LE COIN DU CINEPHILE : HALLUCINATIONS OF A DERANGED MIND (JOSE MOJICA MARINS)
"Hallucinations of Deranged Mind est un titre ironique qu'il faut percevoir du point de vue de Marins. L'esprit dérangé, c'est le sien, d'autant que toutes les obsessions de ses précédentes oeuvres se retrouvent ici, malaxées."
Méconnu dans l'Hexagone, le réalisateur José Mojica Marins est un des cas les plus curieux de l'histoire du cinéma, ne serait-ce que par sa personnalité singulièrement binaire: il est illustre dans son pays d'origine alors que le registre de ses oeuvres n'a a priori pas de quoi attirer grand monde si ce n'est les cinéphiles pervers. Cas paradoxal donc. Fils d'une mère danseuse de tango et d'un père torero, il a toujours signé des oeuvres gothiques, horrifiques, taraudées par d'inquiétantes étrangetés et de dérives surréalistes. Très jeune, il s'intéresse à l'univers des comics qu'il dévore à longueur de temps et se révèle fissa imprégné d'une grande culture fantastique. Ceci explique certainement pourquoi dès l'âge de 9 ans, il a commencé à réaliser ses premiers films...
A l'origine de son cinéma, il y a le phénomène Coffin Joe, fossoyeur blasphématoire, personnage maléfique issu des cauchemars du cinéaste, qui revient dans chacun de ses films comme un leitmotiv depuis Minuit, je posséderai ton âme. Dans le présent Hallucinations of a deranged mind, dont les dix premières minutes s'apparentent à des délires à base de déviances sexuelles, de perversion, de sadisme et de fétichisme, cette figure hante déjà des personnages tourmentés. Son apparence est très travaillée: il ressemble à un Dracula élégant (il a un chapeau, de longs ongles et une cape noire). Dans son songe étrangement familier, Marins se souvient que ce personnage démoniaque l'emmenait de force vers un cimetière pour le jeter dans une fosse béante avec son nom inscrit sur une tombe. Lorsqu'il distinguait le visage du démon, il se voyait lui-même se jetant aux enfers. Le cinéma, élément de psychanalyse aux vertus cathartiques? C'est ce que pense Marins qui en a profité pour se donner le rôle dudit démon et illustrer ses propres fantasmes où la torture génère un état extatique. Cette peur psychosomatique hantera tous ses films tant les délires visuels sont traversés par un souffle mortifère. La censure, elle, perçoit dans ces extravagances de la menace en bobine et pointe du doigt ce qui serait susceptible d'être perçu comme une critique à l'égard du système et du régime politique. A ce petit jeu, les autorités lui ont par exemple interdit à un moment de réaliser le troisième volet de sa trilogie sur Coffin Joe. Mais comme tout artiste pittoresque, Marins est également un drôle de mythomane qui aime générer des anecdotes notamment sur les plateaux de ses tournages où, selon ses dires, il martyrisait les acteurs, en aurait enterré un vivant ou qu'un autre aurait été à deux doigts de se faire étrangler par un boa.
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