Confessons-le illico : La Clepsydre constitue une oeuvre si riche et dense qu'elle peut donner libre cours à des interprétations diverses et multiples. Ce qui est sûr, c'est que tous les spectateurs ne verront pas les mêmes choses s'animer à l'écran. Cas étrange : La Clepsydre peut être perçue différemment en fonction de sa propre sensibilité. On peut voir l'objet comme une parabole sur la situation critique d'un pays (la Pologne) dans le début des années 70, mais, avant d'être une allégorie, le film se révèle avant tout comme un voyage dans le temps où un homme revit des souvenirs et se revoit enfant, avec ses fantasmes, ses désirs, son ressouvenir et ses pulsions refoulés. Ce personnage qui retombe en enfance et qui n'a plus envie de grandir évoque Oskar, le protagoniste du Tambour de Volker Schlöndorff. Ils portent tous deux le même regard acerbe sur le monde et sont unis dans la même volonté d'être parmi les adultes.
L'idée principale est de mêler les soubresauts de l'histoire avec la chronique intimiste en changeant de lieux comme d'époque. Par exemple, on passe d'une séquence de guerre (le protagoniste réveille des personnages inanimés grâce à un sabir secret pour les emmener faire la guerre) à un mariage (on assiste à un banquet) en passant par un repas (la plus belle scène du film, teintée d'onirisme). Des séquences magiques comme celle, abstraite, du dîner ou, fantasmée, du livre qui s'arrache, de la tête coupée, des bulles qui pleuvent... sont dignes des plus grands moments du surréalisme et évoquent les cinémas de Luis Buñuel et de Serguei Paradjanov.
Un rébus aux multiples inconnus. Mystère sombre et pénétrant.
Le film propose la visite dans le subconscient d'un personnage tourmenté qui doit faire la paix avec son père et principalement avec lui-même. A priori, il semble à la recherche d'un mythe et d'un livre secret. En réalité, le parcours est plus métaphysique : il se cherche lui-même. C'est un chemin long et douloureux à travers lequel il doit éradiquer les erreurs du passé. Y arrivera-t-il ou y arrivera-t-il pas ? Un plan final majestueux, aussi intense que celui du Sacrifice de Tarkovski, répond à la question en laissant toutefois un voile d'ambiguïté à la fois pervers et séducteur.
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