LE TOP 20 DES LECTEURS : Tony
20. Beautiful boxer de Ekachai Uekrongtham
Aprés Satreelex I et II(iron ladies), Beautiful boxer bouscule le tabou de l'homosexulalité et de la transsexulaité dans le sport thaïlandais. Ekachai Uekrongtham a mis un coup d'accélérateur au phénomène en s'attaquant au sport fétiche et emblématique thaïlandais qui fait la renommée du pays dans le monde. U.E. conte de manière poignante l'histoire vraie de Parinya Charenphoel, jeune garçon aux nettes tendances transsexuelles, qui est engagé dans un camp de boxe car il montre des dispositions pour ce sport et, car il a surtout envie de gagner de l'argent afin de subvenir aux besoins de sa famille, pauvre, qui vit dans le nord de la Thaïlande. Le film a reçu de justes récompenses dans les festivals internationaux. Le scénario percutant et la bande sonore forment un ensemble qui permet de vivre des émotions inoubliables et de comprendre la vie et le psychisme de Noong Thoom, ses déchirements et ses ambiguïtés. U.E. a eu le courage de critiquer le bouddhisme (le moine qui corrige injustement N.T. faisant ainsi preuve de peu de compassion, la petite croix chrétienne qui apparaît au cou de N.T. à plusieurs reprises. Elle est toute petite, mais elle est là..., la scène de l'escalier du Doi Sutheep de Chiang Mai : "comme si ce que tu as de plus cher se trouvait là-haut".....).
19. Laundry de MORI Junichi
Le débile jovial & la kleptomane suicidaire : l'amour, version jap ? "Laundry"... tout dans ce projet était très risqué.
Faire du personnage central d'un film un simple d'esprit, en quelque sorte un Candide dans la maelström urbain, est risqué: lorsque c'est mal écrit, ça peut vite virer au conte moralisant foireux, et agacer le spectateur féru de concret; car on a beau dire que tout se passe dans sa tête, la caméra, elle, filme l'extérieur.
Faire, comme en on la mauvaise habitude la plupart des cinéastes japonais, un film sur le malaise social, est risqué: au-delà du cliché, la chose mal écrite peut donner une impression de cent fois vu ailleurs, et en mieux, jusque dans les docus de Beinex et Slocombe; et le spectateur gajin open ou même japonais de base n'a pas forcément envie de se voir resservir une énième fois l'illustration vaine de la "décivilisation" ambiante. Au mieux, le franco-intellectualisé, avec l'histoire de la laverie, s'attendra soit à une variante d'un bouquin de Paul Auster, soit à un film bavard de notre cru.
Donner à un film un titre comme "Laundry", avec toute la gueule de titre-concept que ça implique, est risqué: et lorsque ça joue avec la métaphore expéditive, c'est même plus: c'est ambitieux. Ambitieux, c'est risqué, surtout pour un réa débutant.
Au final, "Laundry" est merveilleux. Pourquoi? parce qu'il est simplement merveilleusement écrit. Et qu'avec deux acteurs tels Kubozuka Yosuke et Koyuki, la chose avait de grandes chances d'être portée très haut.
"Laundry" étant un film aux aspects mignons et au budget limité, la réalisation de Mori Junichi n'est pas des plus transcendantes; qu'à cela ne tienne: elle sera transcendée par les choses citées plus haut; et, ne le cachons pas, un montage excellent, au service d'une belle rythmique propre aux meilleures comédies, dramatiques ou glandues.
