MON NOM EST TSOTSI
Un film de Gavin Hood
Avec Presley Chweneyagae, Terry Pheto, Kenneth Nkosi, Mothusi Magano, Zenzo Ngqobe, Zola.
Durée : 1h34
Sortie : 19 juillet 2006
Dans un ghetto de Johannesburg, Tsotsi, un jeune Africain du Sud de 19 ans, chef d'une petite bande de voyous, ne vit que dans l'occultation de son passé et la violence du présent. Après avoir tabassé un de ses amis sous l'emprise de l'alcool, Tsotsi traverse le bidonville et agresse une jeune femme des quartiers riches en lui volant sa voiture. Mais sur la banquette arrière, un bébé se met à pleurer. Abandonnant le véhicule, Tsotsi s'enfuit vers le ghetto en emmenant le bébé.
Le roman d'Athol Fugard, dramaturge sud-africain très critique envers l'Apartheid, avait intéressé nombre de producteurs à new York et à Los Angeles depuis sa parution en 1980. Mais tous s'étaient cassés les dents sur le monologue intérieur du jeune voyou, particulièrement difficile à retranscrire au cinéma. Pourtant sous l'impulsion du producteur anglais Peter Fudakowski, le réalisateur Gavin Hood a relevé le défi et réussi à faire ressentir les tourments intérieurs du jeune voyou grâce à une mise en scène et un scénario intelligents et humanistes, et grâce à un magistral jeune acteur sud-africain.
Sur un sujet fort et admirablement traité, Gavin Hood signe avec Mon nom est Tsotsi certainement un des plus beaux films de cette année en développant une parabole sur la rédemption qui amène un jeune voyou à redécouvrir sa part d'enfance et d'humanité occultée par la misère et la violence. Ce parcours intérieur vers une nouvelle conscience de soi mène ainsi Tsotsi d'une violence quotidienne pétrie de colère et de rejet de son enfance à une renaissance à lui-même et à l'humanité grâce au vol d'un bébé. Miroir vers le passé, l'enfant volé devient alors le révélateur de l'enfance volée de Tsotsi, et en même temps que se brise la glace que le jeune voyou s'était façonné autour de sa mémoire et de son coeur, le caïd commence à laisser parler ses sentiments et à entrevoir un avenir différent. Muré dans un silence aussi lourd de menace que de blessures du passé, la résonance de la fragilité et de la vie privilégiée de ce bébé fissure peu à peu les défenses de Tsotsi, et le désarme littéralement en même temps qu'il s'ouvre aux autres et au dialogue, redécouvrant sa propre faiblesse et les meurtrissures de son enfance. Derrière la violence de Tsotsi se profile alors toute la détresse du jeune homme dans une interprétation magistrale de Presley Chweneyagae.
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