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CINE : TOWELHEAD (COUP DE COEUR)

Tout sur TOWEL HEAD - La Critique - Photos - Le 2008-09-05 09:29:31


Le premier long métrage de Alan Ball repose sur l'ambiguïté des gestes, des regards, des désirs et des bonnes intentions. Confirmation après la série Six Feet Under du talent inouï d'un artiste très précieux.

Romain Le Vern 9
Ce premier long métrage d'Alan Ball était attendu comme le messie par tout ceux qui ont été bouleversés - à raison - par Six Feet Under. Une série inestimable qui jouait sur les contrastes (parler de la mort pour célébrer la vie) et les intuitions (personne n'est ce qu'il semble être) en balançant des vérités - parfois cruelles - sur le rapport que l'on entretient avec les autres et soi-même. On aurait pu craindre un de ces films de scénariste qui privilégie le fond (riche) à la forme (pauvre). Mais ce serait oublier qu'Alan Ball a eu le temps de faire ses preuves comme réalisateur en tournant quelques épisodes de Six Feet Under - notamment le dernier, déchirant, où par la grâce d'un sublime morceau de Sia (Zero 7), le spectateur, en larmes, accompagnait une série vers sa propre mort. Ses plans tenaient plus du cinéma que d'une syntaxe télévisuelle. Même s'il s'agit de l'adaptation d'un roman d'Alicia Erian, Towelhead repose avant tout sur une spécialité de cet artiste : parler des tabous (la pédophilie, la sexualité chez les ados) et des préjugés (l'hypocrisie sociale, le racisme) en dosant les émotions avec autant de crudité que de finesse. Une nouvelle preuve qu'Alan Ball ne nous prend pas pour des cons et nous amène toujours à disséquer ce qui nous dépasse ou nous dérange. C'est aussi et surtout une belle définition de l'art. Et bien plus encore.

TOWELHEAD
Un film de Alan Ball
Avec Summer Bishil, Toni Collette, Aaron Eckhart, Maria Bello, Peter MacDissi
Durée : 2h04
Date de sortie : 12 Novembre 2008




TOWEL HEAD de alan ball

Comme dans Six Feet Under, Alan Ball ausculte les états d'une famille brisée, en manque total d'amour. Elle réunit Jasira, une adolescente d'origine libanaise qui découvre le désir sexuel en tombant sur les magazines masturbatoires du père de son jeune voisin ; un père de famille en quête d'une nouvelle peau qui essaye de s'intégrer à l'American way of Life en clamant son amour pour la politique de Bush ; et une mère absente qui privilégie son épanouissement personnel à celui de son enfant. A partir de ces personnages, il en développe d'autres, secondaires, qui interviennent de manière directe avec les membres de cette famille : un voisin patriote (Aaron Eckhart, toujours aussi sous-estimé) qui tente de masquer des pulsions inavouables derrière des valeurs et des drapeaux de pacotille ; une voisine secrètement taraudée par la maternité (Toni Collette, revenue de Little Miss Sunshine) qui découvre l'ambiguïté de ses bonnes intentions... A travers la peinture d'un microcosme, coeur névralgique des évolutions politiques d'un pays (la guerre du Golfe est évoquée en filigrane), Ball présente la fausse image que des hommes et des femmes essayent de véhiculer en société et révèle ce qui les titille secrètement. Entre les deux, un fossé vertigineux qui nourrit toute la substance du récit.




TOWEL HEAD de alan ball

Alan Ball gratte le vernis des apparences pour donner à voir ce que l'on ne voit généralement pas. C'est un détail mais il possède une vraie acuité pour cerner ce que l'on cache par pudeur. Qu'il s'agisse de suggérer la tristesse d'un père forcément maladroit qui ne sait pas comment gérer l'éducation de sa fille (lui qui a besoin de se reconstruire) ou de montrer la culpabilité dévastatrice d'un ricain cloisonné dans sa petite vie de famille US so clean, le cinéaste exploite un filon (scruter ce qui craquèle chez des gens comme vous et moi) qu'il connaît très bien pour l'avoir creusé pendant cinq saisons sur Six Feet Under. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas de la facilité puisque l'exercice nécessite une vraie rigueur d'écriture - ce que Ball a toujours eu et ce depuis le scénario d'American Beauty, en grande partie responsable du succès du film de Sam Mendes - et surtout une capacité à se renouveler sans tomber dans la redite. Les amateurs de son travail seront en terrain conquis, bien plus que sur le pilote de sa récente série sur les vampires, True Blood, qui adoptait pour le coup un ton plus inhabituel. Son brio consiste à ne plaquer aucun jugement moralisateur sur les situations, à laisser le spectateur juger selon sa sensibilité et, surtout, à partir des clichés pour tendre à une dimension universelle.

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