Ces choses citées plus haut, je les recite, en plus de détails, car elles le méritent: le scénario, et les acteurs. Historiquement, "Laundry" n'est pas un monument du cinéma, là n'était pas son ambition. Mais dans son genre, "Laundry" est un très, très, très beau film; et on le voit à la première chose, flagrante, bluffante, qu'on retient du film : rien, absolument rien, ne représente la moindre fausse note, tout est subtil, tout est fragile, certes, mais tout reste fidèle à soi même, du message d'espoir modestement dévastateur aux personnages, magnifiques et surtout vivants (chose très, très rare). C'est ce qu'on appelle un scénario, un vrai, comme seuls les gars dignes de ce nom devraient écrire :)
Kubozuka Yosuke, qui peut au départ donner envie de ne pas tomber dans son piège (mettez à n'importe qui un bonnet ridicule et faîtes lui imiter la chouette, il aura l'air débile), donne à son personnage, au fil des séquences, l'étoffe nécessaire à le rendre d'une part plus agaçant du tout, d'autre part attachant; et si tout cela peut sembler simpliste au départ, "tout cela" porte cette simplicité à des sommets de naturel épanoui; pas besoin de faire compliqué pour faire beau. De l'autre côté, il y a une des plus belles et talentueuses actrices de sa génération, Koyuki, aperçue déjà dans "Kairo" dans un rôle bien plus sombre; imposant son air effarouché, son regard mélancolique et son allure de grande fille poète, elle est l'illumination de "Laundry", chose notable étant donné l'aspect bad-trip de son personnage. C'est ce qu'on appelle le talent. Et on peut lui espérer une grande carrière.
Autour de ça, il y a tous les petits bonus faisant d'un beau film élégant quelque chose de personnel, et donc d'infiniment plus joli: l'histoire du "siffleur" à l'image de tout le film, l'emploi des pigeons blancs, un humour léger omniprésent, et surtout Naito Takashi, le salary man déchu aux airs de héros made in Kinji Fukasaku, hilarant et dont la relation avec les deux héros est très jolie.
Joli, c'est plus ce qui caractérise le film que "mignon" (le mot "kawaii" ayant joué les leitmotiv à la fin de la projo, vlà les japonaises!); joli etc, "Laundry" représentant bien que cela à mes yeux, véritable vent d'air frais dans un paysage cinématographique composé de film dramatiques léthargiques et de love story ratées.
En clair, un must.
18. Swallowtail Butterfly de IWAI Shunji
Grande fresque imaginaire sur une ville qui l'est tout autant. Shunji Iwai monte de toute pièce une ville, dans l'esprit de la ruée vers l'or du 19ème siècle aux Etats-Unis : une ville, Yentown, où des immigrants viennent par milliers pour acquérir une fortune imaginaire, mais finisse dans des ghettos, n'ayant même pas les moyens de rentrer chez eux, et toujours aveuglé par un possible miracle. Alternant entre fatalisme et optimisme, Swallowtail Butterfly se focalise particulièrement sur un petit groupe d'exclus qui vont parvenir accomplir leur rêve, pour être rattrapés par une réalité qu'il ne peuvent éviter.Sordide mais pas trop, Shunji Iwai nous épargne le pire de ce que l'on pourrait trouver dans une telle ville ; il nous livre tout de même un aperçu avec le passage dans la rue de l'opium, une scène glaucque qui reflète très bien ce penchant extrémiste de la population exclue. Pour un film si long, il est rudement bien mené ; le scénario ne s'égare pas et accroche toujours raisonnablement près de la trame principale, autour d'Ageha, Glico et Fei-Hong ; et même lorsqu'ils suivent chacun leurs propre chemins, on ne se sent pas écartelé entre les ficelles.Le niveau linguistique de SwallowtailButterfly est également assez étonnant. Au début du film, on se surprend à avoir du mal à distinguer les différentes langues, entre l'anglais, le chinois et le japonais. Même cela donne l'impression qu'au sein de ce ghettos pluri-culturel, une sorte de croisement s'est opéré, créant une langue hybride personnalisant cette communauté. Belle trouvaille de Shunji Iwai, car même si chaque personnage ne comprend pas forcément toutes les langues, toutes ont leur place ici et sont omniprésentes ; et à l'instar d'Ageha, pour une question de survie, chaque « paria » finit par se faire comprendre par tout le monde.






















