Buffy Summers est l’élue. Elle fait partie d’une longue génération de Tueuses, des femmes choisies pour lutter contre les vampires et autres monstres en tous genres. Lycéenne à Sunnydale, elle est aidée par deux amis (Alex et Willow) dans sa mission, ainsi que par un Observateur, bibliothécaire dans son lycée, prénommé Giles. Son rôle est de former et de guider la Tueuse dans sa mission. La ville de Sunnydale a la singularité d’être placée sur La Bouche de l’enfer, par conséquent, les monstres de divers horizons affluent. Buffy ne manque donc pas de travail et tente tant bien que mal de concilier ses responsabilités de tueuse avec une vie d’adolescente lambda.
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Crée en 1997 par Joss Whedon, la série fait en fait suite à un film sorti en 1992 :
Buffy tueuse de vampires, une série B rigolote mais sans grande envergure. Insatisfait de ce film, pour lequel son travail original avait été arrangé à la sauce hollywoodienne, Joss Whedon souhaitait lancer une série plus conforme à ses ambitions originales. Une série où il serait seul aux commandes. Il profita de la nouvelle vague de séries fantastiques (merci X-Files !) pour proposer son concept à la chaîne WB. Il écrit et tourne une présentation sous la forme d’un mini-pilote de 25 minutes jamais diffusé pour donner aux responsables de la chaîne une idée de ce que seront les grandes lignes de la série. La majorité du casting répond déjà présent. Les diffuseurs sont séduits : banco pour 12 épisodes ! L’intégralité de cette première saison sera tournée avant même sa diffusion qui débutera en mars 1997. La série connaît un succès grandissant et va déferler rapidement sur toute la planète, notamment en France où elle fait les grandes heures de la Trilogie du samedi soir sur M6.
Buffy contre les vampires va vite connaître un phénomène similaire à X Files : les sites internet qui lui sont consacrés se multiplient de manière exponentielle et Sarah Michelle Gellar commence à squatter régulièrement les couvertures de magazines.
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Buffy contre les vampires, c’est avant tout de l’excellent divertissement, ne nous y trompons pas. Le cocktail humour, fantastique et action fonctionnent à plein régime tout au long de ses 144 épisodes. Jamais une série n’aura jamais aussi bien su mélanger les registres avec tant de talent. Tous les genres sont dans Buffy : le fantastique, le comique et le romantique bien sûr, mais aussi la satire, le burlesque, le tragique, la parodie, la science fiction… Et tout cela avec une facilité et une homogénéité déconcertante. La série se paiera même le luxe de rendre hommage au cinéma muet et à la comédie musicale le temps de deux épisodes devenus cultes :
Un silence de mort et
Que le spectacle commence !
Tout l’intérêt de la série réside dans son second niveau de lecture, parfois évident, parfois moins perceptible mais toujours présent. Ce second niveau de lecture lui permet de dépasser largement le cadre du simple divertissement. Ainsi,
Buffy c’est aussi une chronique intimiste sur le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Joss Whedon s’est réapproprié les grands thèmes du fantastique pour stigmatiser à chaque fois les angoisses et les problèmes auxquels sont confrontés les adolescents au départ, puis les adultes dans les dernières saisons de la série.
La force de
Buffy c’est aussi le charisme de ses héros. En effet, rarement les personnages d’une série auront été aussi fouillés. L’évolution de ces personnages, avec une cohérence jamais vue auparavant pour une fiction télévisuelle, reste une des cartes maîtresses de
Buffy contre les vampires. L’évolution du personnage de Willow (inteprétée par la géniale Alyson Hannigan) de la première à la sixième saison en est le meilleur exemple : elle va ainsi passer d’une jeune fille timide et réservée à une sorcière puissante et dangereuse. Buffy elle même va passer de statut d’adolescente insouciante à une adulte responsable durant tout le long parcours initiatique que constituent les 7 chapitres de la série.
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Par ailleurs, Buffy contre les vampires continue le dépoussiérage du fantastique entamé par X-Files, mais avec un ton nettement plus porté vers la décontraction, surtout dans les premières saisons. A partir de la saison 5 (et l’épisode
Buffy contre Dracula dans le premier épisode de la saison qui sonne le glas des méchants traditionnels), Buffy va affronter des démons plus originaux les uns que les autres, tous issus des cerveaux de ses propres créateurs.
