"Sous ses allures de Salo, ou les 120 journées de Sodome oriental et bisseux, Lost Souls reste un objet calibré pour rincer l'oeil du pervers que la caméra de T. F. Mou ne manque jamais de flatter."
LOST SOULS de t. f. mou
A défaut de figurer dans les anthologies de cinéma, T. F. Mou, absent des écrans depuis maintenant plus de quinze ans après des suites fumeuses et des projets voués à l'échec, reste une énigme. On retient de lui une collection de films déviants qui cherchent à défier les limites du soutenable et une fascination pour l'exploitation de la chair. En réalité, ce cinéaste d'origine Taïwanaise a commencé à se faire connaître à partir du moment où il est parti travailler en Chine dans les années 70 pour la Shaw Brothers, naguère avide de recruter des cinéastes prolixes pour tourner plusieurs films par an (la Shaw ne se limitait pas, contrairement à ce que beaucoup continuent de penser, à un genre particulier). Là-bas, T. F. Mou se comporte comme un brave faiseur en enchaînant des projets disparates. Avec Lost Souls, il signe son dernier long métrage pour la Shaw Brothers. Le plus libre. C'est aussi son plus douteux.
LOST SOULS de t. f. mou
Sans le savoir, il préfigurait tous les excès qu'il allait commettre par la suite en se fourvoyant dans la représentation de la violence barbare à l'écran. C'est amusant dans ce cas précis car il est déjà question, des années avant Camp 731 : Men behind the sun, de broder autour d'un fait historique. Ici, des immigrants chinois, fuyant vers Hong Kong dans l'espoir d'une vie meilleure, qui sont emmenés de force dans un camp tenu par des esclavagistes modernes et finissent humiliés, violés, exterminés. En regardant le film, certains risquent d'être confrontés au même problème qu'avec Salo, et les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini (toutes proportions gardées), arguant que le prétexte de la dénonciation sociopolitique du fascisme ordinaire "autorise" toutes les atrocités. Ainsi, sous l'argument bidon (stigmatiser la cruauté des mafias locales envers des clandestins sans défense), T. F. Mou propose de l'exploitation pure avec suffisamment de nudité frontale, de viol collectif, de bassesse, de transgression et de sang pour réjouir ceux qui aiment voir ça au cinéma.
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