
Romain Le Vern 8
TOKYO SONATA
Un film de Kyoshi Kurosawa
Avec Teruyuki Kagawa, Kyoko Koizumi, Haruka Igawa, Yu Koyanagi, Kai Inowaki
Durée : 1h25
Date de sortie : 04 Février 2009
Festival de San Sebastian

TOKYO SONATA de kiyoshi kurosawa
Papa est un salary-man qui a honte de confesser à sa petite famille qu'il a été licencié sans préavis, qu'il passe ses journées à errer avec son attaché caisse avant de faire un tour aux soupes populaires et qu'il rentre le soir avec la peur au ventre que toute cette famille vole en éclats. Maman, elle, pense que quelque chose ne tourne pas rond dans sa vie et se contente de jouer les bobonnes au foyer. Grand fiston a envie de changer de peau pour rejoindre les soldats US et faire la guerre. Petit fiston, lui, a envie d'être un artiste, traîne sa solitude dans les rues désertes, trouve un piano dans les poubelles et s'imagine parmi les grands de ce monde. Le point commun de ces quatre-là ? L'envie de changer de vie. A chaque fois, un train frôle leur maison, émet un fil de lumière qui irradie le foyer, sublime les visages et symbolise en même temps une lente aliénation. A chaque fois, un élément (ou un événement) leur ouvre une brèche. Ils s'y enfoncent, n'en reviennent pas toujours. Mais chahutent leur quotidien tristounet.

TOKYO SONATA de kiyoshi kurosawa
Il suffit de voir les premières images de Tokyo Sonata pour comprendre que ce nouveau Kurosawa ne sera pas un Kurosawa comme les autres : un plan fixe épuré balayé par un travelling discret qui évoque autant Ozu que Yoshida. La mère de famille ferme la fenêtre parce que dehors, la tempête gronde. Ce ne sera pas suffisant pour protéger son foyer déboussolé d'autres tempêtes, intérieures celles-ci. Pour ceux qui d'ordinaire sont rétifs au cinéma du jeune Kiyoshi Kurosawa, Tokyo Sonata risque pourtant de plaire à tout ceux qui ne voyaient en lui qu'un poseur outrecuidant, fier de ses effets, incapable d'y greffer la moindre touche personnelle (depuis ses débuts, on ironise sur son patronyme trop prestigieux ou alors on l'assimile à un sous-Nakata). Or, ici, il est impressionnant de voir à quel point son nouveau long métrage possède justement cette personnalité que l'on a longtemps cherchée. Habitué aux histoires de fantômes et au genre fantastique - dont il essayait tel un artisan de démonter les ficelles usuelles avec l'élégance d'un Tourneur -, Kurosawa négocie un virage et décortique un drame social - genre certes pas nouveau pour lui (voir License to Live, Séance et Jellyfish) mais dans lequel il n'a jamais convaincu - fondé sur l'éternel dysfonctionnement familial nippon. Sujet battu, rebattu, re-rebattu, mais qui, pour le jeune cinéaste, sert de terrain d'expérimentation à la fois formelle et narrative.















































