CINE : PELLEAS ET MELISANDE, LE CHANT DES AVEUGLES
Tout sur PELLEAS ET MELISANDE, LE CHANT DES AVEUGLES - La Critique - Photos - Le 2009-02-12 03:06:54David A. 6
PELLEAS ET MELISANDE, LE CHANT DES AVEUGLES
Un film de Philippe Béziat
Avec Olivier Py, Marc Minkowski, Jean-Sébastien Bou, Sophie Marin-Degor, Françoix Le Roux, Dmitri Stepanovitch, Natalia Vladimirskaia, Nora Reznik, Ioulia Sobolevskaia, Viatcheslav Nesterov
Durée : 1h48
PELLEAS ET MELISANDE, LE CHANT DES AVEUGLES de philippe béziat
Sous-titré le chant des aveugles, l'expression fait référence au désir qui rend aveugle, car aveugles Pelléas et Mélisande qui osent s'aimer malgré le statut maritale de cette dernière, aveugle Goraud qui dans sa jalousie commet l'acte irréparable, aveugle enfin au sens propre du terme Arkel, roi souverain d'Allemonde et aïeul de Goraud, qui ne voit pas le drame en train de se nouer. La fontaine des aveugles est également l'un des lieux privilégiés de l'action, une fontaine autour de laquelle Pelléas et Mélisande se rencontrent, une fontaine dans laquelle Mélisande égare la bague offerte par Golaud, une fontaine dont l'eau qui en coule scelle en quelque sorte le destin funeste du couple adultère.
Sur un livret de Maurice Maeterlinck d'après sa propre pièce de théâtre, Pelléas et Mélisande est une transposition du mythe de Tristan et Iseult, un drame passionnel lyrique qui plonge le couple dans les ténèbres de la culpabilité et de la jalousie. Les ténèbres sont le principal élément de la mise en scène d'Olivier Py, qui travaille la lumière dans un clair-obscur prononcé sous des structures en escalier semblables à des pyramides d'acier. Chercher le geste juste, l'emplacement et la chorégraphie appropriés pour chaque personnage, telle est la tâche du metteur en scène qui doit trouver dans la musique l'inspiration formelle. Marc Minkowski, au contraire, doit retrouver la justesse dans la musique elle-même, celle voulue et composée par Claude Debussy en personne.
PELLEAS ET MELISANDE, LE CHANT DES AVEUGLES de philippe béziat
Le film délaisse le drame de l'opéra lui-même pour se concentrer sur les protagonistes du projet, le metteur en scène et le chef d'orchestre donc, mais aussi Dmitri Stepanovitch, qui incarne le personnage d'Arkel, le roi aveugle, et Nora Reznik, violon de l'Orchestre du Théâtre Musical Stanislavski, qui, en jouant la musique de Debussy, se souvient d'une exposition d'art impressionniste dans les années soixante. La découverte de l'unique opéra de Debussy est pour beaucoup déconcertante, autant pour l'orchestre que pour le public, car le style du compositeur français tranche avec la manière russe. L'oeuvre debussienne exalte l'hétérogénéité, les mélodies audacieuses et les nuances ambiguës, loin du classicisme structurant de la musique russe. Le film ne fait malheureusement qu'ébaucher cette confrontation à l'oeuvre, confrontation purement préparatoire pour les protagonistes français habitués aux oeuvres de Debussy, confrontation plus problématique et intellectuelle pour les protagonistes russes, davantage décontenancés par une forme qui est étrangère à leur culture. Un film néanmoins destiné aux connaisseurs comme aux profanes de l'opéra et qui permet de lever quelque peu le voile des productions opératiques, un travail toujours exigeant et passionnant où plusieurs personnes mettent leurs savoirs à profit pour mettre en forme l'oeuvre d'un autre, ou comment il est toujours question de réappropriation.
David A.
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