Alors que la chaîne NBC manque cruellement de nouvelles séries phares depuis Friends, les nouvelles tentatives à ce niveau (telle que la pourtant très bonne série Surface) ne rencontrant pas le succès escompté pendant que leurs concurrents cartonnent, la chaîne attend toujours de trouver son nouveau fer de lance médiatique. Déjà créateur du show Preuve à l'appui, Tim Kring arrive début 2006 avec un nouveau projet sous le bras, l'histoire de personnages ordinaires qui se découvrent des habilités hors du commun. Le feu vert rapidement donné, un premier épisode de 73 minutes est tourné par l'habitué des pilotes de séries David Semel et fait directement sensation. Alors que la production de la série est lancée, un buzz grandissant basé sur la composition du casting puis étayé par l'apparition sur la toile d'une version plus courte de ce même pilote entoure rapidement la série. Soutenue par une campagne de publicité gigantesque, Heroes arrive donc sur les écrans américains en Septembre 2006 et remporte un succès phénoménal.
Distillant dés les premières images, une ambiance palpable, à la fois tendue, éthérée et réaliste, le pilote de la série installe posément ses personnages, prenant le temps malgré leur nombre de bien dépeindre leurs environnements, leurs caractères, leurs priorités. Ainsi, pas moins d'une douzaine de personnages principaux scindés en six groupes différents à travers le globe se partagent les 50 minutes d'un premier épisode à la fois dense et pourtant limpide. On passe de l'Inde aux Etats-Unis (de New York à Las Vegas) puis au Japon sans temps mort, des idéalistes Peter et Hiro aux vies de Mohinder et Niki noyées dans les impasses et le danger permanent. Des personnages sur lesquels repose tout le show, puisque de leur réalisme et de leurs réactions découle tout l'intérêt de la série.
Car de l'aveux de l'auteur, les pouvoirs dépeints dans la série ne sont qu'un prétexte. A l'image d'un Hideaki Anno qui dans Evangelion mettait en scène des combats dantesques d'êtres organiques en armure démesurées pour ne finalement ne se préoccuper que du pathos de son personnage principal, ce qui intéresse Tim Kring dans Heroes, c'est principalement l'impact que vont avoir ces pouvoirs en s'imposant dans la vie de tous les jours de personnages. Là où les idéalistes verront ici le moyen de rendre le monde meilleur, certains protagonistes essayant tant bien que mal de rentrer dans un moule prédéfini (comme Claire l'adolescente ou Nathan le politicien) n'auront de cesse d'essayer de se débarrasser de ces habilités. Heroes introduit ici un intéressant regard sur les différences quelles qu'elles soient dans la société d'aujourd'hui, considérées comme un atout par certains ou comme une tare pour le plus grand nombre.
Autre thème très présent dans la série, celui de la responsabilité. L'apparition de pouvoirs dans la vie de certains va évidement chambouler leurs valeurs morales et leur champ d'action, générant suivant les êtres des réactions aussi variées qu'il existe de personnages, en fonction aussi de l'assurance qu'ils portent en eux-mêmes. Niki utilisera ainsi inconsciemment son habilité comme mécanisme d'autodéfense, un réflexe qui se montrera dangereux quand ce mécanisme se verra doté d'une vie propre. De même, la soif de connaissance de Isaac, capable de peindre l'avenir grâce à une transe non maîtrisée, se verra pressé d'user de la drogue pour accéder facilement à cette source de savoir, s'autodétruisant par la même occasion.
Mais Heroes est aussi une série porteuse d'un large message d'espoir. Car autant l'apparition des pouvoirs apporte son lot de responsabilité, autant l'apprentissage de ces responsabilités devient possible grâce à l'apparition de ces pouvoirs. Peter, dans un premier temps avide de pouvoirs afin d'aider son prochain, verra rapidement les conséquences de son désir potentiellement générer l'effet inverse de ses désirs altruistes s'il n'apprend pas à maîtriser et à user de discernement dans leur apprentissage. Un peu comme pour valider ces idées, le seul personnage pour lequel avoir un pouvoir ne sera pas une malédiction sera celui du japonais Hiro, élevé aux comics et à Star Trek, deux mediums qui lui ont enseigné l'humilité et la valeur de l'autre qui lui inculquèrent les limites et la manière d'utiliser de tels dons sans qu'il ait besoin d'en faire une expérience "à la dure". Qui plus est et malgré la mauvaise habitude rapidement prise par la hard-core fanbase de la série qui désigne tous les personnages ayant des pouvoirs comme étant les "Heroes", rarement une série n'aura montré aussi clairement qu'autant avoir des pouvoirs ne fait pas de vous un héros, autant il n'est pas nécessaire d'en avoir pour en devenir un.
En plus d'être thématiquement explicite, la série se targue, il est vrai grâce à un budget plus que confortable, d'être artistiquement solide. Le travail sur l'image, les cadrages, les jeux de lumières, la minutie des décors, tout respire le gros budget hollywoodien et il n'était pas nécessaire d'assister à l'avant première donnée lors du festival parisien de Jules Verne où les trois premiers épisodes furent diffusés en avant première sur écran géant pour s'en rendre compte. Un travail sur le visuel qui sert de nombreux effets explicitant les idées de fond de la série, à l'image de cette éclipse impossible car ayant lieu dans tous les pays au même moment, mais unifiant tous les personnages sous un même ciel, à l'image des règles universelles qui gouvernent nos vies. A cette minutie visuelle s'ajoute évidement une charte graphique rendant un hommage évident et humble à l'univers des comic, la série utilisant une police de caractères désignée par l'artiste Tim Sale pour informer le spectateur sur les lieux de l'action, l'artiste ami de Jeph Loeb, un des scénariste de la série, étant également mis à contribution sur les peintures/visions du personnage de Isaac Mendez.
Jouant intelligemment avec les attentes des spectateurs, ne les laissant jamais stagner sur des arcs scénaristiques inutilement longs, Heroes tente ainsi de revenir à des valeurs à la fois plus saines et plus réalistes. Un parti pris qui valu à la série cette année huit Awards (dont celui de show préféré du publique) et plus d'une dizaine d'autres nominations. La série fut de plus reconduite pour une seconde saison dés le milieu de la diffusion de la première, chose extrêmement rare aux Etats-Unis de nos jours, les séries voyant souvent leur sort décidé lors des fameux upfronts annuels et soumises au dictat des "sweeps", ces mesures d'audiences irrévocables occasionnant une trop longue pause dans les diffusions le temps que les networks décident selon des critères qui ne sont propres qu'à eux, de la qualité des séries diffusées.
A peine la diffusion de cette première saison terminée, la chaîne a même demandé un premier spin off à Tim Kring, le futur Heroes : Origins, qui permettra aux téléspectateurs de choisir un des futurs rôles récurrent du show. Une bien belle consécration pour une série dont le futur semble radieux.
David brami
|