TOP 20 DES LECTEURS : SPECIAL SCENARIO
Ceci est un top 20 spécial bons scénarii, j'entends par là que beaucoup de bons films n'ont pas besoin d'une histoire solide pour fonctionner, le cinéma pouvant être « autre chose » qu'une simple narration (« 2001 l'odyssée de l'espace », « Irréversible », tous les Fellini, Godard, Tarkovski, Cassavetes, Bergman dont leur travail est de pousser le pouvoir abstracteur du cinéma dans ses retranchements, reconsidérant ainsi la place du spectateur devant l'écran). Pour ce top je voulais m'attacher sur ce qui fait le point commun entre la littérature et le cinéma : une bonne histoire. Le cinéma relayant nos conteurs du passé, il est intéressant de comprendre les fondements de ce qui crée une bonne histoire, ainsi ce top n'a pas la prétention de déterminer quelles sont les meilleures histoires racontées au cinéma (celles dont l'apport de la vision du metteur en scène est indispensable, les monuments du genre « Le Parrain », les Leone, les David Lean), mais celles dont le scénario est si solide que quelque soit le réalisateur derrière la caméra (et certains ici ont droit à mon immense admiration), le film peut tenir debout tout seul et aller à l'école sans être accompagné de ses parents.

20. Série « Lost » J.J. Abrams 2004
Bien qu'il s'agisse d'une série TV, « Lost » reste un rêve de scénariste : une nouvelle mythologie (une ile riche en mystères réellement nouveaux), plusieurs personnages dont une nouvelle couche se révèle à chaque épisode (tout d'abord stéréotypés, ils s'approfondissent au fur et à mesure), et un rythme ineffable. L'originalité tient essentiellement dans la variété des différents styles d'écriture que prend chaque épisode : si l'un est centré sur Sawyer (qui vit d'escroqueries), alors l'épisode prendra la forme d'un thriller, si c'est sur le couple de coréen (qui vit un amour contrarié) celui d'un drame, etc...le tout ponctué des nouvelles découvertes de l'ile. Nous assistons par ailleurs à la quête de soi de chaque personnage (« Lost » car ils sont perdus aussi bien géographiquement que psychologiquement) et chacune de leur avancée vers l'inconnu les poussent à découvrir une facette d'eux-mêmes (idée développée aussi dans « Stalker » de Tarkovski). Raconter une histoire c'est faire preuve d'imagination et de créativité, mais aussi de technique : des grincheux et rabat-joies qui méprisent la notion de cliffangher, de coup de théâtre, de rebondissement ou de twist final ne se rendent pas comptent que ce ne sont pas que les idées proposées par les scénaristes qui leur à fait suivre l'histoire jusqu'ici, mais bien l'émotion suscitée par les personnages lors de leurs péripéties, et pour faire vivre ces péripéties il faut disposer de cette technique. Manipuler son auditoire reste la politesse du conteur.
19. Happy Accident. Brad Anderson 2000
Une New-Yorkaise un peu perdue dans sa vie amoureuse tombe amoureuse de quelqu'un qui affirme venir du futur. Tout d'abord sceptique à cette affirmation la fille va ensuite en jouer afin de pimenter son couple. Une écriture simple, basée essentiellement sur la parole (le film raconté par cette femme va se développer sous forme de confidences : au psy, aux copines, aux parents afin de déceler chez le « voyageur » sa part de mystère) qui contribue à en faire une joyeuse comédie, avec un soupçon de science-fiction sans jamais recourir à des moyens faramineux ou des décors colossaux (le film se passant essentiellement dans des lieux banals). Le personnage du petit ami (remarquable Vincent d'Onofrio) est complètement décalé avec le monde dans lequel il vit créant l'aspect comédie tout en gardant une aura de mystère (qui ne sera révélé qu'à la fin bien sur). En pitch hollywoodien ce serait un mélange de « L'armée des 12 singes » avec « Sex and the city » : Décalé donc.
18. Layer Cake. Matthew Vaughn 2004
Toutes les histoires ont déjà été racontées alors pourquoi en créer de nouvelles ? Layer Cake au fond, c'est l'histoire du type qui pactise avec le diable. Sauf que pour étonner son auditoire il faut raconter cette histoire autrement, sous un autre angle : Le lieu : Londres et ses différentes couches sociales dans le gangstérisme, le « héros » : un homme intelligent qui gère un business de drogue sans toutefois désirer recourir à la violence (il la déteste), l'accroche : soucieux de quitter son busines prospérant, notre homme devra rendre un dernier petit service au parrain local, un service qui sent évidemment le souffre...L'écriture, vive, efficace (condensée d'un roman) joue avec les multiples personnages (certains sont diablement charismatiques sans jamais apparaître à l'écran), les liens entre eux (qui à l'origine repose sur une histoire absurde et anecdotique qui va pourtant être le pivot autour duquel tous les gangsters ont évolués, sorte d'histoire dans l'histoire), et joue sur les rebondissements avec entrain et ironie.