Ce qui est génial dans Buffy c’est que Joss Whedon s’est attaché à créer un vrai univers, digne des meilleures séries de science fiction. Un univers original avec ses règles et ses codes : le Buffyverse pour les intimes. Il revisite et approfondit intelligemment la mythologie des vampires, permettant à Buffy d’être bien plus qu’une Van Helsing à la sauce Pamela Anderson. Joss Whedon récompense souvent les spectateurs fidèles (ou fidélise les spectateurs occasionnels) en respectant à la lettre l’univers qu’il a lui-même créé. Il est très intéressant de s’offrir un deuxième revisionnage de l’intégrale de la série pour constater à quel point cet univers est maîtrisé de bout en bout. Une remarque à priori insignifiante dans un épisode sera en fait la clé pour comprendre les enjeux de la saison suivante. Des personnages au départ limités à de la quasi figuration vont s’avérer être des personnages pivots par la suite : Jonathan (qui de simple adolescent mal dans sa peau limité à quelques répliques dans la saison 2 va progressivement passer au statut de méchant crédible dans la saison 6, tout ceci avec une progressivité et une cohérence superbe) ou même Amy (apparu au détour d’un épisode dés la première saison, transformé en rat dans la troisième puis revenu sous forme humaine dans la sixième !) en sont les meilleurs exemples. Ce qu’il faut surtout retenir c’est que dans
Buffy : chaque acte aura ses conséquences tôt ou tard dans la série. En effet, les références faites aux épisodes précédents pullulent. Ainsi,
Buffy devient la première série à considérer le spectateur comme un type intelligent avec un peu de mémoire. Ce souci du détail et de la continuité proprement hallucinant fait tout le sel de la série et tout son succès auprès de ses fans. Le Buffyverse sera encore plus étoffé avec la création de la série dérivée
Angel.
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Néanmoins, force est d’admettre que tout n’est pas aussi réussi dans la série. Tout d’abord, la réalisation souffre d’un budget trop limité, surtout lors des deux premières saisons, n’est souvent pas à la hauteur des ambitions des scénarii. Là où X-Files approchait et parfois même dépassait artistiquement les meilleurs films fantastiques, notamment en terme d’effets spéciaux, Buffy prend parfois des allures de Power Rangers tant certains monstres frisent le ridicule : à cet égard, ne manquez pas la Mante Religieuse dans
Le chouchou du prof (saison 1) ou les nageurs poissons dans
Les hommes poissons (saison 2). Le second degré de la série sauve finalement ces épisodes. Heureusement, le succès de la série aidant, le budget de plus en plus confortable au fur et à mesure des années va permettre à la qualité artistique de la série de grimper crescendo, avec notamment des effets spéciaux de qualité dans les dernières saisons.
Autre point faible de la série, et de taille, sa star : Sarah Michelle Gellar. Pour une série ouvertement féministe comme Buffy, la moindre des choses était d’avoir une interprète charismatique. Sarah Michelle Gellar rivalise difficilement avec les icônes de séries d’action que sont Diana Rigg (Mrs Peel dans
Chapeau Melon et Bottes de Cuir) ou plus récemment Jennifer Garner (Sydney Bristow dans
Alias). Si Sarah Michelle Gellar est bonne (parfois même excellente, notamment dans le registre de la comédie), sa tendance à la minauderie, la 7ème saison en est la plus symptomatique, risque d’en agacer certains, et à plus forte raison certaines. Alors qu’on applaudit la fraîcheur et la spontanéité de son jeu lors des deux premières saisons, nous allons vite nous rendre à l’évidence qu’elle a du mal à suivre le développement pourtant subtil et progressif de son personnage. Son jeu manque d’épaisseur dés la saison 3. Cela va nuire à la qualité de certains épisodes et à la crédibilité de la love story Buffy-Angel ou plus tardivement Buffy-Spike. Malgré quelques sursauts de temps à autres, notamment lors de la saison 6, Sarah Michelle Gellar n’a pas l’envergure d’une star de série de cette ampleur. La qualité de l’écriture et du reste du casting, avec mention spéciale pour une Alyson Hannigan tout en nuances, permettent tout de même de passer outre.
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Malgré ses défauts, la série reste un monument télévisuel des années 90. Sa capacité à prendre à contre-pied le spectateur, ses différents degrés de lecture et son univers totalement cohérent en font un pur chef d’œuvre télévisuel.