DOG BITE DOG
Un film de Soi Cheang
Avec Edison Chen, Sam Lee, Pei Weiying, Cheung Siu-Fai, Lai Yiu Cheung, Lam Ka-Wah, Lam Suet
Durée : 1h49
Sortie : indéterminée
Après avoir exécuté un important contrat, un jeune tueur à gages cambodgien s'apprête à prendre le large lorsqu'il se fait repérer par la police de Hong Kong dans un lieu public. Privé d'échappatoire, il prend en otage l'un des policiers et finit par l'exécuter sous l'oeil horrifié de son jeune coéquipier. Ce dernier n'aura de cesse de retrouver cet assassin insaisissable...
On n'avait pas vu ça depuis des années en matière de polar à Hong Kong, sinon jamais. Le genre a certes connu une nouvelle jeunesse depuis la fin des années 90 grâce à Johnnie To, qui s'est imposé à l'étranger comme le maître en la matière depuis The Mission en 1999, talonné de près par le duo Andrew Lau / Alan Mak et le carton de la trilogie Infernal Affairs (2002-2003) . Il ne sont pas les seuls : l'acteur vétéran de la Shaw Brothers, Derek Yee, se distinguait en la matière en 2004 avec One Nite in Mongkok, beau film dont la tonalité sombre et triste était contrebalancée par l'innocence du couple Daniel Wu / Cecilia Cheung, tandis que Wilson Yip frappait fort un an plus tard avec le très culte SPL, qui voyait Donnie Yen affronter Sammo Hung dans un duel sans merci. Parmi les petits nouveaux, Wong Ching-Po avait réussi à se frayer un chemin avec succès en signant La Voie du Jiang Hu, polar atmosphérique reposant lui aussi sur un choc de personnalités - Andy Lau et Jacky Cheung, en l'occurrence. Pourtant, aucun de ces films, à l'exception peut-être de One Nite in Mongkok, n'échappait à une certaine stylisation plus ou moins affirmée, si brillants fussent-ils. Et c'est précisément sur ce point non négligeable que Soi Cheang se distingue radicalement de ses prédécesseurs, en ne donnant jamais aucune excuse au spectateur pour jubiler devant la déferlante de violence qui lui explose à la figure. Sauvage jusqu'au bout des griffes, Dog Bite Dog n'est jamais "cool".
En cherchant un peu plus loin, on serait davantage tenté de rapprocher cette oeuvre coup de poing des polars secs de la fin des années 80 / début des années 90 (The Big Heat de Ringo Lam, O.C.T.B. de Kirk Wong) dont elle emprunte l'énergie brute et la cruauté sans concession. Mais là encore, on est finalement loin du compte. Le film de Soi Cheang se distingue par le réalisme presque organique de son image, dont l'esthétique crade envoûte et répugne à la fois - on pourrait presque sentir la sueur suinter des pores de la peau des personnages, mêlée à l'odeur de sang poisseux. Le traitement nuancé des personnages joue sur la même ambivalence, à travers les parcours inverses de Pang (Edison Chen) et de Wai (Sam Lee), respectivement chien méchant et représentant zélé des forces de l'ordre. Tandis que le premier, élevé comme un animal féroce, découvre par hasard l'humanité qui sommeillait en lui au contact d'une jeune fille simple d'esprit (Pei Weiying ou "Pei Pei"), le deuxième entame une descente aux enfers irréversible, contaminant ce faisant ses collègues et amis qui se voient progressivement entraînés dans sa chute. L'obsession du jeune flic pour le tueur insaisissable, la confusion qui s'opère peu à peu entre le chasseur et sa proie ne sont pas sans rappeler un certain Chien Enragé, classique du polar noir signé Akira Kurosawa, auquel Dog Bite Dog rend directement hommage à travers un prologue énigmatique qui semble extrait d'un documentaire sur les chiens sauvages. Comme pour mieux brouiller les pistes, le réalisateur nous introduit aussitôt après au personnage d'Edison Chen à travers un clin d'oeil explicite à Danny the Dog, dont son film pourrait être perçu comme une variation trash, l'espace de quelques minutes.
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