LE COIN DU CINEPHILE : A GUN FOR JENNIFER (TODD MORRIS)
Tout sur A GUN FOR JENNIFER - Le 2008-01-29 13:40:38"Il faut admirer A gun for Jennifer pour ce qu'il est: un miroir social et brûlant qui révèle une réalité qu'on ne veut pas voir."
Ceux qui aiment la camomille, les lapins roses, les guirlandes électriques et les machins propres sur eux peuvent passer à l'article suivant. Encore là? Alors sachez quand même que A gun for Jennifer reste dans l'esprit de ceux qui l'ont vu comme un Justicier dans la ville au féminin, sexué et hardcore où des personnages de rien sont confrontés à un univers glauque. Dans l'action, ils n'ont pas le temps de penser à la morale et s'assoient dessus. En même temps, ce n'est pas nouveau: au cinéma, les femmes tueuses se révèlent perverses et redoutables, surtout lorsqu'ils choisissent des proies de prédilection souvent réduites à des sexes turgescents, et habitent les oeuvres les plus pro-féministes. La différence, c'est que le film de Todd Morris pousse le bouchon plus loin que les autres. Souvenez-vous il y a près de sept ans du Baise-moi, co-réalisé par Virginie Despentes. Confortablement installé dans sa posture pseudo-transgressive, l'objet cherchait un esprit punk et libérateur pour pimenter la croisade sanguinolente de deux meurtrières qui s'en prenaient aux quidams ayant la malchance de croiser leur regard ou de fréquenter leur intimité. Le précipité, tourné à la va-vite, semblait pourtant n'être qu'un prétexte pour hurler la haine du monde et surtout celle des hommes. D'emblée, le regard d'un homme sur des femmes à la dérive confère une dimension plus intéressante qu'un simple règlement de compte anti-mecs. D'où la bonne idée de choisir un mec pour réaliser cette histoire de vengeance sociale. Et tant pis si ce film boucher fait une mauvaise pub au désir.
Ouvertement, A gun for Jennifer, de Todd Morris s'inspire des rape and revenge, légions dans les années 70 (le discutable I spit on your grave, de Meir Zarchi, où une femme violée se vengeait de ses agresseurs en leur faisant la peau). A sa sortie, en 1995, il fit couler beaucoup d'encre. Ne serait-ce que pour son histoire qui évoque Ms. 45, de Abel Ferrara (1981) (une femme muette incarnée par Zoe Lund se venge de ceux qui l'ont violée à répétition). Une demoiselle tue son mari psychopathe, trouve refuge à New York où elle manque de se faire violer, se fait sauver par un groupe de féministes activistes qui ont décidé de lutter contre les sempiternelles agressions envers leurs soeurs en assassinant ou en castrant leurs cibles. Le phénomène est donc en marche puisque des parodies Z ont sorti des avatars sur le même canevas tel l'inénarrable Psycho Sisters, avec dès la scène d'ouverture une castration en gros plan. Identiquement, en Asie plus précisément, les femmes tueuses qui oeuvrent en tandem ou en solo ont toujours été des sources d'inspiration fécondes. Pour preuve, les catégories III avec des tueuses sans vergogne (Naked Weapon) ou des prédatrices qui simulent l'innocence pour mieux piéger leurs proies (Audition). L'ancêtre de tous étant Prisonnière Sasori de Shunya Ito (1972), véritable ode au féminisme où tous les mecs sont des ordures. La violence des images - qui ne nous épargne rien - ne cherche clairement pas à faire l'unanimité et love le film dans une démarche presque puérile de provocation gratuite. En revanche, il faut admirer A gun for Jennifer pour ce qu'il est: un miroir social et brûlant qui révèle une réalité qu'on ne veut pas voir.
Co-scénariste et interprète principale, Deborah Twiss a chopé le rôle principal de cette production underground qui renoue avec l'esprit des séries B des années 70. Au-delà des oripeaux fictionnels, Twiss connaît ce monde de machos rustauds pour l'avoir abondamment fréquenté comme go-go danseuse: elle a passé deux ans à écumer les bars crapoteux et dû retourner vendre la marchandise pour financer le tournage. Pour l'actrice, ayant largement influencé son homme de Morris dans les parti-pris extrêmes, les intentions étaient simples: subvertir le film noir, genre traditionnellement masculin, et donner les rôles principaux à des femmes. Afin d'en faire des nanas aussi brutales que des mecs, si ce n'est plus. Récemment, Neil Jordan a essayé de transformer Jodie Foster en Charles Bronson dans A vif. Récompense: être cloué au pilori par la critique qui vomit unanimement la morale indéfendable. Les réactions pour A Gun for Jennifer étaient exagérément similaires. Dommage qu'on n'ait vu que l'écume de ce portrait déglingué d'une certaine Amérique avec son sexe cramoisi, ses bouges interlopes et ses laissées-pour-compte. A mille lieux des cartes postales clinquantes.
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Romain Le Vern






















