NAGISA OSHIMA : DESIR CRU, JEUNESSE SANS AME
Tout sur L'OBSEDE EN PLEIN JOUR - Le 2009-02-27 16:06:48nagisa oshima
Ce qu'il y a de passionnant dans le cinéma de Nagisa Oshima, c'est que même ses films les moins connus constituent toujours d'incroyables découvertes pour ce qu'elles renseignent sur le fond (politiquement engagé) et sur la forme (incroyablement stylisée). Les quatre nouveaux films de cette collection possèdent suffisamment d'enjeux et de surprises pour donner envie de les disséquer. Tourné en Scope, Eté japonais : double suicide est une fable qui, selon le principe de l'allégorie, traite de thèmes (l'amour et la mort) à travers des personnages, voire des archétypes : la femme incarne une sexualité à la fois débordante et frustrée ; et les hommes, le meurtre, la bestialité et le refoulement. Ce qui peut heurter, c'est la paradoxale simplicité des situations, notamment l'absence de caractérisation et de nuance. La mise en scène donne plus d'importance à la manière dont les personnages se déplacent dans l'espace. Les plans fixes annoncent un huis clos à la scénographie théâtrale où la quiétude d'un homme et d'une femme viscéralement romantiques, seuls dans un décor désertique, est perturbée par l'intrusion de yakusas belliqueux. Rapidement, Oshima examine les rapports de force entre des personnages déterminés par des objets, des fonctions et des pulsions. Certains y verront un schématisme, on préférera y voir la nécessité d'être clair, précis et accessible à tous. Cela ne va pas sans quelques compromissions, ni longueurs. Les scènes d'extérieur sont situées au début et à la fin du récit pour traduire la soif d'évasion à travers des lignes de fuite mais aussi accentuer la dimension absurde de Tokyo déshumanisé. Pour donner une idée du résultat avec des références actuelles, on parlerait d'un mélange entre le surréalisme de Kim Ki-Duk, la noirceur ironique du Polanski du Couteau dans l'eau et la tragédie burlesque de Marco Ferreri. Comme un conte de la folie ordinaire.
nagisa oshima
Réalisé en 1966, L'obsédé en plein jour permet à Nagisa Oshima de prouver que le fond (l'histoire d'un homme qui commet des crimes sexuels) est le meilleur ami de la forme (une plongée dans un univers mental avec un travail monstre sur les ombres, les lumières, les cadrages, les enchaînements de plans). Le titre correspond au terme généralement utilisé par la presse nippone pour désigner un tueur en série agissant le jour et la nature du récit est inspirée du parcours d'un tueur ayant violé et assassiné près d'une trentaine de femmes en seulement un an, à la fin des années 50. A l'écran, cela ressemble à une dérive intérieure troublante aux tentations surréalistes, façon André Delvaux paumé au Japon. Au-delà de la dimension crapoteuse, difficile de ne pas louer la puissance esthétique qui émane d'un récit ouvertement métaphorique guidé par les notions de dualité et d'identité. A ce niveau, il peut être rapproché de Chien enragé, de Akira Kurosawa (1949) dans lequel la frontière entre le bien et le mal était ténue, mise à mal par le contexte sociopolitique d'un Japon ravagé par la guerre. La notion de point de vue est également prégnante, notamment dans une scène assez hallucinante où un pendu assiste les yeux ouverts à un viol dans une forêt (l'horreur du crime couverte par la magnificence du lieu). De toute évidence, la psychologie n'est pas ce qui passionne Oshima. Il est plus intéressé par l'attente, la tension, l'attraction à la fois répulsive et charnelle avant le passage à l'acte entre le psychopathe et ses victimes. Sans que l'on ne s'en rende compte, l'intrigue prend une tournure inattendue dans son dernier tiers. Littéralement, il en résulte un chant d'amour fou que Jean Genet n'aurait sans doute pas renié.
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