LE COIN DU CINEPHILE : PHASE 4 (SAUL BASS)
phase 4
"La bizarrerie du film réside dans son mélange des genres. Phase 4 tient à la fois de la science-fiction (menace potentielle pour la planète), l'horreur aux reflets fantastiques (l'invasion des fourmis sanguinaires) et le film de guerre (opposition farouche entre les humains et les fourmis - les humains étant assimilés à des envahisseurs)."
Dans le désert d'Arizona, une menace souterraine gronde. Suite à un phénomène, un savant (Nigel Davenport) et un spécialiste du langage animal (Michael Murphy) étudient le comportement des fourmis qui selon eux se révèle de plus en plus étrange. Pendant ce temps, les prédateurs les plus redoutables disparaissent et les araignées se font becter. Pendant ce temps bis, les deux hommes buttent des édifices et s'attirent les foudres desdites fourmis bien décidées à donner une leçon humaine à ses humains trop bêtes. Non loin, vit un couple de vieux fermiers déphasés, inconscients de ce qui va se produire, et leur petite fille qui aime à faire des balades à cheval pour tromper son ennui. Le tour de force de Phase 4, c'est de (faire) croire à l'incroyable : montrer des fourmis se comporter comme des êtres humains selon des rituels et des codes hiérarchiques, faire flipper avec des éléments a priori inoffensifs, sonder la folie qui travaille au corps et menace l'esprit.
phase 4
Pour commencer, la bizarrerie du film réside dans son mélange des genres. Il tient à la fois de la science-fiction (menace potentielle pour la planète), l'horreur aux reflets fantastiques (l'invasion des fourmis sanguinaires) et le film de guerre (opposition farouche entre les humains et les fourmis - les humains étant assimilés à des envahisseurs). La morale qui en résulte, c'est que la nature déteste l'organisation. Le scénario oppose la solitude des deux scientifiques, cloîtrés dans leur centre d'études et leurs machines prétendument infaillibles - et pourtant, comble du ridicule, sabotés par des fourmis -, et l'organisation suprêmement intelligente des bestioles qui ne s'embarrassent pas de calculs mathématiques pour s'organiser. Les fourmis sont scrutées à échelle humaine et si on y croit à ce point, c'est aussi grâce à Ken Middleham, spécialisé dans la macro-photographie, responsable de certaines fulgurances comme le cimetière des fourmis. En travaillant la montée de l'angoisse comme pas grand monde (la collaboration avec Hitchcock a certainement beaucoup servi notamment pour la répétition presque maladive des détails), Saul Bass part de l'infiniment petit (la société microscopique des fourmis) pour emmener vers l'infiniment grand (une résolution apocalyptique). A ce titre, la scène finale, métaphorique, est aussi surprenante et cruelle que celle de Soleil Vert, de Richard Fleischer.
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