire un cauchemar pelliculé) ou encore de l'ésotérisme des premiers David Lynch (on ressent l'influence d'Eraserhead). Dans l'Hexagone, l'équivalent serait les films de Jean-Louis Costes qui témoignent un mépris absolu envers les normes cinématographiques et ressemblent à d'authentiques délires transgressifs et incontrôlables. Mais le film de Rozz Williams & Nico B. bénéficie d'un incontestable soin formel (alors que Costes ne cadre rien et filme volontairement crade) et refuse les digressions potaches pour mieux rappeler que l'homme est capable du pire et de l'impensable. Aussi discutables soient-elles, ses images ont le mérite de faire froid dans le dos.
Même s'il s'autorise quelques digressions surréalistes (le style est très travaillé comme le témoignent certaines envolées oniriques et fantasmagoriques où le tueur et la victime sont tous deux pansées), Pig ne tord à aucun moment l'esprit de sérieux pour laisser sa marque potentiellement marquante. En plongeant sans explications dans le mental putride d'un tueur en série (incarné par Rozz lui-même mais on ne verra pas son visage), Williams & Nico B. montrent un corps bafoué, mutilé, torturé sous toutes ses coutures (seringue dans l'urètre, tétons percés, sexe attaché, scarifications en tous genres...). Et ce corps est celui du performer James Hollan qui pour rassurer les plus sourcilleux subit les tortures (il est vraiment coupé au rasoir) mais seule sa mort est simulée. L'artiste autopsie le rituel d'un tueur en série qui torture sa victime de façon méthodique en suivant les pratiques indiquées par un livre Why God permits Evil? qui est aussi le titre d'un morceau instrumental du chanteur. Rozz Williams prend comme parti pris d'alterner les scènes de torture en live avec les extraits d'un testament qu'il a lui-même écrit dans lequel on peut voir des croix gammées ainsi que des photos d'Hitler et de Charles Manson (le bourreau écrit "Pig" sur le corps de la victime).
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