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LE COIN DU CINEPHILE : LA PROIE NUE (CORNEL WILDE)

Tout sur LA PROIE NUE - Photos - Le 2008-06-24 06:13:47


C'est en apprenant le maniement de l'épée à Laurence Olivier que Cornel Wilde est entré dans le monde du cinéma. Tout d'abord, comme acteur chez Cecil B. DeMille (Sous le plus grand chapiteau du monde) et Joseph H. Lewis (The Big Combo); ensuite, comme réalisateur. Pendant 20 ans, il va assurer huit films - mais huit films rares - dont il assume souvent la production, l'interprétation et le scénario. Parmi eux, Le virage du diable (1957), plongée dans le monde impitoyaaaable des courses de voitures; Tueurs de feux à Maracaibo (1958), virée de pompiers chargés d'éteindre les puits de pétrole embrasés; Lancelot, chevalier de la reine, en 1963, où il joue le rôle éponyme (avec l'accent français de circonstance) et laisse celui de Guenièvre à sa femme, Jean Wallace. Mais ce ne sont que des hors d'oeuvre face au chef-d'oeuvre tourné trois ans plus tard: La proie nue, une sorte de survival tripal qui se situe en pleine Afrique noire dans les années 1860. Un aventurier blanc, spécialisé dans les safaris, est poursuivi dans la brousse par une tribu belliqueuse après avoir vu toute son équipe décimée dans des conditions atroces. Cornel Wilde y ose un film cru, violent, sans parole ou presque - ce qui invite aux mauvaises interprétations - qui a constitué une source d'inspiration majeure pour Mel Gibson sur Apocalypto. En l'état, il n'est disponible que dans une édition zone 1 chez Criterion et hélas toujours pas en zone 2. Mais que font les éditeurs?

"La puissance de ses images, peu voire pas communes, dans le cinéma d'alors interpellent le regard. Et des scènes entières, mues par une énergie dévastatrice, restent gravées dans l'inconscient cinéphile."




LA PROIE NUE de cornel wilde

Comme pourrait dire le grand Clint Eastwood, La proie nue, c'est l'histoire d'un «chasseur blanc» au «coeur noir». A l'origine, il y a un fait divers qui a donné lieu à une histoire écrite en 1913 - et lue par Paul Giamatti dans les suppléments de La proie nue disponibles sur l'édition Criterion. Aux Etats-Unis, John Colter, un pionnier trappeur, est traqué par des Amérindiens BlackFoot furibards. Cornel Wilde utilise cet argument pour le déplacer en Afrique et radiographier les dégâts monumentaux causés par l'homme blanc sur le continent africain, les noirs, la faune, la flore etc. A l'arrivée, loin de s'embourber dans des considérations écologiques tannantes, le film ne dure qu'une heure et demie et ne fait que relater la course poursuite d'un homme dans des paysages naturels arides confrontés à toute sorte de menaces (végétaux vénéneux, fauves impitoyables, africains à sagaie). En surface, le résultat pose sans en avoir l'air les fondements du genre survival, ne serait-ce que dans la gestion de l'espace et du temps. En substance, le récit relate une chasse à l'homme sur un rythme échevelé où un homme doit survivre dans un univers du genre très hostile. Cornel Wilde se donne le premier rôle de l'homme blanc qui court. Son personnage est baptisé «The Man» (on n'entendra pas son prénom) pour renforcer la dimension symbolique d'une fable universelle. En tant que réalisateur, il ne souffre d'aucune contestation et livre un bloc perturbant dont les images continuent de hanter longtemps après la projection. Même dans les moments les plus anodins, dans les plans presque contemplatifs qui scrutent patiemment une nature au creux de ses ambivalences, à la fois belle et moribonde, généreuse et dangereuse. En tant qu'acteur, c'est déjà plus discutable: on retient plus ses capacités sportives (il a été un ancien athlète et ça se voit) que son jeu d'acteur. En même temps, il n'a pas de dialogue ni même de scènes complexes à interpréter: le registre est purement physique.



LA PROIE NUE de cornel wilde

Peu importe au fond: la puissance de ses images, peu voire pas communes, dans le cinéma d'alors interpellent le regard. Et des scènes entières, mues par une énergie dévastatrice, restent gravées dans l'inconscient cinéphile. En particulier, le premier massacre des membres du safari par les Africains qui file une trouille bleue. C'est sans doute le climax de La Proie nue qui joue autant sur le viol de l'identité que la violence inattendue: il a servi tous les mondo et Ruggero Deodato l'a certainement analysée en long, en large et en travers pour dépeindre les rites de sa jungle cannibale dans Cannibal Holocaust. Les inserts animaliers servent à établir une résonance entre l'homme et la nature, unis dans la même sauvagerie, sans morale ni codes. Ce qui rend La proie nue si mémorable, c'est son refus des conventions cinématographiques alors en vigueur. Un peu comme plus tard Mel Gibson que l'on assimile à un fou intégriste en tournant Apocalypto et qui reproduit un schéma existant depuis près de quarante ans maintenant. Premier signe qui gratte l'image Hollywoodienne et si policée de Cornel Wilde: la bande-son qui ne respecte pas les canons habituels en étant essentiellement composée de tambours africains (le magnifique générique de début évoquant celui, trompeur, des Proies, de Don Siegel). D'ailleurs, le film n'a pas été tourné dans un studio mais près du Parc Kruger en Afrique du Sud. Ensuite, les influences revendiquées au cinéma de genre. Impossible de ne pas penser à La chasse du Comte Zaroff ou encore au Jugement des Flèches de Samuel Fuller. Péché véniel tant La proie nue va être par la suite pompé et repompé par tout ceux qui oeuvreront dans le survival burné. Enfin, la sauvagerie et la violence inouïes pour l'époque qui ne font pas dans la dentelle et sautent aux yeux du spectateur.

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