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INTERVIEW : CHRISTOPHE MALAVOY (ZONE LIBRE)

Cultivé et généreux sont les qualificatifs qui viennent à l'esprit lorsqu'on parle de Christophe Malavoy. Simple et posé, il parle de son film avec une incroyable humanité, donne son avis naturellement, sans juger, modestement. Une lumineuse rencontre.

zone libre


Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette nouvelle aventure ?
Lorsque Nelly Kafsky m'a proposé d'adapter ce livre de Jean-Claude Grumberg, un auteur que j'apprécie, j'ai été séduit, l'intérêt artistique était évident pour moi. Je trouvais intéressant de partir du théâtre pour aller au cinéma parce que j'essaye d'éliminer les frontières pour toujours dresser des ponts entre les modes d'expression différents. Adapter, c'est aussi modifier, faire évoluer. Il y a une matière évidente dans les dialogues de Grumberg qui sont beaux et aujourd'hui il y a trop de films handicapés à ce niveau. Il y a de plus en plus de films et de moins en moins de sens. J'ai pris le parti de ne pas rentrer dans le sensationnel, de ne pas utiliser la violence gratuitement, donc j'ai été à contre courant de ce qui se fait un peu aujourd'hui. Prendre des dialogues qui ont du sens et qui sont écrits, et ne pas montrer la guerre, on la voit tous les jours à la télévision et en direct. Mais en revanche la violence sourde, qui ne dit pas son nom et qui s'immisce entre les gens est celle que j'essaye de raconter dans ce film. Cette menace, ce danger, cet arbitraire de gens qui décident tout à coup de faire des lois anti juives. On n'est pas à l'abri aujourd'hui de ce type de lois, sur l'exclusion par exemple. La menace est toujours latente et il faut rester en éveil. L'un des rôles du cinéma est de nous apporter un supplément d'âme. Il ne faut pas se contenter d'être un consommateur d'image et de son, il faut pouvoir s'identifier aux personnages, essayer de les comprendre. Nous vivons tous ces moments de solitude, de désarroi, de trahison, pas au même moment, mais nous sommes tous le fruit de ces instants de joie, de douleur, de peine, d'enthousiasme, d'espoir, de mensonge. Ce que je trouve beau dans l'oeuvre de Grumberg c'est qu'il y a toujours le rire et les larmes qui se côtoient, comme dans la vie.



Vous avez apparemment mis un certain temps à monter ce projet, vous vous êtes heurté aux refus de producteurs ?
Le montage financier du film s'est révélé effectivement assez complexe, difficile. Il faut nécessairement s'associer à des chaînes de télévision, certaines se sont retirées et il a fallu en trouver d'autres. La problématique la plus délicate étant que je tenais à certains de mes choix, notamment autour de l'ensemble du casting, qui ne reposait pas uniquement sur des vedettes. Je tenais particulièrement à avoir des gens issus du théâtre et peu connus du grand public pour accréditer une vérité que je recherchais. On m'a poussé à prendre des gens plus médiatiques pour trouver plus facilement les financements du film, je me suis tenu à cette distribution que je savais être juste, je n'ai pas cédé au pouvoir des chaînes.

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