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CINE : SWEENEY TODD, LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET

Tout sur SWEENEY TODD - La Critique - Photos - Le 2008-01-17 22:29:55


Un opéra baroque et tragique qui permet à Burton de se surpasser. Enfin. La meilleure nouvelle de ce début d'année au cinéma.

Romain Le Vern 7
On comprend mieux - après l'avoir visionné - pourquoi Sweeney Todd, le nouveau film de Tim Burton, ne sort pas chez nous pendant les fêtes de Noël. En apparence, on pourrait le considérer comme l'antithèse d'un conte de fées avec des personnages moralement discutables, des codes imposés qui passent à la moulinette gore, des parenthèses musicales parodiques et une «unhappy end» d'une beauté fulgurante. En substance, il s'agit d'un vrai bloc de noirceur pure fomenté pour ceux qui aiment la beauté nichée dans la laideur et les psychologies détraquées. Il faut se réjouir d'une telle prise de risque dans le cinéma de Burton plus consensuel (comprendre plus mainstream) et moins séduisant (comprendre moins marginal) depuis ces cinq dernières années. Après le remake bordélique de La planète des singes, l'introspection mélancolique de Big Fish, le cacao numérique de Charlie et la chocolaterie et l'animation chic des Noces funèbres, il revient de manière radicale à ses premières amours funèbres à travers cette farce enchantée, gore, tragique et grotesque de très haute tenue. C'est peut-être même son film le plus désenchanté depuis Edward aux mains d'argent. C'est dire son importance.

SWEENEY TODD, LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET
Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Sacha Baron Cohen...
Date de sortie: 23 janvier 2007


L'histoire est simple. Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le "Demon Barber of Fleet Street" qui "rase la gorge des gentilshommes dont on n'en entend plus parler après". Impossible de faire l'impasse sur ce fait: l'appréciation de Sweeney Todd découle essentiellement de la manière dont on perçoit l'évolution de Tim Burton au cinéma. Si certains se contentent de ses opus, d'autres au contraire émettent de lourdes réserves sur le fait que le cinéaste gothique du dark et du freak s'est assagi depuis qu'il est devenu père (à son tour) et s'est ainsi mué en vieux loup mélancolique qui médite sur les relations filiales (Big Fish) ou s'effondre dans la niaiserie chocolatée avec une touche de perversité pour faire plaisir à son jeune fils (Charlie et la chocolaterie). Deux clans farouchement opposés donc. Sur Sweeney Todd, les rôles devraient - pour une fois - être inversés: la première catégorie, majoritairement constituée de (jeunes) spectateurs, risquent d'être déroutés par un virage aussi outrancier; la seconde, en revanche, doit se réjouir de retrouver un Burton impertinent qui n'a pas peur de se vautrer dans le purin existentiel ou même d'imposer ses idées les plus démentes. C'est d'autant plus inattendu qu'en surface, le projet paraît plutôt impersonnel.


Sweeney Todd est l'adaptation d'une comédie musicale sanguinolente de Broadway tirée d'un fait-divers. Le virtuose a été jusqu'à reprendre les parenthèses musicales (un peu trop nombreuses) de Stephen Sondheim, le créateur, en ne s'attribuant pas les services du complice Danny Elfman. On peut prendre cette décision comme une nécessité d'expérimenter et de prendre l'air. Tel quel, il s'agit d'un opéra baroque et macabre, jamais tendre, ouvertement grand-guignolesque. Une farce déglinguée pourvue d'une beauté insolente qui tend à rassurer ceux qui n'espéraient plus rien. Une fois passée l'appréhension des premières images (une légère peur du formatage), on retrouve tous les éléments essentiels de son style allant de l'ironie au cynisme, de l'humour noir à la poésie macabre. On erre quelque part entre la noirceur lumineuse de Sleepy Hollow, la folie douce de Ed Wood et la beauté désespérée de Edward aux mains d'argent sans jamais avoir l'impression d'une redondance. Au contraire, le réalisateur se surpasse. Le défaut d'un tel enthousiasme peut résider dans la densité dramatique qui affiche les limites du matériau d'origine et les contingences de la transposition théâtre/cinéma dont Burton s'accommode pourtant avec maestria. Au niveau de la cadence ou même de la gestion de l'espace, cela peut poser problème. Surtout lorsqu'un élément bankable comme Sacha Baron Cohen (Borat) disparaît brutalement de l'écran alors qu'il est censé apporter du sang neuf (au propre comme figuré) et un regard nouveau sur les évènements.

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