Composante incontournable du cinéma quoique l'on en pense, la violence tient à l'écran, la même place que l'amour : inévitable, inévitée et faisant partie du devenir de l'être humain et donc des représentations artistiques. Et pourtant, elle ne s'y affiche pas de la même manière. En effet, là où le médium a tendance à enjoliver l'acte d'amour, son rapport à la violence est au moins aussi empreint de morale que ne l'est sa relation à la sexualité et à ses déviances. Et cette dernière suscite autant de tollés que d'interdictions. Preuve en est que l'ensemble des interdictions ou restrictions souvent contestables ayant eu lieu en France ces dernières années portent sur l'une ou l'autre de ces liaisons dangereuses. Toutefois, à l'instar du rapport au corps, la violence s'impose de plus en plus comme le moteur dramatique de nombre de scénario. Dès lors, au fur et à mesure du temps, elle s'est banalisée et nos sociétés en tolèrent la représentation en même temps qu'elles en multiplient les preuves. Au cinéma avec le temps, cette dernière s'est de fait immiscée partout. Insidieuse ou montrée, aussi bien physique que verbale ou psychologique, nul n'y échappe.
Ainsi, de plus en plus tolérée au fil des années, son exposition va varier inéluctablement. Rarement idéalisée, souvent stylisée, elle évoluera avec le temps et les moeurs des sociétés qui décident de la mettre en image ou de la penser comme essentielle. De fait, la violence vécue, montrée et recrée dans les années 1970 (
Easy Rider,
La Montagne sacrée,
Vol au dessus d'un nid de coucou,
Chiens de paille...) n'a que peu à voir avec celles des trois décennies suivantes. La décennie 1980 l'aura associée à la force et au pouvoir (
Rambo,
Scarface,
Alien,
Terminator,
Predator...), la décennie 1990 l'aura aseptisée et rendue paradoxalement omniprésente. Quand à celle que nous vivons actuellement, elle en aura fait un sujet de cinéma en lui-même, tout en capitalisant dessus et en faisant assaut de réalisme pour la représenter dans son surgissement.
Sorte de nouvelle frontière avec la monstration inséparable de l'horreur, elle connaît donc une destinée particulière. Avec la sortie de
Shotgun Stories où cette dernière se fait sourde et destructrice, l'occasion est donc belle de revenir sur quelques moments qui marquent cette évolution par le biais de quelques films qui interrogent les raisons de son emploi, de son choix et de la manière de les inscrire sur pellicule.
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