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CINE : SOI COWBOY

Tout sur SOI COWBOY - La Critique - Photos - Le 2008-05-20 20:43:10



Le nouveau film de Thomas Clay apparaît dès les premières lignes du projet comme une étrangeté. De par son sujet, l'incommunicabilité au sein d'un couple à moins que cela soit autre chose, à ses conditions de tournage, en Thaïlande avec équipe locale en usant de plusieurs types de pellicules, tout le film repose sur une logique pouvant apparaître comme légitimement déconcertante au spectateur inattentif. Soi Cowboy apparaît progressivement comme une belle boîte à surprises dont chaque ouverture amène une nouveauté inattendue. Qu'on se le dise, le dernier film de Clay ne ressemble pas au controversé The Great Ecstasy of Robert Carmichael tout en proposant une intrigante prolongation des obsessions de son auteur ... du moins dans les meilleures fulgurances.

SOI COWBOY
Un film de Thomas Clay
Avec Nicolas Bro, Pimwalee Thampanyasan, Petch Mekoh, Natee Srimanta, Somluk Kuamsing
Durée : 1h57
Date de sortie : Prochainement


A Bangkok, un Européen corpulent vit avec une jeune Thailandaise enceinte, sans vraiment lui parler. Son corps imposant contraste avec la frêle silhouette de la jeune femme. Il lui offre des cadeaux (elle collectionne les peluches) et prend des Viagra. Elle recherche la sécurité et il est le meilleur moyen pour elle de rester éloignée de Soi Cowboy, le quartier chaud où ils se sont rencontrés. Elle l'aime bien, mais coucher avec lui est une corvée. Pendant ce temps, à la campagne, un jeune mafieux est engagé pour livrer la tête de son propre frère...

Il faudra faire preuve d'esprit curieux et ludique afin d'aborder le plus sereinement possible ce drôle de Soi Cowboy, film vaste, inquiétant, lynchien en diable, diaboliquement mis en scène avec un sens du détail vertigineux. Si le précédent film du réalisateur vivait une parenté lointaine avec Orange Mécanique de Kubrick, ici il est plutôt question de l'univers tortueux de David Lynch (on peut penser à Eraserhead pour la première partie, alors que la dernière revêt le type de scénographies vues dans Twin Peaks la dimension ésotérico-fantastique en moins). Au commencement était une chanson entêtante, troublante (You Never Grow Old) faisant défiler le générique intégral avant même les premières images de l'oeuvre. La suite propose l'histoire d'un couple, l'homme est gros, sans doute scénariste pour le cinéma, sa compagne une charmante thaïlandaise est enceinte. Elle contraste d'emblée avec le physique de son ami. L'ambiance au sein du modeste appartement reste assez impersonnelle et froide. Le traitement vidéo épuré des couleurs renforce encore le sentiment d'oppression ressenti. Ajoutons que l'absence de regards directs entre les deux concubins ajoute encore de l'étrangeté à cette relation. Et si nos yeux n'étaient pas guidés vers un cadre au mur trahissant un couple heureux et uni, nous n'aurions sans doute jamais soupçonné la chose possible.


A la faveur d'un quotidien anodin, du pain dans un toaster, un micro-onde, un macbook, un iPod, le cinéaste filme longuement des objets usuels contemporains avec des mouvements de caméra amples et lancinants, et nous donne à voir la représentation de besoins vitaux (manger ... sans l'aspect tactile de la cuisine et le plaisir du goût) et accessoires (un baladeur mp3 n'étant pas indispensable pour écouter de la musique et n'étant pas à même de retranscrire toute la finesse et la beauté de la musique). La disparition du plaisir se retrouve plus directement au sein de la cellule du couple. Toby, l'homme, en est réduit à se masturber dans le lit conjugal suite aux refus répétés de sa compagne de faire l'amour. Celui-ci en est aussi réduit à devoir acheter du Viagra pour se sentir homme dans la force de l'âge. De nombreuses sensations prolongent le malaise ressenti à la vision de ces deux personnages si étrangers l'un à l'autre.

Nous laisserons la surprise des autres parties du film dans cette critique cannoise, et les envolées narratives se montrent d'une beauté folle. Une constatation qui ne mettra pas chaque spectateur sur un pied d'égalité, tant l'oeuvre se montre exigeante et parfois hermétique à celui qui ne se laisserait pas porter par les pérégrinations audacieuses à l'écran. Loin de mériter des louanges divines (l'ensemble semble manquer de « cohérence » dans sa déconstruction, et on a bien du mal à s'attacher aux différents personnages), le film se montre suffisamment recherché pour justifier une réflexion alléchante qui appartiendra à chacun. On peut comparer cette sensation à un film de Lynch, bien que le film de Clay soit plus « terrien », moins ésotérique. Le voyage est donc à tenter, en ayant conscience des efforts nécessaires pour apprécier cette oeuvre dense et ambiguë au doux parfum nacré.

Vincent Martini

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