CINE : SYNECDOCHE, NEW YORK
Tout sur SYNECDOCHE, NEW YORK - La Critique - Photos - Le 2009-02-20 07:03:28Romain Le Vern 6
SYNECDOCHE, NEW YORK
Un film de Charlie Kaufman
Avec Philip Seymour Hoffman, Samantha Morton, Michelle Williams, Emily Watson, Jennifer Jason Leigh, Catherine Keener, Dianne Wiest, Hope Davis, Tom Noonan, Sadie Goldstein, Robin Weigert
Durée : 2h04
SYNECDOCHE, NEW YORK de charlie kaufman
Si Charlie Kaufman refuse de s'appuyer sur des bases classiques, c'est moins par amour du défi que par nécessité. Dans Synecdoche, New York, où les défauts sont plus évidents parce qu'il se débrouille tout seul comme un grand, le cinéaste avance sur un territoire a priori familier étant donné qu'il entreprend une nouvelle fois de reconstituer le douloureux processus de la création. Avec la précision maniaque qui le caractérise, il adopte le point de vue de Caden (Philip Seymour Hoffman), son double fictionnel, un metteur en scène hypocondriaque qui essaye de monter une pièce de théâtre. Le scénario superpose plusieurs mises en abyme où l'auteur décortique ses obsessions et accouche à l'écran de ses névroses. Le résultat est acrobatique, teinté d'ironie et d'amertume, brillamment interprété par des acteurs ravis de l'occasion, d'autant qu'on les voit trop peu (Jennifer Jason Leigh ou Emily Watson). Le revers de la médaille, c'est que les spectateurs risquent de se perdre dans son imbroglio lyrique où, après avoir confondu la réalité et la fiction, l'auteur finit par tordre la première pour faire fonctionner la seconde.
SYNECDOCHE, NEW YORK de charlie kaufman
Au fur et à mesure que l'intrigue avance, la narration devient plus labyrinthique que linéaire en atteignant un niveau de pessimisme encore jamais atteint chez Kaufman. Ce n'est pas étonnant s'il décrit Synecdoche, New York comme un "film d'horreur psychologique" : il n'y a plus rien d'expiatoire. Au lieu de progresser, l'intrigue revient sans arrêt sur les circonstances de la création plutôt que sur l'histoire elle-même. La première partie qui correspond à la descente aux enfers de Caden en pleine dépression est la plus stimulante, non seulement pour ce qu'elle dépeint (une caricature du milieu artistique branchouille) mais aussi pour ce qu'elle évoque (le cinéma de Woody Allen tendance "ma femme, ma fille, mes ex et ma psy"). Avec un talent certain, il enchaîne une série de micro-descriptions (névroses, doutes, pauses, impuissance, paternité, tentations, lâcheté...) qui semblent arrachées au réel et font la vraie substance du film. Ensuite, il traduit l'isolement de son double à partir du moment où il décide de reconstituer dans un entrepôt de New York le décor de la ville et de façonner un univers mental dévasté par des souvenirs épars. Un peu à la manière de Depardieu dans Rêve de singe, de Marco Ferreri.
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