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CINE : UN CONTE DE NOEL

CINE : UN CONTE DE NOEL

Tout sur UN CONTE DE NOEL - La Critique - Photos - Le 2008-05-16 10:58:01


Du cinéma intello mais accessible... Passionnant dans son approche de la famille, à la fois cynique et généreuse.

Kevin Dutot 9
Quatre ans après Rois et Reine, Desplechin revient à ses amours de fiction et ses troubles familiaux dans un long-métrage au casting vibrant qui recèle en son coeur une étude des désordres amoureux et sentimentaux d'une famille d'intellectuels dévastée. Dense et terrifiant, Un conte de noël est une fable alternant les points de vue et les récits pour mieux appréhender les diverses implications des membres de cette étrange communauté où les non-dits ont commencé à gangrener la santé de la mère. Morcelée, singulière et à la fois terriblement banale, cette famille de rois et reines se réunit le temps de quelques jours, autour d'un arbre de noël prétexte à plusieurs règlements de comptes et révélations. Une affaire de famille bien sombre, subtilement éclairée par la puissance solaire des comédiens et la plume aiguisée du duo Desplechin/Bourdieu. Un excellent film français, complexe et torturé, qui devrait faire parler de lui en ce 61ème festival de Cannes...

UN CONTE DE NOEL
Un film d'Arnaud Desplechin
Avec Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Melvil Poupaud, Mathieu Amalric, Anne Consigny
Durée : 2h30
Date de sortie : 21 Mai 2008


À l'origine, Abel et Junon eurent deux enfants, Joseph et Elizabeth. Atteint d'une maladie génétique rare, le petit Joseph devait recevoir une greffe de moelle osseuse. Elizabeth n'était pas compatible, ses parents conçurent alors un troisième enfant dans l'espoir de sauver Joseph. Mais Henri qui allait bientôt naître, lui non plus, ne pouvait rien pour son frère - et Joseph mourut à l'âge de sept ans. Après la naissance d'un petit dernier, Ivan, la famille Vuillard se remet doucement de la mort du premier-né. Les années ont passé, Elizabeth est devenue écrivain de théâtre à Paris. Henri court de bonnes affaires en faillites frauduleuses, et Ivan, l'adolescent au bord du gouffre, est devenu le père presque raisonnable de deux garçons étranges. Un jour fatal, Elizabeth, excédée par les abus de son mauvais frère, a "banni" Henri, solennellement. Plus personne ne sait exactement ce qui s'est passé, ni pourquoi. Henri a disparu, et la famille semble aujourd'hui dissoute.

Faisant largement écho à La vie des morts, moyen métrage du cinéaste réalisé en 1990, Un conte de noël est une oeuvre s'inscrivant directement dans la lignée de ses précédents films, à mi-chemin entre le drame familial et la peinture sociale chabrolesque... Si une fois de plus la percée dans l'univers de Desplechin demande un certain effort d'adaptation et une solide volonté de voir dans l'écran-miroir l'immoralité de nos existences, le cinéaste parvient néanmoins à alléger rapidement son propos et à construire un récit presque surréaliste afin de parler au plus grand nombre. A la manière d'un récit mythologique où les personnages répondent à des caractères bien définis, Desplechin se penche sur une galerie de couronnés dont les égos s'entrechoquent pour obtenir les faveurs de tous et de chacun. Junon (reine des dieux) recherche un donneur compatible pour une greffe de moelle osseuse. Son mari Abel (celui qui a le souffle) ne peut rien faire pour elle alors elle décide de se tourner vers ses trois enfants : Elizabeth, Henri et Ivan... Trois enfants qui n'ont jamais su se partager la couronne et qui en sont arrivés à ne plus se voir, ni même s'entendre !


Au coeur de cette famille où l'un des membres a été banni va se jouer une pièce bien étrange où au fil des langues qui se délient, l'intrigue prend une tournure étonnante. Loin du boulevard, peu de fantômes dans le placard mais cependant cette propension à la dramatisation progressive, nourrie de révélations attendues mais confirmées. Mais les non-dits sont bien présents et enracinés et semblent dissimuler au spectateur une grande partie des vérités de cette famille. Desplechin n'hésite pas à jouer avec son sujet et tel un cadeau trop emballé pour lequel l'attente serait insoutenable, il distille avec parcimonie des éléments de scénario aussi riches que frustrants. Mais dans sa quête de rechercher les travers d'une micro-société régie par une figure matriarcale dictatrice, Desplechin réussit à intégrer un élément qui faisait parfois défaut à ses précédents films : l'émotion. Il parvient en effet à capter imperceptiblement des regards, des gestes et une atmosphère palpable dans cette grande maison de Roubaix dont les portes nous sont grandes ouvertes durant quelques jours.

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