
santa sangre
Deux de vos films sont toujours inédits en zone 2 : Tusk et Le voleur d'arc en ciel. Pourquoi ?
Et heureusement qu'ils sont inédits ! Heureusement, parce que si certains spectateurs aiment ces films, moi je les déteste. Sans doute car ce sont des films de compromis. Dans Tusk, il y a une demi-heure de trop que je n'ai jamais réussi à couper, et ça m'emmerde. Pour donner une image du film, ce serait un homme qui marche dans la rue avec une bosse. Je veux couper la bosse. Le voleur d'arc en ciel, c'est le premier film industriel que je faisais pour voir ce que c'était. Je garde un mauvais souvenir du producteur Alexander Salkind, le producteur de Superman qui s'était adjoint les services de sa femme. Sa femme, elle, était mexicaine et se revendiquait comme une intellectuelle alors que lui, voyait tout le côté économique. Il existe du coup trois versions de ce film : la mienne qui est complète, celle de la femme qui coupe toutes les scènes d'action et celle de son mari qui enlève tout ce qui relève du spirituel. Et je ne sais même pas quelle version les spectateurs peuvent découvrir aujourd'hui. Maintenant, ils peuvent s'en contenter...
La grande scène de meurtre dans Santa Sangre est tournée, montée et photographiée comme un giallo de Dario Argento. Cela ressemble surtout à une compromission de votre part, indépendamment de son efficacité.
L'influence de Dario Argento dans cette scène vient surtout de son frère, Claudio, qui a produit Santa Sangre et voulait à l'origine que je fasse un film de serial-killer. Il est également intervenu dans l'écriture du scénario, ceci expliquant cela. La scène de meurtre est la seule compromission, si je puis dire, une scène extrêmement violente comme il la voulait. Mais c'était tout. A l'arrivée, la scène est si violente que Claudio pensait que les spectateurs seraient effrayés. Cela étant, en règle générale, j'évite d'avoir des influences quand je réalise un film. J'aime beaucoup le cinéma, je vois beaucoup de films, mais lorsque j'en réalise un, je ne cherche jamais à faire des hommages. J'essaye toujours de construire des plans qui m'appartiennent.
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Mise à part cette scène, vous détournez littéralement les codes d'un film de genre avec une liberté hallucinante. Comment avez-vous fait ?
Tous mes films fonctionnent sur cette idée de contourner des codes. Prenez El Topo qui prend les bases d'un western pour le transformer en quelque chose de plus personnel. Santa Sangre est un film de crime mais le thème principal est toujours détourné. Ça se transforme en critique sociale, en drame psychologique. Je mets au même niveau la religion et la sexualité. J'aime beaucoup aussi, lorsque je crée une image, proposer différents niveaux d'interprétations. J'adore l'idée que le spectateur interprète tout comme il veut, sans que ce soit nécessaire d'expliquer. Pendant Santa Sangre, j'essayais d'être l'antithèse de Hitchcock. Alfred Hitchcock dirigeait le regard du spectateur, il lui donnait à voir ce qu'il fallait voir et contrôlait ses émotions. Il faisait ça à la perfection, comme un mathématicien. On peut considérer ça comme une prise de pouvoir et je n'aime pas, personnellement. Si tu vois une seule image de mon film, tu peux aimer ou détester, tu peux rire ou t'émouvoir mais je ne contrôle pas les émotions. Je pars du principe que dans la vie, toutes les émotions sont mélangées et que les films doivent rendre compte de ces ambivalences.
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