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critique LE BAL DES ACTRICES (2008) (Critique Cin�ma)
2/9/2009 6:27

           

     LE BAL DES ACTRICES  * * * *

        2008 – 105 minutes – Snd

        Réalisé par Maïwenn

        Avec : Maïwenn, Julie Depardieu, Jeanne Balibar, Mélanie Doutey, Romane Bohringer, Karin Viard,    

        Muriel Robin, Charlotte Rampling…

        Sortie : 28 janvier 2009

 

Le Bal des casse-pieds

 

Premier film de Maïwenn réalisatrice, Pardonnez-moi avait autant surpris que plu aux critiques et au public. Deux ans après, le poil à gratter du cinéma français revient à la charge pour parler des actrices et de leurs personnalités. Folles, fragiles, superficielles, mégalos, sublimes… nous vend l’affiche mais ils auraient pu rajouter sensibles, drôles, émouvantes, tellement elles regorgent d’émotions variées et diverses dans ce projet qui à la base avait tout du film casse-gueule. Rappelez vous il y a quelques mois, la réalisatrice Laetitia Colombani nous offrait une comédie bien molle sur un fan d’actrices mettant en scène Deneuve, Béart et la jeune Mélanie Bernier. Rien dans ce film ne traduisait vraiment ce que pouvait ressentir une actrice face à la compétition qui règne dans ce métier. Ici Maïwenn se rapproche plus du travail d’Ozon effectué sur son 8 Femmes que de celui, superficiel, de Colombani.

 

Première séquence : Maïwenn, interprètent toujours son propre rôle, lit les Cahiers qui titre « le réel – documentaire » ou un truc dans le genre et fait un gentil écho aux films de la Nouvelle Vague qui faisait la promotion de cette presse qui avec le temps est devenue une entité très étroite et très prétentieuse. D’ailleurs dans une autre scène du film, elle parle non sans ironie des Inrocks et de toute cette fange intellectuelle qui la soutiennent. Elle est comme ça Maïwen, elle s’en fout de tout! Et c’est son personnage qui fait tout son univers. Dans Pardonnez-moi, elle était l’épicentre d’une œuvre semi-autobiographique et donnait déjà beaucoup à voir du narcissisme et de l’égocentrisme de l’actrice.

 

Ici, souvent remise à sa place par son compagnon (Joey Starr parfait dans le rôle) où même conspuée en fin de métrage dans une scène de projection privée catastrophique, elle est toujours cette grande asperge qui ne mâche pas ses mots, qui se la pète souvent mais qui arrive à attendrir par son côté à vif. Mais avec beaucoup de recul et d’humour elle s’auto flagelle avec une ironie cinglante que n’aurait pas refuser le maso Mel Gibson. Ici après cette intro drolatique (son petit qui s’en fout du t-shirt de son film que personne ne connaît et qui veut mettre le t-shirt Ntm de papa), Maïwen interprète la première chanson du film et instaure une chorégraphie aussi colorée que bordélique. Le système du film est donc lancé. Faux docu, faux réalisme avec vrais moments personnels entrecoupé par des séquences musicales plus ou moins égales en terme de durée. 

 

Elle commence par suivre Karin Viard (l’un des segments les plus drôles) qui prend le melon et veut s’expatrier aux States car, dit-elle, la France devient trop petite pour elle. De cours d’anglais à un casting désastreux, Viard se montre mordante de prétention, touchante à force d’exagération. Et Maïwen qui la suit avec sa caméra dv. (ah la scène de Pardonnez-moi où elle part acheter cette caméra) sert plus de poil à gratter que de brosse à reluire. Et le film se lance sur ce mode segmentant chaque actrice ne les faisant se rencontrer qu’à la toute fin dans une scène d’anthologie.

 

Ce qui frappe en premier dans ce second film c’est l’aspect hilarant et jubilatoire de ce miroir tendu à la profession d’actrices toutes plus folles les unes que les autres. Celles qui réussissent mais qui sont chiantes (Doutey), celles qui rament pour y arriver (Karole Rocher), celles que plus personne n’engage (poignante Romane Bohringer)… Il y a beaucoup d’impudeur à parler de choses qui leur sont arrivées et qui continuent de leur arriver tout en interprétant une image d’elles-mêmes plus que d’être elles-mêmes. Et cette mise en abyme séduit, fascine autant qu’elle effraie. Qui sont-elles vraiment ? Des monstres aux egos surdimensionnés ? Des femmes qui veulent plus d’attention que les autres et qui ne se retrouvent que dans le désir des metteurs en scène ? Le mystère au bout de la projection reste entier mais quelle projection ! Quel panache ! Il faut au moins reconnaître l’audace et le panache que véhicule ce film bourré de drôlerie et d’émotions diverses.

 

Tout d’abord je ne pensais jamais éprouver tant d’émotion et de compassion pour des actrices telles que Muriel Robin ou Estelle Lefebure. En cela Maïwen réussit le pari fou de mélanger actrices de tous horizons. Doutey en jeune et insupportable première (« tu crois que ça fait narcissique tous ces portraits de moi ? »), Julie Depardieu rêvant d’enfanter, Marina Foïs névrosée de la tête aux pieds ne comprenant pas l’étiquetage fait aux comédiennes ou encore Maïwenn dans ce rôle de bulldozer drôle et effrayant de cruauté… Elles sont toutes au diapason de cette œuvre radicale mais fédératrice. Jamais la réalisatrice ne choisit une seule partie de l’audience. Elle s’adresse à tous les spectateurs qui aiment sortir un peu des sentiers battus et évidemment tous ceux qui aiment le cinéma et ses actrices.

Ce miroir légèrement déformé ne vous apprendra jamais rien de nouveau sur ce métier (on repense à toutes les œuvres Hollywoodiennes sur le sujet : Baby Jane, Sunset Boulevard ou Opening Night pour ne citer que les plus fortes) mais vous fera passer un excellent moment de pur cinéma, quoique qu’en disent certains, dans un entre-deux qui réjouira autant les cinéphiles que les lecteurs de magazines people. Drôle, émouvant, frais, formidablement interprété, jouant sur plusieurs champs d’images (caméra dv branlante, 35 mm formidablement cadré…), prouvant que, avec ce second opus (étape difficile pour les cinéastes), Maïwenn reste inspirée et inspirante. Coup de cœur.

                




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