LE TOP 20 DES LECTEURS : Aldo, président !
Voici mon top 20 (22 en fait). Plutôt que de classer les films sélectionnés d'une manière qui serait forcément plus ou moins arbitraire, j'ai essayé de lier les films (parfois de manière tout à fait saugrenue) entre eux, et ainsi de vous entraîner dans un petit périple à étapes au pays du Cinéma que j'aime. Vous me direz, c'est totalement bidon, et vous aurez raison. :o) (de toute manière, vu mon bavardage excessif, personne ne lira tout.) Alors, en route...
Autopsie d'un Meurtre (Otto Preminger, 1959)
La tête d'affiche est irrésistible: George C. Scott et James Stewart, deux comédiens géniaux, au charisme débordant, aussi à l'aise et crédibles dans la retenue que dans le cabotinage le plus jouissif. Mais bon, revenons au commencement, nous reviendrons plus tard sur ces deux comédiens. La bande-annonce le dit clairement: c'est au spectateur qu'il revient de se faire sa propre opinion sur le dénouement de ce procès inspiré d'une histoire vraie. L'intérêt premier de ce film, l'une des pièces maîtresses de la filmographie d'Otto Preminger, est effectivement d'abord ici, dans la reconstitution du procès en question; elle y est en effet à la fois patiente, occupant presque 2h des 2h30 que dure le long-métrage; réaliste, l'un des acteurs de l'affaire dont le film est l'adaptation ayant surveillé scrupuleusement l'avancée du projet; minutieuse, aucune étape et aucun détail ne nous étant épargné; non omnisciente, rien de ce que les jurés ne devaient savoir ne nous étant révélé. Aussi nous retrouvons-nous également dans le même cas de perplexité que les jurés, nous forgeant notre opinion en notre âme et conscience, aussi influençables qu'eux par les interventions des différents avocats. Car, et c'est le second grand intérêt de ce film, ce réalisme épatant nous donne aussi l'occasion d'en apprendre plus sur le fonctionnement de la justice, le passage devant le tribunal en particulier, sur ses forces et ses faiblesses. Quand le complice de James Stewart demande à ce dernier comment les jurés peuvent-ils faire comme s'ils n'avaient pas entendu une intervention rejetée par le juge, le brillant avocat lui répond qu'ils ne peuvent pas. Tout procès est en effet aussi une vaste manipulation orchestrée par les avocats, dont les jurés ne sont que les pions; tout procès est d'une certaine manière un duel (plus ou moins équilibré) d'avocats, et quand ceux-ci sont campés par les fabuleux James Stewart et George C. Scott, qui s'en donnent à coeur joie, rivalisant de roublardise et de bons mots, ça vaut un grand détour! Cette paire d'as vaut bien un carré! Leurs gestuelles, leurs mimiques, leurs regards, leurs intonations rendent ce face-à-face irrésistible, et "Autopsie d'un Meurtre" aussi léger que grave, divertissant que sérieux, jubilatoire que plein de suspense, en tout cas de bout en bout passionnant.
En deux mots : si vous ne devez voir qu'un seul film de jurés, tournez-vous vers le fabuleux "12 Hommes en Colère", de Sydney Lumet; si vous ne devez voir qu'un seul film de procès, regardez "Autopsie d'un Meurtre"; vous jubilerez au passage devant l'une des confrontations d'acteurs les plus géniales qui soient, entre les deux "monstres sacrés" que sont James Stewart et George C. Scott.
A l'instar d' "Autopsie d'un Meurtre", les films les plus passionnants à mes yeux sont bien souvent ceux où on a du mal à trouver de quelle côté se situe la morale (dans le cas présent, était-il juste de l'acquitter ou de le condamner? - je préfère ne pas spolier - ), ceux où la frontière entre le bien et le mal est floue voire inexistante, ou ceux qui nous font perdre nos repères habituels. C'est-à-dire, pour la dernière catégorie citée, ceux qui questionnent et confondent les valeurs transmises par notre éducation (judéo-chrétienne par exemple). Parmi ceux-là, le plus fort est peut-être bien :

The Wicker Man (Robin Hardy, 1973)
Film maudit, "The Wicker Man" est pourtant une oeuvre qui a failli ne jamais être visible, la faute au second mari de Britt Ekland, le salopiau, qui fit tout pour empêcher la sortie du film pour ne point dévoiler les sublimes formes de sa femme quelque peu dénudée. Heureusement, il oublia (au moins) une copie, qui permit au film d'acquérir un statut estampillé culte auprès de fans passionnés qui ne s'attendaient sûrement pas à découvrir une oeuvre si originale, intelligente, audacieuse, drôle, dérangeante et horrifique. Car oui, "The Wicker Man" est cela, et bien plus encore. Mais revenons en arrière: un policier anglais, catholique fervent, est appelé sur une petite île britannique, Summerisle, pour enquêter sur la disparition d'une jeune fille. Arrivé sur place, il découvre un endroit "enchanteur" soumis aux rites et coutumes païens. S'ensuit un film naviguant en eaux troubles entre téléfilm rural (à l'arrivée sur l'île, on se croirait volontiers devant un téléfilm de France Télévision!), documentaire, comédie (noire), comédie musicale, policier, fantastique et horreur. Au fur et à mesure que l'enquête avance (hum...), le mystère s'épaissit, le spectateur perd progressivement ses repères devant ce choc des cultures, la distinction entre le bien et le mal se fait de plus en plus ténue, le malaise se fait de plus en plus grand, jusqu'à atteindre un degré de traumatisme que peu de séquences de cinéma peuvent se targuer d'avoir approché. Un film d'une intelligence diabolique qui fera dire au grand Christopher Lee que "The Wicker Man" est le meilleur auquel il ait participé, tout simplement. Quant à la B.O. de Paul Giovanni (très dure à trouver en France, c'est un scandale!), c'est l'une des plus belles qui soient, elle ne compte que des merveilles, avec en tête de proue la sublime "Willow's Song". Et le spectateur de succomber aux charmes divins de Britt Ekland, éternel fantasme pour tous les cinéphiles, coupable de la danse de l'amour la plus divine qui soit (quel con, cet Howie!). Et "The Wicker Man" de s'imposer comme l'une des oeuvres les plus fortes du cinéma. "Summer is a Cumin'in..." En deux mots : aussi puissant qu'original, "The Wicker Man" mettra tous vos sens à l'épreuve tout en se payant le luxe d'être bien plus traumatisant que bon nombre de films d'horreur pure. Courez-y vite, "it's time to keep your appointment with the wicker man."
Nulle femme ne pourra sans doute remplacer l'exquise Willow comme Aphrodite ultime. Mais nombreuses sont les grandes actrices/personnages qu'elles jouent à dégager un charme trouble et divin: ainsi, pour ne citer qu'elles, Jennifer Jason Leigh, Ava Gardner, Janet Leigh, Susan George, Valerie Perrine, Rita Hayworth, Jacqueline Bisset, Marylin Monroe, Naomi Watts, Kang Hye-Jeong (bon, je n'ai vu qu' "Old Boy", mais gros coup de coeur), Lee Remick, Faye Wong, Brigitte Lin, Maggie Cheung, Lauren Bacall ou Kate Winslet, oh my darling, oh my darling, je t'aime, Clementine. Mais aucune n'atteindra jamais la perfection inaccessible de l'actrice immortalisée dans :
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